-
ça roule (4).
molle croyance d’yeux de nuit
demain devant, flotte comme une promesse
cieux alentour, elle se figure
et sourires d’âmes
elle voit mer et horizon
mais l’azur devant est mur, mur plein face
et elle, devant
insipide comme paysage
s’abstrait devant
elle qui manque. -
ça roule (3).
il a compris, la vie est mouvement; alors toujours il bouge, quand il ne roule pas aussi bouge, pour que vie ne cesse pas.
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ça roule (2).
elle, ce n’est pas pareil. elle se raccroche à: pas pareille. mieux, elle ne veut pas. n’être pas comme, pour se vivre être.
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ça roule (1).
il passerait pour faible, on le traiterait de perdant, s’il disait son désarroi, révélait ses plaies. ici on avance. alors il ramasse ses os et que ça roule.
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13 avril 1975 – début de la guerre au Liban.
improviser l’équilibre.
« Il fallait grandir vite pour biaiser le temps. Pour avoir le sentiment d’avoir vécu, au cas où ils venaient à mourir. De toute manière, ils n’avaient pas le choix, ils grandissaient vite, confrontés à la gravité du monde, à la logique ténébreuse des adultes.
Mais la guerre les infantilisait aussi, les statufiait dans l’âge qu’ils avaient à ses débuts : 8 ans, 9 ans… 13 ans. Deuxième naissance, greffée. Les scellant à l’ombre : une autre identité façonnée par des conflits qui les dépassent. Et réprimée. Inextricable, malgré la paix, après 17 ans. Malgré le temps, depuis la paix. Eux, la génération de la guerre. Ils le seront toujours ; une filiation ne s’interrompt pas. »
(extrait de mon manuscrit « Lignes de fuite ») -
piédestal.
je fulguré par tes mots. je captif de tes dents. je, alangui, ploie. je se suspend à tes yeux. roule et salive sous ta langue. je s’élève dans la houle de tes mots. je se grise; mastiqué, flatté. je évidé du réel, flotte; quitte pieds, sol et corps. je vanté, magnifié, s’éparpille en éclats de plastique. et quand tu te tairas, s’écrasera.
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sur terre, c’est trou blanc.
tandis que la toute première image d’un trou noir est dévoilée par des astronomes
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ville mémoire.
ville comme mémoire, je me perds à poursuivre ses contrastes ; quand c’est elle qui me parcourt, me piétine natale. Ville flagrance, me bouleverse ; matière à la lumière nouée. – Ashrafieh.
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j’ai mes obsessions, linge à l’air par exemple.
(les nuages aussi).
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rester à sa terre connecté.
à Byblos – Jbail بيبلوس/جبيل.
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pour toujours habitée de mer.
à Byblos – Jbail بيبلوس/جبيل.
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n’a pas été prévenu.
(pendant ce temps, on change d’heure)
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tu te jettes vivant (vidéo).
extrait:
…bercer n’apaise pas//
tu brouillonnes//
tête cousue récits d’humains…le texte de cette vidéo est également à lire ici:
https://graciabejjani.fr/2019/03/26/tu-te-jettes/ -
tu te jettes vivant.
tu te jettes vivant
quels seins pour te rattraper
comme petit et virevoltes d’airs
désormais enclos en un corps-batailles
tu le cognes aux ombres
tu mâches, basse-bile
bercer n’apaise pas
tu brouillonnes
tête cousue récits d’humains
puis l’instant où tu prends rythme
rythme, l’ultime grâce
en tes entrailles, vagues
poulsla vidéo réalisée avec ce texte est aussi à regarder ici:
https://graciabejjani.fr/2019/03/30/tu-te-jettes-vivant/ -
terre déroute (vidéo).
extrait:
…le réel se réfracte//
se délite dans l’immense, dimension d’humain//
s’éprouver descendre//
c’est terre…le texte de cette vidéo est également à lire ici:
https://graciabejjani.fr/2019/03/10/terre-deroute-2/ -
terre déroute.
puis c’est terre
terre comme peau
terre comme déroute
et mer par repli
on répète le retour, de nouveaux départs
filmer, pays à bout de bras
on virevolte en interstices de pays
moelle captive dans l’entre-deux
on serait tension de mouvement
toujours on revient
on sait qu’on n’y est pas, mais on n’en est jamais parti
on répète le retour comme le reste
l’amour aussi, outrance
la vie est pour après, on s’y prépare
elle mijote dans nos os
rengaines, torpeur du relatif
on espère trébucher sur la foi
l’approche de la terre, c’est distance
le réel se réfracte
se délite dans l’immense, dimension d’humain
s’éprouver descendre
c’est terre
plus loin si seulement
quitter, revenir c’est écarteler l’espace,
tendre des mers devant soi
leurs tréfonds, les nageoires de leurs animaux
mais le temps ne délie pas
la mémoire est pouls
son rythme, gravité horizontale
on regarde, sourdine
on bat à l’aplomb du lien
à distance si seulement
déployée sous soi, la substance pays
agitations d’humains, sillons et récits
c’est terre comme derme harassé
on prend mélancolie, gaité au cœur
on peut la mélancolie si on est joie et ça se fiche de preuves
terre sienne, on la hume
on la mangerait pour s’y confondre, terre
le temps, son espace béance
on n’est pas assez loin
pays voltige dans le corps
ses hôpitaux, les décharges de ses poubelles
les écoles, les cieux et leurs nuages
on n’est pas assez loin
les ailes, babillages affolés
les stations d’essence, fumées s’attardent
combien d’herbes diaphanes
d’escargots qui transfigurent le temps
combien de corps, de langues, d’histoires
de grues qui suçotent les azurs
combien de prisons, de chiens qui tournent en rond
de nouveau-nés extasiés de vie
de rideaux qui fuient par les fenêtres.la vidéo réalisée avec ce texte est également visible ici:
https://graciabejjani.fr/2019/03/16/terre-deroute/ -
marmelade de ténèbres. (vidéo)
extrait:
…verbe, sa matière abstraction//
me tais, lourde de nuits//
récits abîmés de fatigues vénéneuses//
douce nausée des fins, fin d’yeux griffes…le texte de cette vidéo est également à lire ici:
https://graciabejjani.fr/2019/05/27/marmelade-de-tenebres-2/ -
écrire l’écrire, ressac (8). (vidéo).
écrire. (8)
extrait:
…écrire, retenir son souffle; jeu de précipices//
écrire pour le salut, pour le saut; pétri de foi//
écrire pour épuiser vivre et s’y épuiser//
pour raidir les dialogues par des voix sans adresse …le texte de cette vidéo est également à lire ici:
https://graciabejjani.fr/2019/06/11/ecrire-lecrire-ressac8/ -
public privé. (4)
le lien, aux confins de soi
on est aussi seul que soleil et ses excès. -
public privé. (3)
présence se passe de mots.
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public privé. (2)
conte de faits divers, halluciner la Seine.
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un regard de sel. (vidéo)
petite fantôme. (4)
extrait:
…ça mastique «miracle» l’œil vide d’enchantement//
comment croire alors au miracle?//
je veux taire ton corps décousu//
entamer mes longues ténèbres, de suite…le texte de cette vidéo est également à lire ici:
https://graciabejjani.fr/2019/01/27/un-regard-de-sel/ -
public privé. (1)
vêtir la couleur, habiter le seuil.
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aplomb perdu (vidéo).
extrait:
…et les trous de l’obscurité ne sont pas lumières//
mais balbutiements dans le silence des langues//
c’est qui ton pays//
la question a du retard, l’exil s’est déporté…le texte de cette vidéo est également à lire ici:
https://graciabejjani.fr/2019/01/05/jai-rate-lavion/ -
déformations professionnelles. (2)
nul n’est irremplaçable lui dit-il de son timbre droit comme horizon d’hiver.
elle voit aussitôt les visages: parents enfants aimés… pourquoi alors effroi de mort? -
carte en l’air.
et la porte s’ouvre; corps devant et les battants s’écartent; voix au robot et ça s’exécute. et ces gestes, d’halluciner puissance.
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déformations professionnelles. (1)
à force de réfléchir rebondir réussir, il pense que l’amour se discute s’ajuste; que la vie comme un dossier se gère.
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aplomb perdu.
j’ai raté l’avion
confondu partir et arriver
Beyrouth, Paris en un seul horaire, ramassés
c’est qui ton pays me demande petit frère
j’ai raté l’avion, ici on nomme les tempêtes
prénoms de femmes, ça humanise le chaos
sommes-nous aussi des tempêtes contre la nature déchaînés
à bout de bras, le téléphone débite ordinaires horreurs
éclats de partout, mitraillette d’opacité
Beyrouth, le monde dans ma paume coffrés
univers à l’étroit, ça se calcule en pouces
et mes yeux regardent la vie
comme enfant, bestioles en sa main ramassées
mirage de distraction pour farder les drames, les disperser sous chair
et la faute, la faute qui colle, cristallise l’impuissance des sourires
nuit et la nuit c’est seulement nuit
Paris-nuit Beyrouth-nuit en un même espace recueillis, sur nuit dépliés
et les trous de l’obscurité ne sont pas lumières
mais balbutiements dans le silence des langues
c’est qui ton pays
la question a du retard, l’exil s’est déporté
tu es qui de qui part, de qui arrive, de qui est, et ce qui en reste, et qui tu es, qui
la nuit, pays est mon pays et les questions sont usées
j’ai raté l’avion en un instant d’absence
le geste est absurde, comme fragilité d’homme
comme smartphone, entre nos doigts
ce soir sa surface lisse rayonne de désastres
ça crachote les nouvelles par rafales
ça s’acharne à exterminer la joie, la petite joie idiote, joie-vie
et j’ai misère humaine, plein la bouche
friabilité d’être, ras-le-nez
un avion manqué, mais la terre surtout
et l’aplomb, perdu.la vidéo réalisée avec ce texte est également visible ici:
https://graciabejjani.fr/2019/01/12/aplomb-perdu/ -
injonctions paradoxales. (4)
nos empreintes jusqu’aux cieux, intrications de vains possibles, quand seul le vide de l’horizon élève, se dit-elle reportant regards sur terres embouteillées.