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pays-corps, Liban.
Je le disais terre, pays chair. Pays corps. Le pays mon corps, sa soif. Les plages de ses cieux nous scellent, récits ; mots comme malléables semelles. Paroles traversées de spasmes, d’insectes, d’horizons. Sur des peaux qui tressaillent d’ombres enfouies. Toujours je reviens, comme histoires aux enfants.
Pays corps. Douces fureurs. Aussi douloureuses que résonance de joie. Comme corps, mon impossible à penser ; inspirant, volubile si j’écoute. Pays corps, je m’en distrais. Houles de présence pourtant. Je ne pense pas mon sang, mon pouls, on se vit. Je commence où, quand ça s’arrête ; questions comme vents, me bousculent vertiges.
Comme mon corps, je manque le pays. Le confie à d’autres mains, leur essaim. Sanglé à distance, spectacle familier et je perds sa matière. Mon corps territoire gothique, il me cacherait ses misères, finirait par me consumer, comme si lui moi. Mais le soin.
Comme mon corps, le pays, l’invisible à mes yeux ; moins je l’éprouve plus il saille, démesure. Comme corps, le cri aphone des lassitudes retenues. Cri qui me fuit, abstraction que j’habite. M’éclipse. Et nous. L’absolu à reculons, sourd à nos bruissements, au lyrisme affluant de nos soleils.
Pays m’affole, j’hallucine sa perfection, le sais écorchures, mosaïque de paradoxes. Comme corps. Indécences et splendeurs. Pays-corps d’étonnante vitalité. Ploie, nappes d’impuissance, d’amours pliés dignes. Rebelle palimpseste de cellules étrangères, de peaux emmêlées. Mon lien au pays, épars silences. Tablées de dimanches, agoras indisciplinées. Pays de rage de frissons, aussi secret que boyaux, que veines, aussi énigmatique que mes os. Essentiel.
Je retourne au pays comme je me touche des fois, bras, ventre, cérémonie d’émotions. Harassée, puissante de fièvre indicible. Je retourne me consoler de mystères ordinaires. Odeurs de rues, montagne qui se fait ciel au tournant d’une route. L’école de mes années adolescentes… Je touche ma peau, corps remonte larmes, comme vie passée au pays, dans le dépouillement qui soulève ses vagues évasives. Méditerranée, si étale. Opaques eaux de mon pays corps.
#liban #lebanon #لبنان_ينتفض -
on vieillit des mains.
Extrait: « (…) nostalgie de poigne
lui manque de gifler le trop d’amour sur ses joues
mais à peine si bougent les doigts
pianote pour vérifier, se vérifier encore là
je suis je moi moi… elle ne sait pas
désarroi dans les yeux de trop d’incertitude (…) »
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sacrifier douce mort. (vidéo).
Extrait : « la mère parle
rire qui chaloupe
couleurs de pilules
machine à respirer (…) »
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immobilité verticale.
Ton chant me fouaille, notes de peu
Ta nuit monte en moi
Crampes de sang
J’arpente tes longs silences
Tu es énigme, sens.
Tu es filigranes d’orage
Cécité de corps
Dans l’air effilé, liquide
La terre bouge, gorge obstruée
Tu es bonheur de bouche.
Le vent te ressasse, si j’écoute
Tu es ondes, frétillements étales
Ça bruisse dans lourdes veines
Éther de caresses charnues
Tu es immobilité verticale, amnésie.
Tu as lézardé les mots, geste de ténèbres
Couleurs martelées s’érigent en creux
Gangue de douleurs
Mâchoire en lacune de compassion
Ton éclipse assourdit l’âme.
Séparée de toi, je vis sevrée de grâce
Te balbutie sans rédemption, mon errance
Tu es dehors, scansion ; corps te manque
J’ai tout oublié ; et le lien
À ta permanence sanglée.la vidéo réalisée avec ce texte est également visible ici:
https://graciabejjani.fr/2019/10/27/immobilite-verticale-video/ -
sans adresse. ces moments, Liban.
Ces moments, Liban et pas, Liban et moi, eux moi ici ; instants sans corps, fragments de réel, leurs journées sur mes écrans, combien déjà ? Ils comptent, fierté ou argument, comme on déclame nos années de couple pour se rassurer sur le lien. Écrans en verve, pleins mots, cèdres émotions rouges ivresses d’horizon. Je n’ai que les écrans comme fantasmes de rues ; les vidéos tressautent, nerfs et joie, les vidéos bougent mais ne sont pas mouvement. Pourquoi c’est compliqué ? de penser les odeurs, poussière et cris, le quotidien qui se précipite, les rires ; de se cogner comme gamins. Il faudrait y être pour en être. Faire partie, douleur de toujours, être partie pour mieux faire partie ; revenir vérifier, tous les trois mois maintenant, savoir sans mots que j’y suis, que j’en suis.
Vertige, le peuple dans les rues, peuple depuis quand ? Vertige chaîne humaine, elle reliera nord sud ; ni image ni abstraction d’hommes que ces corps noués. Je la rejoins de loin. A qui me raccrocher ? Vertiges de larmes à tout coin d’écran parce que l’hymne national s’épand d’un instant ordinaire, parce que je vois l’union, parce que je ne sais pas penser. Pourquoi c’est compliqué ? Sans avis, je ne veux pas d’opinion, mais oser l’abandon, éclats de réticence. Hommage au peuple, énergie de terre, mouvance qui tient. Au bout des doigts levés haut, vocalise sa singulière opposition, arrête un pays que rien n’a jamais stoppé. Pourquoi ces larmes, je ne sais ressentir, ni joie ni douleur : ma hâte à les écrire, faut-il s’en remettre au flou, se résigner au flou ma gravité, mon vertige de toujours.
Je demande. L’amie ne sait pas, sa seule certitude, plus rien ne sera comme avant. Plus jamais comme avant. J’entends l’amie de toujours me dire ce jamais et j’ai aussitôt peur qui troue, espoir fou et peur, j’entends ce plus rien ne sera plus jamais comme avant, ce plus rien qui tranche, aussitôt aspire le pays d’avant, l’enfance, plus rien ? Les années adolescentes, leurs douleurs et la grâce. Magnanimes portes ouvertes, la générosité humble. Les voisins qui s’interpellent d’un immeuble à l’autre, klaxons chansons qui débordent envahissent comme les insectes de nuit. Le linge qui danse sur les balcons. Le trop de tout, tout en trop, plus rien comme avant ? Je tangue, farouche clivage. Nécessaire insurrection ; élastique nostalgie. Faut-il tout perdre de cet avant de mon pays d’avant et moi dedans, moi non plus, famille jeux joie lumière d’orient ; plus rien rien plus rien ne sera comme avant… je ne pense plus, ça scande sous mes paupières, ribambelle de vers.
Pourquoi c’est compliqué ? Je lis les slogans, regarde les visages ancres d’émotions, l’entre-deux corps, que tissent les corps du groupe, danses de rue et nourritures en partage, pyramides comme vaines élévations de cieux. Je regarde ce qui fait unité, séparation, s’il s’agit toujours de chercher sa place. Ce qu’on trouve parmi les lianes. Je vois des drapeaux partout, je lis les avis des uns des autres, je n’en sais pas davantage, tout émane de loin, tout m’écarte, tout sans cesse m’y ramène. Je me rêve là-bas, d’autres y vont. Je ne prendrai pas l’avion pour voir les parents qui se languissent de moi, ni pour le plaisir d’une knéfé, d’un taboulé ; je n’arpenterai pas la mer ; je n’irai pas éprouver cet indéfinissable y être, en être, y être et trébucher d’amour pour ce pays, à tous pas. Je me rêve là-bas, foule rejointe, brouhaha exubérance, qu’importent les arguments et objections autres, la peur au ventre, ma peur d’une guerre, toujours cette peur quand ; la guerre comme l’amour, il te suffit de les avoir vécus pour être à jamais hantée. Aller tenir une main, triturer des doigts inconnus, sentir la sueur dans ma paume, vivre le dégoût d’une sueur autre sur ma peau, me mélanger vertiges, me consoler dans ce flou. Il faudrait y être pour en être.
Compliqué d’être libanais ? Compliqué de ne pas l’être. Libanaise comme eux, pourtant différence. Je pleure tous les jours, des larmes à la voix coupée, déflagration de honte pour indécentes émotions à distance. Quel loin jamais mien ? Depuis les incendies des forêts, puis l’inflammation des esprits, le feu du peuple -le Liban peuple ? Depuis toujours quel loin m’y colle.
Et toi maman, tu penses quoi de cette révolution ? Et toi khayé, mon frère ? Les murs des réseaux en écho ; l’émotion d’un militaire qui pleure à l’hymne au pays, le visage des femmes. Transpiration de puissance collective. En être sans y être, vertige et spectre, soudain petite face à la terrible angoisse du retour d’avant, l’autre avant, celui des massacres sans visage.
#liban #lebanon #لبنان_ينتفض -
immobilité verticale. (vidéo).
Extrait : (…) ton chant me fouaille, notes de peu//
Ta nuit monte en moi//
Crampes de sang//
J’arpente tes longs silences (…) »
#LittéraTube #VidéoEcriturele texte de cette vidéo est également à lire ici:
https://graciabejjani.fr/2019/10/29/immobilite-verticale/ -
peau hâte mes larmes. (vidéo).
Au Liban toute. Depuis les incendies de la semaine dernière, suivis du soulèvement des citoyens. Latent déjà en mon dernier séjour de percevoir pulser le drame ordinaire (dans le sens fort, ordinaire qui envahit). Au Liban toute, depuis toujours. De loin, toute. Avec mes mots, captive et inquiète, comment penser une révolution citoyenne, nous, enfants de la guerre. Je regarde, de loin toute. Foule reliée et drapeaux, un peuple qui se révolte sans perdre le sentiment d’appartenance, qui se révolte en faisant la fête dans les rues.
Texte et vidéo en hommage.
La chanson chuchotée est de Fayrouz : « tiri ya tayara »
Extrait : (…)crétine injonction, nous sommes le livre//
pages comme nerfs s’accrochent//
vos ombres, mon corps(…)//
#LittéraTube #VidéoEcriture #Liban لبنان_ينتفضle texte de cette vidéo est également à lire ici:
https://graciabejjani.fr/2020/01/05/peau-hate-mes-larmes/ -
Revue «Hors-Sol»
Publication
Gracia Bejjani / Fragments
espace dédié (vidéo, photos, textes) -
et moi mendiant l’infini. (vidéo).
extrait:
(…) ses horizons d’yeux pansent de silence ma fatigue//
lente rencontre opaline//
sa tête, heures éventées, tangue//
dans chaude paume de mère//
cou comme vertige à ses doigts suspendu(…)//le texte de cette vidéo est également à lire ici:
lien à venir -
silence mouillé et chaud. (vidéo).
extrait:
(…) on se voudrait absence//
la petite apprend que ça, elle, ce n’est pas comme elle veut//
cette elle qui pleure en soi, malgré elle//
que ça se fait sans elle, sans son accord //
ça vous arrête sur le trottoir (…)//le texte de cette vidéo est également à lire ici:
lien à venir -
autofictiographie (1), du presque-immobile. (vidéo).
extrait:
(…) Parler en libanais m’alanguit//
langue maternelle, langue corporelle.//
Je me lève nocturne//
écouter dormir les hommes//
ce qui de nous, capitule.//
Bâiller me dévisse.//
Résister aux souvenirs d’enfance//
leur poigne doucereuse.(…)le texte de cette vidéo est également à lire ici:
lien à venir -
obliques de soi. (vidéo).
extrait:
(…) griffes de regards, sans vaciller//
nous hantons l’entre-deux//
comment revenir sans avoir quitté?//
nous égrainons les images//
ça se déroule sans soi//
on confond le réel, ses reflets sur//
terre, vide scène de figuration//
ciel comme faille (…)// …le texte de cette vidéo est également à lire ici:
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langue renonce (variation).
l’autre, la voix poursuit
succombe à la parole, onguent
mais les mots se fichent du sens
ce qui se dit, sitôt brisé
l’essentiel a précédé
sa frappe acide
lapidation par la langue
échos pierreux.
le cœur ne sait plus
enserré, visage ouate
esprit piétiné
réel hébété
en résonance métallique
une phrase en boucle: l’annonce du drame
depuis, salive engourdie. dents lourdes
bouche lacérée; sang acide
répondre, pour que se taise la voix
faire éclater la peau.
hurler mots impossibles
aussitôt chus, gouffre en soi
relents de folie, quand la langue renonce
ultime rupture.la vidéo réalisée avec ce texte est également visible ici:
https://graciabejjani.fr/2019/10/03/langue-renonce-video/ -
langue renonce – variation. (vidéo).
extrait:
…L’autre, la voix poursuit. Succombe à la parole, onguent. Mais les mots se fichent du sens. …le texte de cette vidéo est également à lire ici:
https://graciabejjani.fr/2019/10/04/langue-renonce-variation/ -
à un soupçon près. (vidéo).
extrait:
…Autant de morts que de morts.
Que de raisons d’être morts.
Que de lieux où mourir.
Que de manières de.
Que de défunts qui obsèdent la vie. …le texte de cette vidéo est également à lire ici:
lien à venir -
nos liens filaments. (vidéo).
extrait:
…les passagers barattent le temps
et nous, inhabile transparence…le texte de cette vidéo est également à lire ici:
lien à venir -
il faut bien les poser. (vidéo).
extrait:
…d’un bout de bras…
au journal ouvert à gauche…
à la porte…
à la hanche du voisin…
au couloir noir où le métro se fait les dents…le texte de cette vidéo est également à lire ici:
lien à venir -
interstices. (matin .2)
silence de grottes m’éveille
enclose
je passe d’un corps à l’autre
aux interstices, frangibles merveilles.