Tu n’apparais pas
il t’évite par clichés sur toi resserrés
et ça noie l’absence
l’écran, c’est sans toi; ton tout éclaté
sans tes petits mouvements, à l’aune de l’univers
aujourd’hui, tu n’apparais pas et ça crée silence
silence en moi à jamais
blanches émotions face à l’écran noir
il t’évite, ça t’amasse par bouts
t’éparpille aux confins de moi
médecin et son écran, ça exclut
je regarde, de toi avide, tu es inintelligibles territoires
ni tête ni battements de cœur
«mais pourquoi vous éteignez déjà? on n’a rien vu»
mon haricot, tu étais merveille d’entrailles
tu deviens une décision à prendre
doute et implacable certitude
«aucune chance de… mais en médecine, y a des miracles», il dit
ça mastique «miracle» l’œil vide d’enchantement
comment croire alors au miracle?
je veux taire ton corps décousu
entamer mes longues ténèbres, de suite
dans l’urgence du désespoir qui hait tout lendemain
«la médecine procède par étapes», il dit
mais miracles ne s’encombrent pas d’étapes
la science reprend le contrôle, affirme ses incertitudes en chiffres, son savoir en improbabilités
tu es devenue angoisse, la question qui vacille
une vie à préserver, le temps de
je veux t’écarter, aussitôt, comme on avale ses dénis
tu es vie à préserver, pour une fin propre, maîtrisée au scalpel
mon olive, tu es devenue un embarras
mon monstre adoré
chimère informe, annexée à ma chair
tu es l’affreuse attente, l’éclatante présence et déjà nébuleuse
opaque, tu immobilises ma vie d’un regard de sel.

petite fantôme (texte de la série vidéo, épisode 4)

la vidéo réalisée avec ce texte est également visible ici:

https://graciabejjani.fr/2019/01/27/un-regard-de-sel/