-
par terre.
Le sol c’est pieds et mains, le sol c’est peau qui colle et claque, sol présence sous soi et ça rassure tu ne tomberas pas plus bas que sol, le sol ton corps autre quand tu titubes ou quand elle n’en peut plus et tu passes de ses bras chauds et mous comme nourriture à la dureté du carrelage, maman ne peut plus te porter, soupire -elle pèse de plus en plus lourd, elle grandit ma fifille- tu glisses de son bassin au sol, elle te pose et tu as peur d’un jour trop grandir -bientôt je ne pourrai plus, elle dit parfois- quand elle renoncera à te soulever, pas de sa faute si tu es trop lourde, tu te vois abandonnée au sol, qui pour te relever, qui pour t’oublier, pour te distraire de l’affreuse attente tu ramasses tout -puissant aspirateur cette gamine, dit maman en riant- elle te tape les mains pour que doigts lâchent ces petites choses du sol encore plus petites que toi, ces minuscules, ton plaisir à les briser entre pouce et index, les transformer en encore plus petits que petits, gestes stoppés par les hurlements de maman quand tu approches de tes lèvres quelques miettes, elle t’attrape de lestes mains comme si tu devenais petitement légère, tu capitules bienheureuse de retrouver sa peau, malgré vertige et douleur d’être secouée ; parfois c’est toi qui hurles, détresse devant le gros cafard qui surgit de tu ne sais où, qui te salue du balancement de ses antennes, tu louches et hurles devant le noir lustré de son corps, entre fascination et horreur, hantée encore de son bruit de mort, craquement qui s’est logé dans ton ventre quand papa l’a écrasé pour te rassurer, ton papa qui a transfusé la peur dans ta tête en voulant t’en délivrer ; ton papa, ses bras qui à d’autres moments te jettent dans les hauteurs, dans les airs comme au sol, c’est le même chuter, mais vers les nuages, corps propulsé, cœur qui dégringole, jubilation et angoisse de t’écraser au sol, te briser en marée rouge qui submerge le béton comme dans les films interdits qu’à peine tu aperçois, dans les airs comme sur terre, tu apprends et assimile la matière, sensation matière et audace de corps, tu hésites entre bonheur et terreur, entre plaisir à ressentir la fraîcheur du carrelage et dégoût des odeurs de tapis en hiver, effluves de terre que cette laine foulée qui déploie ses motifs complexes, tu t’y perds comme en un livre d’images. Le sol c’est terrain de jeu, cache-cache et tu te glisses sous le lit des parents, yeux fermés, des mains tu caresses le carrelage pour te sentir accueillie pendant qu’on te cherche, vont-ils se douter de ton refuge et s’ils t’oubliaient, il arrive à maman de ne pas trouver son briquet ou sa bague -et bien tant pis perdu c’est perdu, elle dit- dirait-elle de toi, perdue pour perdue ? tu vivrais alors sous leur lit-tente qui grincerait leurs secrets, tu partagerais leurs émotions, leurs mots, ils les laisseraient tomber à terre sans se douter de ta présence ; par terre c’est jeu avec les frères, aire de combats délimitée et bagarres arbitrées par décompte 10-9-8-7… te relever avant le zéro, quitter le sol, le sang battant au rythme inverse des chiffres 7-6-5-4…, le moment où tu capitules avant de perdre, capitules aux sonorités d’un chiffre, mais plus tu grandis plus les aînés te mettent rapidement à terre, te plaquent et tu t’immobilises sous la force de leurs muscles comme une insecte. Le sol c’est cette nostalgie de joies et de drames, enracinement d’orteils et explosion de limites, tes pieds nus empreintes de mémoire, les étés de ton pays chaud, terrasse de maison muée piscine, on abandonne la serpillère contre générosité d’eau, les seaux se succèdent et ton corps hilare se rue sur les jets, leur frappe aussi jouissive que les vagues des vacances, ta plante qui perd pied, à peine retenue par une peau qui ne sait plus séparer l’eau de la terre, distinguer flottement et sécurité. C’est l’insécurité qui remonte, souvenirs de sommeils collectifs et d’abris improvisés, un immeuble entier tassé dans quelques pièces, matelas au sol, on se tient bas en journée aussi avec le sot sentiment d’être protégé si le corps ne dépasse pas une certaine hauteur, se recroqueviller pour rester en vie, invisible des bombardements aveugles ; tu revois grand-père embrasser la terre de ses ancêtres, tu te revois émue qui dérives, tu te raccroches à l’idée de ses lèvres salies d’argile pour ne pas empoigner sa mélancolie tienne, tu ne veux pas de baiser trempé de racines, ses racines et quelles racines ; tu te préfères indienne, tu embrasserais la terre de l’oreille, la laisserais irradier en toi, te relier au plus lointain, il faudrait renouer par terre, descendre, plier : ce que ça te fait d’à nouveau t’agenouiller, de capituler de pleine grâce. Ou te refuser, ventre aplati contre le sol tu boudes, tu te fais poids, plus lourde que lourde, personne pour te secourir -je ne peux plus la porter, ils diront tous- plus grande plus lourde, sol de chair qui te colle, te colle à vie, tu finirais par te transfondre en lui, ton toi sol, tu boudes, tu boudes on ne te bougera pas, tu boudes comme mourir et retourner dans la terre, car tu es poussière, et tu retourneras dans la poussière.
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ZeTMaG (publication)
Come explore our latest issue with its range of fascinating works related to Language(s) and Space(s) – with Nicolas Vermeulin, Balpe Jean-Pierre, Gracia Bejjani, Janan Marasligil, Lou Sarabadzic, Tanja Vujinović, Mez Breeze, Annie Abrahams, Saemmer Alexandra, Anna-Maria Wegekreuz, Eugenio Tisselli, Chris Joseph, Natasa Boskic, and Qianxun Chen
Le thème de ce numéro de ZeTMaG est : Langu(ag)e(s)-(E)Space(s).
Ce numéro accompagne un colloque intitulé Languages INTER Networks, organisé par Erika Fülöp à l’université de Lancaster les 20-21 juin 2019.
La durée de ce numéro 4.2 est de trois mois. Ce numéro reste ouvert jusqu’à fin septembre.
ZeTMaG, un espace ouvert aux expérimentations et aux réactions, une zone temporaire, en transit, en mouvement qui évolue dans le temps, va s’épandre, se condenser, disparaître et renaître. -
me meus dans tes plis (vidéo).
extrait:
…je romps//
m’altère en baroque nous//
je tombe en toi//
turbulente de toi//
qui hantes…le texte de cette vidéo est également à lire ici:
https://graciabejjani.fr/2019/06/16/me-meus-dans-tes-plis/ -
me meus dans tes plis.
tu te tiens au seuil; m’étourdis déjà
tu surgis, improbable
au seuil et tu me précipites
ébranles vie, barattes ses virgules
et le clignement des instants
je romps
m’altère en baroque nous
je tombe en toi
turbulente de toi
qui hantes
tu pulses l’ombre
tout geste est scansion de toi
je songe, m’endors dans ton sang, le goût
je me meus dans tes plis
tu me creuses, m’éventres
frétillements, ma fureur de toi
mes heures se livrent à ta face
les secondes dérivent de gravité
me recueillir sur tes seuils, en vertige d’absence
dans l’urgence désormais à renverser le réel
et m’abasourdir sur ta peau.la vidéo réalisée avec ce texte est également visible ici:
https://graciabejjani.fr/2019/06/16/me-meus-dans-tes-plis-video/ -
écrire l’écrire, ressac. (8)
poursuivre écrire
écrire ça ou rien
ça… ou balbutier imbécile
lèvres déchirées sur confus regrets
et toujours cette main inquiète
écrire escarmouche avec la vie, perdre à tout instant
et assourdir le clivage vivre mourir
écrire par reflux
silence, ça pulse
écrire, retenir son souffle; jeu de précipices
écrire pour le salut, pour le saut; pétri de foi
écrire pour épuiser vivre et s’y épuiser
pour raidir les dialogues par des voix sans adresse
écrire et répéter l’oubli, commémorations s’entêtent
relire le journal de ses 13 ans, on écrit encore ce qui s’écrivait déjà,
qu’on a oublié avoir écrit, déjà là, tout est déjà là
comme on dirait des enfants et que tout se joue avant 7 ans
écrire alors pour casser l’écriture
cet engrenage vénéré qui vrille l’âme au vent des jours
écrire et briser la langue, ses morceaux ne seront pas mots
refouler les belles phrases, que se taisent les spasmes de soi
écrire pour éviter dire
quitter l’humain et sa conversation
se faire points suspendus qui n’attendent pas,
à la trame de textes sans intention
écrire et s’égarer dans les palimpsestes
on a tant foulé de pages que le sang ressasse marées de corps
écrire ce qui parfois se trace sans les dents
s’estompe sans s’inscrire
écrire, sans livre à venir.la vidéo réalisée avec ce texte est également visible ici:
https://graciabejjani.fr/2019/02/03/ecrire-lecrire-ressac-8/ -
relents de folie, quand la langue renonce.
au téléphone, la voix du frère poursuit
la parole est baume il pense, et poursuit
mais les mots se fichent du sens
ce qui se dit, sitôt brisé
l’essentiel a précédé
sa frappe acide
lapidation par la langue
échos pierreux
le cœur ne sait plus, enserré de douleur
cœur piétiné
hébété d’impossible
dans la résonance métallique d’une phrase en boucle: annonce de drame
depuis, ta salive engourdie, lourde
bouche lacérée, sang de plomb
tu réponds, pour que se taise la voix
toutes voix dehors
la bienveillance est cacophonie
faire éclater la peau
claquer les mots
ils ne sont plus soutenus
hurlés, parole animale
aussitôt aspirée, gouffre de corps
le tourment est dissonance
relents de folie, quand la langue renonce
ultime rupture.la vidéo réalisée avec ce texte est également visible ici:
https://graciabejjani.fr/2019/05/30/relents-de-folie-quand-la-langue-renonce/ -
l’empreinte.
Je te rêve.
Tes yeux seraient bleus, ton regard, poigne.
Tu cours, fuis. Ton corps dans mon sang.
Ton visage. Vie aussitôt; ses questions.
M’inquiéter de ton avenir avant que tu n’adviennes.
Tu n’es pas.
Je t’écoute, te soulève. Tu joues. Ris. N’es pas.
Tu densifies l’instant. Je te rêve. Tes odeurs, tes yeux.
Tu es. À portée de chair. Tu es.
Tu es ma prétendue chair. N’es pas.
Ta vie te précède.
Ton existence devance ma raison,
et la triste épreuve du réel.
Tu n’es pas. Ne seras pas. Ton avenir est mon passé.
Tu es désormais obsession.
Tout détail est annonce,
signe de vies qui se refusent à chaque mois.
Tu es impossible à attendre, présence de tous les temps.
Tu as toujours été, m’aurais-tu précédée.
Je n’attends que ta matière, ta confirmation.
Ta venue me délesterait de l’empreinte.
Tu as toujours été, mon corps porte ta forme,
je te couve en creux.
Tu as toujours été. Masse en moi.
Tous les mois, tout est indice de toi. Marque de toi.
Tous les mois, tu es possible. Je suis conviction.
Puis désenchantement.
Le temps de ce silence est vacarme de sang.
Le sang à nouveau.
Le sang qui m’affirme par négation.
Premières règles, «tu n’es pas un garçon, mon adolescente».
À présent l’autre ritournelle scande les cycles : «tu ne seras pas mère».
Peut-être le mois prochain? Je suis ton entêtée.
Tous les mois, au balbutiement de tout retard.
Tous les mois. Toute nausée annoncera la joie à venir.
Tous les mois, il est possible d’y croire, grâce m’est donnée.
Tous les mois te préparent, te clament.
Tu es. Tu es ma certitude.
Tu es le credo de tous les après.
Mais le sang revient, m’entache de douleur.
Crampes et déchirements me détournent de la perte.
La seule souffrance,
te perdre alors que tu n’es pas.petite fantôme (texte de la série vidéo, épisode 5)
la vidéo réalisée avec ce texte est également visible ici:
https://graciabejjani.fr/2019/05/18/lempreinte-5/ -
relents de folie quand la langue renonce (vidéo).
extrait:
…ce qui se dit, sitôt brisé//
l’essentiel a précédé//
sa frappe acide…le texte de cette vidéo est également à lire ici:
https://graciabejjani.fr/2019/06/10/relents-de-folie-quand-la-langue-renonce-2/ -
marmelade de ténèbres.
me tais
bercée d’obscurité
me coule, plomb
nuit et ses instants cieux
m’arrête, peau et chair mues par l’élan
me fais vitre et derrière déroule des cailloux de vie
nuit, je cesse de me mimer
molle de tous sons tus
me tapis contre, battue de cris
aux heures canines
me laisse mastiquer
partout, les trous
dentelles de questions
questions d’avant rhétorique
pourquoi je suis créée
et d’autres pourquois, cortège de stupeurs
de voix qui adjurent béance
avec la foi pour s’autoriser dignes
ma foi? je crois qu’il y a un mystère
verbe, sa matière abstraction
me tais, lourde de nuits
récits abîmés de fatigues vénéneuses
douce nausée des fins, fin d’yeux griffes
quand la gorge ahane les mots
m’abandonne aux tournants, sans la confiance des petits
la nuit, son pouls dans mes pupilles inquiètes
rivées à l’opacité
ce quelque chose qui respire d’immobilité
nous en dedans, rompus d’amitié
mêmes nuits d’un exil l’autre
instants textures comme nocturnes enfances
langue écumée d’analogues secousses
abattre les routes comme jadis le salon des parents endormis
marmelade de ténèbres
ça se traverse en tremblant
le soir, c’est journée qui s’accroche
qui ne sait pas s’effacer
derrière la présence étale, ça poursuit
brèches ensoleillées de solitude
les tours s’entêtent à illuminer les verticales
désirs se retournent
la nuit est miroir
les visages, paysages martelés à ses flancs
hoquets d’histoires languissent sur les écrans.la vidéo réalisée avec ce texte est également visible ici:
https://graciabejjani.fr/2019/02/24/marmelade-de-tenebres/ -
comme première rencontre, premier amour (vidéo).
inspirée d’une page croisée en un trajet de métro: les émotions, les apprendre en français langue étrangère.
extrait:
…pour apprendre à être humain, si l’homme seul s’émeut//
langue maternelle en miroir, on interrogera la tristesse//
triste c’est triste, on sera rassuré…le texte de cette vidéo est également à lire ici:
https://graciabejjani.fr/2019/05/19/comme-premiere-rencontre-premier-amour-2/ -
un regard de sel.
Tu n’apparais pas
il t’évite par clichés sur toi resserrés
et ça noie l’absence
l’écran, c’est sans toi; ton tout éclaté
sans tes petits mouvements, à l’aune de l’univers
aujourd’hui, tu n’apparais pas et ça crée silence
silence en moi à jamais
blanches émotions face à l’écran noir
il t’évite, ça t’amasse par bouts
t’éparpille aux confins de moi
médecin et son écran, ça exclut
je regarde, de toi avide, tu es inintelligibles territoires
ni tête ni battements de cœur
«mais pourquoi vous éteignez déjà? on n’a rien vu»
mon haricot, tu étais merveille d’entrailles
tu deviens une décision à prendre
doute et implacable certitude
«aucune chance de… mais en médecine, y a des miracles», il dit
ça mastique «miracle» l’œil vide d’enchantement
comment croire alors au miracle?
je veux taire ton corps décousu
entamer mes longues ténèbres, de suite
dans l’urgence du désespoir qui hait tout lendemain
«la médecine procède par étapes», il dit
mais miracles ne s’encombrent pas d’étapes
la science reprend le contrôle, affirme ses incertitudes en chiffres, son savoir en improbabilités
tu es devenue angoisse, la question qui vacille
une vie à préserver, le temps de
je veux t’écarter, aussitôt, comme on avale ses dénis
tu es vie à préserver, pour une fin propre, maîtrisée au scalpel
mon olive, tu es devenue un embarras
mon monstre adoré
chimère informe, annexée à ma chair
tu es l’affreuse attente, l’éclatante présence et déjà nébuleuse
opaque, tu immobilises ma vie d’un regard de sel.petite fantôme (texte de la série vidéo, épisode 4)
la vidéo réalisée avec ce texte est également visible ici:
https://graciabejjani.fr/2019/01/27/un-regard-de-sel/ -
comme première rencontre, premier amour.
inspirée d’une page croisée en un trajet de métro: les émotions, les apprendre en français langue étrangère. à lire avec cette page croisée sous le yeux.
on les écrira à la main
les copiera en rondes lettres tels bons sentiments
les alignera, yeux contre feuille
émotions et impossible distance
on les étalera sur la page comme s’émeuvent les visages
langue dehors en pont de suspension
cahier et corps trembleront, chahut de métro
on traduira à plat pour s’en saisir
on apprendra à s’émouvoir par cœur
on répétera les phonèmes, qu’émotions se retiennent
on assimilera la peur la joie la colère d’une traite
on ne vivra pas pour écrire, on écrira pour vivre
pour apprendre à être humain, si l’homme seul s’émeut
langue maternelle en miroir, on interrogera la tristesse
triste c’est triste, on sera rassuré
j’écris anxieux serein excité calme, j’écris reconnaissant
je mets confiant sous mes dents, je répète fasciné
on aura besoin de superlatif pour ressentir
profondément ému lira-t-on pour être à hauteur d’absolu
puis on fera des phrases, à l’épreuve du réel
je suis agacé de ton comportement je suis heureux de te revoir je suis trop énervé
on ne s’étonnera pas du masculin entre mains de filles
ni de l’altération de l’humeur, des registres
on pensera à l’incohérence humaine
les émotions, aussi fallacieuses sur la page que dans la vie
on a titré «les émotions»
essayer… allons à la plage… allons faire la fête
émotions
ça finit par un acte de foi
te rendre heureux, climax d’émoi
puis on reprendra sa page écolière
on testera sans traduction, qu’a-t-on appris?
on retrouvera l’intensité des premières fois avec des mots encore étrangers
comme une première rencontre, un premier amour
dieu qu’on a aimé son premier amourla vidéo réalisée avec ce texte est également visible ici:
https://graciabejjani.fr/2019/05/26/comme-premiere-rencontre-premier-amour/retranscription du texte de la photo :
les émotions:
la peur o medo
la joie a alegria
la colère a raiva
anxieux ancioso
serein sereno
excité excitado
calme quieto
impressionné impressionado
profondément ému profundamente movido
reconnaissant grato
satisfait satisfeito
fasciné fascinado
stressé estressado
confiant confiante
joyeux alegre
fatigué cansado
heureux feliz
triste triste
intéressé interessado
optimiste otimista
pessimiste pessimista
effrayé assustado
agacé aborrecido
fâché irritado
je suis agacé de ton comportement estou aborrecido de seu comportamento
la chance a sorte
le match o jogo
je suis heureux de te revoir estou feliz em te ver novamente
oh mine oh marga
allons à la plage vamos para a praia
je suis trop énervé estou com muita raiva
essayer tentar
allons faire la fête vamos a festa
te rendre heureux te fazer feliz -
l’empreinte. (vidéo)
petite fantôme. (5)
extrait:
…Tu es ma prétendue chair. N’es pas//
Ta vie te précède//
Ton existence devance ma raison//
et la triste épreuve du réel…le texte de cette vidéo est également à lire ici:
https://graciabejjani.fr/2019/06/04/lempreinte/ -
jenemaimepas (vidéo).
extrait:
…jenemaimepas ne parle pas d’amour//
se traîne mou comme la fatigue//
faux comme son contraire…le texte de cette vidéo est également à lire ici:
https://graciabejjani.fr/2019/05/13/je-ne-maime-pas/ -
La Plume Francophone (publication)
posté par La Plume Francophone ⋅ 1 septembre 2017
Jeddo
Je ne suis pas allée à ton enterrement. L’exil est pourvoyeur de prétextes. Distance, travail, coût du voyage… Des excuses, prêtes à servir. À raidir les mauvaises langues, elles s’emballent vite au Liban.
Jeddo1. Je te dois la vérité. Mort, tu te noues à ma conscience. Tu deviens vérité, présence éthérée qui nous regarde, qui voit. Qui me regarde. Je ne voulais pas pleurer ta perte, elle ne me concernait pas. Ta horde se la dispute encore. Tes descendants. Sempiternel cortège d’affliction.
Il y a quinze ans, tu es mort ; j’ai continué à vivre. À Paris. Sans me retourner. Je ne suis pas allée à ton enterrement, jeddo. Je n’ai pas hésité. Ni regretté.
« Äyb, Äyb ! ». La honte, un déshonneur, cette fille. Oui, si tu savais. Persévère, écoute-moi. Tout entendre, sans m’opposer ta surdité. Après la mort, seules nos vérités nous survivent.
Depuis mon départ du Liban, je n’ai connu aucun enterrement, aucune naissance. Je n’ai pas assisté aux mariages. Maladies, drames, fêtes, problèmes… Rien vu en vingt années d’éloignement. J’en aperçois des raccourcis pendant les vacances au pays, comme si je parcourais des extraits de romans, sans avoir à en lire la totalité. La famille a continué à vivre, mais à côté, de loin. Sans m’autoriser d’autres appartenances en France. Ni d’autres deuils ni d’autres joies. Séparée, enchaînée. Je ne fais plus partie de rien jeddo, d’aucune communauté. Hiatus qui dépasse toute question identitaire, toute considération patriotique, pour parler ton langage. Les événements qui fabriquent une existence et font l’ossature des jours… ces épisodes de vie qui participent de notre humanité… j’ai tout évité.
(lire la suite…) -
je ne m’aime pas.
je ne m’aime pas dit l’homme, lèvres d’enfant
le dit vite, comme riposte l’instinct
aimer du Je se retranche
je n’aime pas M, personne. Rien
maimepas, répondent les aléas des vitres
ultimes horizons
jenemaimepas ne parle pas d’amour
se traîne mou comme la fatigue
faux comme son contraire
jenem’aimepas, babille l’homme
je encombre, envahit de trop d’absence
aimer se prend aux mots
comme la paupière arrête le regard
jenemaimepas, le rien se dit de ce tout
ça se jette brut comme rogne
quand rancœur manque d’audace
jenemaimepas ne dit pas Je, ça attend
ne dit pas l’attente, ça mendie doux
jenemaime pas, aussitôt s’abstrait
jenemaimepas reprennent les cœurs des hommesla vidéo réalisée avec ce texte est également visible ici:
https://graciabejjani.fr/2019/05/17/jenemaimepas/ -
pays de sang sonore (vidéo).
extrait:
…je joue à avoir compris le réel//
à savoir faire rouler les jours//
crisser le temps//
comment prendre la vie au sérieux…le texte de cette vidéo est également à lire ici:
https://graciabejjani.fr/2019/05/09/pays-de-sang-sonore-2/ -
pays de sang sonore.
ça commence sur des airs
voyage vacances
suffit de regarder le pays
comme paysage
de penser météo et promenade
de deviner le vent
renifler les horizons, vitre fermée
pays surgit massif
me touche du flanc
le familier escamote les mots
camion (nommer)
camion cette masse déferlante
ça commence par des étreintes de pneus
mon pays de sang sonore
nommer le monde du doigt
ne l’a-t-on pas appris en images
sur les pages des livres
camion bien sûr
et fascination d’enfant
fascination et terreur
bête piaffe et expire
ça commence en débris de souvenirs
mémoire me trimbale
l’autoroute, jungle de paradoxes
pastiche de vie sauvage
nos histoires, nos survies
je me touche la cuisse
que corps se raccroche
je joue à avoir compris le réel
à savoir faire rouler les jours
crisser le temps
comment prendre la vie au sérieux
quand c’est courses aux tournants
girafes et fleuve
j’ignorais mon pays savane
la solitude des hommes se promène
sourde à l’empathie des sirènes
la capitale, quittée petite
capitale a grandi depuis,
comme enfants et heures
elle se protège comme humains
barricades d’acier
fuite en d’inaccessibles cieux
ça commence par leurs gestes :
qui brasse, qui pousse, qui choie
je ferme les yeux
entendre radoter ma capitale
ma ville épaisse, en ma peau cloutée
je suis sa petite, son désordre
ça commence sur des paroles de taxi
les politiques le pays le peuple
ça commence sur le chant humide de sa voix
sur ses yeux rétroviseurs
j’acquiesce à tout
ça commence par errances étales
visage fixé aux entailles de l’air
touriste chez soi, comme visiteur sur terre
hôte de sa vie
balloté entre éblouissement et marée de ténèbres
ça commence en accolades de loin
on manque les bras ouverts des montagnesla vidéo réalisée avec ce texte est également visible ici:
https://graciabejjani.fr/2019/05/11/pays-de-sang-sonore/ -
j’aime, j’aime pas.
du bout des ongles, elle attrape les hommes ; égrène le monde en j’aime, j’aime pas. Petite gravide de l’autre qui bat en elle ; polaire.
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si je boude ? (vidéo)
extrait:
…je boude captive
me tais, torpeur
tes yeux et tu m’étourdis…le texte de cette vidéo est également à lire ici:
https://graciabejjani.fr/2019/04/25/si-je-boude/ -
La Plume Francophone (entretien)
« L’écriture peut être une vulnérabilité »
Entretien avec Gracia Bejjani
réalisé par Sandrine MesletGracia Bejjani écrit depuis de très longues années. Nous ne connaissions ni son histoire, ni ses textes. Nous l’avons rencontrée, nous avons découvert ses textes et, séduits, nous lui avons proposé de publier une nouvelle de son choix sur notre site. Nous espérons que vous partagerez notre goût pour cette fiévreuse prose poétique.
S. M : Est-ce que tu peux me parler déjà de ton parcours, de ta vie, de ce que tu fais aujourd’hui ? Comment est-ce qu’on mêle l’écriture et la vie professionnelle ?
G. B. : Le parcours ce serait trop long (…)
>> Lire la suite sur La Plume Francophone.
Un immense merci à Sandrine pour sa délicatesse et la qualité de l’entretien -
terre bascule.
puis terre bascule
comme toboggan, manque de mer
on laisserait chuter le corps
puissance quand s’abandonne
enfin s’abandonne, se brise
claquement sec de joie
et tout rirait d’excitation
cosmique -
si je boude?
si je boude?
et t’aime dos tourné
ma bouche est trappe
j’ai vieilles rancunes
ta main et tu me sursautes toute
si je te boude?
en corps de rances peines
j’ai voix sans maître
je bourdonne, nervosité d’insectes
je boude captive
me tais, torpeur
tes yeux et tu m’étourdis
si je boude
et que je gargouille de mots sans nerfs
tourments de petite
gestes clos en écume de nuit
je ne dors pas, tendue d’inertie
je boude rond et flasque
au seuil toujours
j’attendsla vidéo réalisée avec ce texte est également visible ici:
https://graciabejjani.fr/2019/05/04/si-je-boude-2/ -
Marc Jahjah (1)
Portraits de formes littéraires (1) la règle et l’attente
lire la suite sur le blog de Marc Jahjah que je remercie vivement.
Extrait : Il y aurait beaucoup à dire sur la littérature de Gracia Bejjani, la narration décentrée et expressionniste de son écriture-vidéo, son rapport divinatoire aux signes où le monde, originellement trouvé, ne cesse d’être recherché — jamais traqué — dans chacune de ses manifestations : ciel, linge, pain (…)
….>> lire également les autres articles de Marc Jahjah
L’écriture de soi “en ligne” : une pratique automédiale.
Formes littéraires sur le web (3) présence de l’élégie -
mes oreilles.
comme parenthèses rabattues sur les ronrons des pensées qui nous ignorent, mes oreilles. comme accidents de route, écueils avant le grand saut de tous les instants. comme illusion d’équilibre par la seule parité, mes lobes. comme gouffre de microscopiques ténèbres. comme mémoire de vies, les miennes, repliées diffuses. comme bras, mains ou doigts contractés de désirs ; s’ouvrir et se retenir aussitôt. terrains d’invasion quand ça parle à côté. mes oreilles
-
brindilles de lettres (vidéo).
extrait:
…deux directions, la vie se réduirait à ça//
suivre et être suivi, la vie ventre ou échine//
petits soleils couchants, brandis à bout de phares…le texte de cette vidéo est également à lire ici:
https://graciabejjani.fr/2019/04/19/brindilles-de-lettres-2/ -
brindilles de lettres.
on ne se promène pas, on parle aux lisières
voir si la ville se clôt, là où l’eau se referme
confins où ville s’épuise
se dilue tombée d’heures, terre et ciel taillés de soleil
derrière la pierre, tracent leurs liquides horizons
les yeux quittent la face, adhèrent au spectacle
dans le mouvement de l’autre, on s’entrave hébétude
on forge les mots, langue végétale
brindilles de lettres
ça tient la vie à distance
on se raconte le monde
on le regarde transpirer
deux directions, la vie se réduirait à ça
suivre et être suivi, la vie ventre ou échine
petits soleils couchants, brandis à bout de phares
mécaniques et frottis au milieu du tout silence
on regarde la normalité
extérieure
suivre et être suivi, absurde appartenance
dans la joie sans relief des couleurs unanimes
on regarde vivre
sommes-nous de la même carapace
on est abstraite présence, verbe sourd
heures lointaines et lentes fatigues
on se rêve véhicule
il suffirait de rouler, plus bas
que notre temps se répande sur l’asphalte
que l’âme se cogne au sens
on regarde vivre, s’achever
il faut les ténèbres de l’eau, pour voir l’éclat des villes
le silence de l’eau pour entendre balbutier le mondela vidéo réalisée avec ce texte est également visible ici:
https://graciabejjani.fr/2019/04/21/brindilles-de-lettres/