on ne se promène pas, on parle aux lisières
voir si la ville se clôt, là où l’eau se referme
confins où ville s’épuise
se dilue tombée d’heures, terre et ciel taillés de soleil
derrière la pierre, tracent leurs liquides horizons
les yeux quittent la face, adhèrent au spectacle
dans le mouvement de l’autre, on s’entrave hébétude
on forge les mots, langue végétale
brindilles de lettres
ça tient la vie à distance
on se raconte le monde
on le regarde transpirer
deux directions, la vie se réduirait à ça
suivre et être suivi, la vie ventre ou échine
petits soleils couchants, brandis à bout de phares
mécaniques et frottis au milieu du tout silence
on regarde la normalité
extérieure
suivre et être suivi, absurde appartenance
dans la joie sans relief des couleurs unanimes
on regarde vivre
sommes-nous de la même carapace
on est abstraite présence, verbe sourd
heures lointaines et lentes fatigues
on se rêve véhicule
il suffirait de rouler, plus bas
que notre temps se répande sur l’asphalte
que l’âme se cogne au sens
on regarde vivre, s’achever
il faut les ténèbres de l’eau, pour voir l’éclat des villes
le silence de l’eau pour entendre balbutier le monde

la vidéo réalisée avec ce texte est également visible ici:

https://graciabejjani.fr/2019/04/21/brindilles-de-lettres/