ça commence sur des airs
voyage vacances
suffit de regarder le pays
comme paysage
de penser météo et promenade
de deviner le vent
renifler les horizons, vitre fermée
pays surgit massif
me touche du flanc
le familier escamote les mots
camion (nommer)
camion cette masse déferlante
ça commence par des étreintes de pneus
mon pays de sang sonore
nommer le monde du doigt
ne l’a-t-on pas appris en images
sur les pages des livres
camion bien sûr
et fascination d’enfant
fascination et terreur
bête piaffe et expire
ça commence en débris de souvenirs
mémoire me trimbale
l’autoroute, jungle de paradoxes
pastiche de vie sauvage
nos histoires, nos survies
je me touche la cuisse
que corps se raccroche
je joue à avoir compris le réel
à savoir faire rouler les jours
crisser le temps
comment prendre la vie au sérieux
quand c’est courses aux tournants
girafes et fleuve
j’ignorais mon pays savane
la solitude des hommes se promène
sourde à l’empathie des sirènes
la capitale, quittée petite
capitale a grandi depuis,
comme enfants et heures
elle se protège comme humains
barricades d’acier
fuite en d’inaccessibles cieux
ça commence par leurs gestes :
qui brasse, qui pousse, qui choie
je ferme les yeux
entendre radoter ma capitale
ma ville épaisse, en ma peau cloutée
je suis sa petite, son désordre
ça commence sur des paroles de taxi
les politiques le pays le peuple
ça commence sur le chant humide de sa voix
sur ses yeux rétroviseurs
j’acquiesce à tout
ça commence par errances étales
visage fixé aux entailles de l’air
touriste chez soi, comme visiteur sur terre
hôte de sa vie
balloté entre éblouissement et marée de ténèbres
ça commence en accolades de loin
on manque les bras ouverts des montagnes

la vidéo réalisée avec ce texte est également visible ici:

https://graciabejjani.fr/2019/05/11/pays-de-sang-sonore/