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  • écrire l’écrire, ressac. (8)

    poursuivre écrire
    écrire ça ou rien
    ça… ou balbutier imbécile
    lèvres déchirées sur confus regrets
    et toujours cette main inquiète
    écrire escarmouche avec la vie, perdre à tout instant
    et assourdir le clivage vivre mourir
    écrire par reflux
    silence, ça pulse
    écrire, retenir son souffle; jeu de précipices
    écrire pour le salut, pour le saut; pétri de foi
    écrire pour épuiser vivre et s’y épuiser
    pour raidir les dialogues par des voix sans adresse
    écrire et répéter l’oubli, commémorations s’entêtent
    relire le journal de ses 13 ans, on écrit encore ce qui s’écrivait déjà,
    qu’on a oublié avoir écrit, déjà là, tout est déjà là
    comme on dirait des enfants et que tout se joue avant 7 ans
    écrire alors pour casser l’écriture
    cet engrenage vénéré qui vrille l’âme au vent des jours
    écrire et briser la langue, ses morceaux ne seront pas mots
    refouler les belles phrases, que se taisent les spasmes de soi
    écrire pour éviter dire
    quitter l’humain et sa conversation
    se faire points suspendus qui n’attendent pas,
    à la trame de textes sans intention
    écrire et s’égarer dans les palimpsestes
    on a tant foulé de pages que le sang ressasse marées de corps
    écrire ce qui parfois se trace sans les dents
    s’estompe sans s’inscrire
    écrire, sans livre à venir.

    la vidéo réalisée avec ce texte est également visible ici:

    https://graciabejjani.fr/2019/02/03/ecrire-lecrire-ressac-8/
  • relents de folie, quand la langue renonce.

    au téléphone, la voix du frère poursuit
    la parole est baume il pense, et poursuit
    mais les mots se fichent du sens
    ce qui se dit, sitôt brisé
    l’essentiel a précédé
    sa frappe acide
    lapidation par la langue
    échos pierreux
    le cœur ne sait plus, enserré de douleur
    cœur piétiné
    hébété d’impossible
    dans la résonance métallique d’une phrase en boucle: annonce de drame
    depuis, ta salive engourdie, lourde
    bouche lacérée, sang de plomb
    tu réponds, pour que se taise la voix
    toutes voix dehors
    la bienveillance est cacophonie
    faire éclater la peau
    claquer les mots
    ils ne sont plus soutenus
    hurlés, parole animale
    aussitôt aspirée, gouffre de corps
    le tourment est dissonance
    relents de folie, quand la langue renonce
    ultime rupture.

    la vidéo réalisée avec ce texte est également visible ici:

    https://graciabejjani.fr/2019/05/30/relents-de-folie-quand-la-langue-renonce/
  • l’empreinte.

    Je te rêve.
    Tes yeux seraient bleus, ton regard, poigne.
    Tu cours, fuis. Ton corps dans mon sang.
    Ton visage. Vie aussitôt; ses questions.
    M’inquiéter de ton avenir avant que tu n’adviennes.
    Tu n’es pas.
    Je t’écoute, te soulève. Tu joues. Ris. N’es pas.
    Tu densifies l’instant. Je te rêve. Tes odeurs, tes yeux.
    Tu es. À portée de chair. Tu es.
    Tu es ma prétendue chair. N’es pas.
    Ta vie te précède.
    Ton existence devance ma raison,
    et la triste épreuve du réel.
    Tu n’es pas. Ne seras pas. Ton avenir est mon passé.
    Tu es désormais obsession.
    Tout détail est annonce,
    signe de vies qui se refusent à chaque mois.
    Tu es impossible à attendre, présence de tous les temps.
    Tu as toujours été, m’aurais-tu précédée.
    Je n’attends que ta matière, ta confirmation.
    Ta venue me délesterait de l’empreinte.
    Tu as toujours été, mon corps porte ta forme,
    je te couve en creux.
    Tu as toujours été. Masse en moi.
    Tous les mois, tout est indice de toi. Marque de toi.
    Tous les mois, tu es possible. Je suis conviction.
    Puis désenchantement.
    Le temps de ce silence est vacarme de sang.
    Le sang à nouveau.
    Le sang qui m’affirme par négation.
    Premières règles, «tu n’es pas un garçon, mon adolescente».
    À présent l’autre ritournelle scande les cycles : «tu ne seras pas mère».
    Peut-être le mois prochain? Je suis ton entêtée.
    Tous les mois, au balbutiement de tout retard.
    Tous les mois. Toute nausée annoncera la joie à venir.
    Tous les mois, il est possible d’y croire, grâce m’est donnée.
    Tous les mois te préparent, te clament.
    Tu es. Tu es ma certitude.
    Tu es le credo de tous les après.
    Mais le sang revient, m’entache de douleur.
    Crampes et déchirements me détournent de la perte.
    La seule souffrance,
    te perdre alors que tu n’es pas.

    petite fantôme (texte de la série vidéo, épisode 5)

    la vidéo réalisée avec ce texte est également visible ici:

    https://graciabejjani.fr/2019/05/18/lempreinte-5/
  • relents de folie quand la langue renonce (vidéo).

    extrait:
    …ce qui se dit, sitôt brisé//
    l’essentiel a précédé//
    sa frappe acide…

    le texte de cette vidéo est également à lire ici:
    https://graciabejjani.fr/2019/06/10/relents-de-folie-quand-la-langue-renonce-2/

  • marmelade de ténèbres.

    me tais
    bercée d’obscurité
    me coule, plomb
    nuit et ses instants cieux
    m’arrête, peau et chair mues par l’élan
    me fais vitre et derrière déroule des cailloux de vie
    nuit, je cesse de me mimer
    molle de tous sons tus
    me tapis contre, battue de cris
    aux heures canines
    me laisse mastiquer
    partout, les trous
    dentelles de questions
    questions d’avant rhétorique
    pourquoi je suis créée
    et d’autres pourquois, cortège de stupeurs
    de voix qui adjurent béance
    avec la foi pour s’autoriser dignes
    ma foi? je crois qu’il y a un mystère
    verbe, sa matière abstraction
    me tais, lourde de nuits
    récits abîmés de fatigues vénéneuses
    douce nausée des fins, fin d’yeux griffes
    quand la gorge ahane les mots
    m’abandonne aux tournants, sans la confiance des petits
    la nuit, son pouls dans mes pupilles inquiètes
    rivées à l’opacité
    ce quelque chose qui respire d’immobilité
    nous en dedans, rompus d’amitié
    mêmes nuits d’un exil l’autre
    instants textures comme nocturnes enfances
    langue écumée d’analogues secousses
    abattre les routes comme jadis le salon des parents endormis
    marmelade de ténèbres
    ça se traverse en tremblant
    le soir, c’est journée qui s’accroche
    qui ne sait pas s’effacer
    derrière la présence étale, ça poursuit
    brèches ensoleillées de solitude
    les tours s’entêtent à illuminer les verticales
    désirs se retournent
    la nuit est miroir
    les visages, paysages martelés à ses flancs
    hoquets d’histoires languissent sur les écrans.

    la vidéo réalisée avec ce texte est également visible ici:

    https://graciabejjani.fr/2019/02/24/marmelade-de-tenebres/
  • comme première rencontre, premier amour (vidéo).

    inspirée d’une page croisée en un trajet de métro: les émotions, les apprendre en français langue étrangère.

    extrait:
    …pour apprendre à être humain, si l’homme seul s’émeut//
    langue maternelle en miroir, on interrogera la tristesse//
    triste c’est triste, on sera rassuré…

    le texte de cette vidéo est également à lire ici:
    https://graciabejjani.fr/2019/05/19/comme-premiere-rencontre-premier-amour-2/

  • un regard de sel.

    Tu n’apparais pas
    il t’évite par clichés sur toi resserrés
    et ça noie l’absence
    l’écran, c’est sans toi; ton tout éclaté
    sans tes petits mouvements, à l’aune de l’univers
    aujourd’hui, tu n’apparais pas et ça crée silence
    silence en moi à jamais
    blanches émotions face à l’écran noir
    il t’évite, ça t’amasse par bouts
    t’éparpille aux confins de moi
    médecin et son écran, ça exclut
    je regarde, de toi avide, tu es inintelligibles territoires
    ni tête ni battements de cœur
    «mais pourquoi vous éteignez déjà? on n’a rien vu»
    mon haricot, tu étais merveille d’entrailles
    tu deviens une décision à prendre
    doute et implacable certitude
    «aucune chance de… mais en médecine, y a des miracles», il dit
    ça mastique «miracle» l’œil vide d’enchantement
    comment croire alors au miracle?
    je veux taire ton corps décousu
    entamer mes longues ténèbres, de suite
    dans l’urgence du désespoir qui hait tout lendemain
    «la médecine procède par étapes», il dit
    mais miracles ne s’encombrent pas d’étapes
    la science reprend le contrôle, affirme ses incertitudes en chiffres, son savoir en improbabilités
    tu es devenue angoisse, la question qui vacille
    une vie à préserver, le temps de
    je veux t’écarter, aussitôt, comme on avale ses dénis
    tu es vie à préserver, pour une fin propre, maîtrisée au scalpel
    mon olive, tu es devenue un embarras
    mon monstre adoré
    chimère informe, annexée à ma chair
    tu es l’affreuse attente, l’éclatante présence et déjà nébuleuse
    opaque, tu immobilises ma vie d’un regard de sel.

    petite fantôme (texte de la série vidéo, épisode 4)

    la vidéo réalisée avec ce texte est également visible ici:

    https://graciabejjani.fr/2019/01/27/un-regard-de-sel/
  • comme première rencontre, premier amour.

    inspirée d’une page croisée en un trajet de métro: les émotions, les apprendre en français langue étrangère. à lire avec cette page croisée sous le yeux.

    on les écrira à la main
    les copiera en rondes lettres tels bons sentiments
    les alignera, yeux contre feuille
    émotions et impossible distance
    on les étalera sur la page comme s’émeuvent les visages
    langue dehors en pont de suspension
    cahier et corps trembleront, chahut de métro
    on traduira à plat pour s’en saisir
    on apprendra à s’émouvoir par cœur
    on répétera les phonèmes, qu’émotions se retiennent
    on assimilera la peur la joie la colère d’une traite
    on ne vivra pas pour écrire, on écrira pour vivre
    pour apprendre à être humain, si l’homme seul s’émeut
    langue maternelle en miroir, on interrogera la tristesse
    triste c’est triste, on sera rassuré
    j’écris anxieux serein excité calme, j’écris reconnaissant
    je mets confiant sous mes dents, je répète fasciné
    on aura besoin de superlatif pour ressentir
    profondément ému lira-t-on pour être à hauteur d’absolu
    puis on fera des phrases, à l’épreuve du réel
    je suis agacé de ton comportement je suis heureux de te revoir je suis trop énervé
    on ne s’étonnera pas du masculin entre mains de filles
    ni de l’altération de l’humeur, des registres
    on pensera à l’incohérence humaine
    les émotions, aussi fallacieuses sur la page que dans la vie
    on a titré «les émotions»
    essayer… allons à la plage… allons faire la fête
    émotions
    ça finit par un acte de foi
    te rendre heureux, climax d’émoi
    puis on reprendra sa page écolière
    on testera sans traduction, qu’a-t-on appris?
    on retrouvera l’intensité des premières fois avec des mots encore étrangers
    comme une première rencontre, un premier amour
    dieu qu’on a aimé son premier amour

    la vidéo réalisée avec ce texte est également visible ici:

    https://graciabejjani.fr/2019/05/26/comme-premiere-rencontre-premier-amour/

    retranscription du texte de la photo :

    les émotions:
    la peur o medo
    la joie a alegria
    la colère a raiva
    anxieux ancioso
    serein sereno
    excité excitado
    calme quieto
    impressionné impressionado
    profondément ému profundamente movido
    reconnaissant grato
    satisfait satisfeito
    fasciné fascinado
    stressé estressado
    confiant confiante
    joyeux alegre
    fatigué cansado
    heureux feliz
    triste triste
    intéressé interessado
    optimiste otimista
    pessimiste pessimista
    effrayé assustado
    agacé aborrecido
    fâché irritado
    je suis agacé de ton comportement estou aborrecido de seu comportamento
    la chance a sorte
    le match o jogo
    je suis heureux de te revoir estou feliz em te ver novamente
    oh mine oh marga
    allons à la plage vamos para a praia
    je suis trop énervé estou com muita raiva
    essayer tentar
    allons faire la fête vamos a festa
    te rendre heureux te fazer feliz

  • l’empreinte. (vidéo)

    petite fantôme. (5)

    extrait:
    …Tu es ma prétendue chair. N’es pas//
    Ta vie te précède//
    Ton existence devance ma raison//
    et la triste épreuve du réel…

    le texte de cette vidéo est également à lire ici:

    https://graciabejjani.fr/2019/06/04/lempreinte/
  • jenemaimepas (vidéo).

    extrait:
    …jenemaimepas ne parle pas d’amour//
    se traîne mou comme la fatigue//
    faux comme son contraire…

    le texte de cette vidéo est également à lire ici:

    https://graciabejjani.fr/2019/05/13/je-ne-maime-pas/
  • on croiserait nos silences. (3)

  • La Plume Francophone (publication)

    posté par La Plume Francophone ⋅ 1 septembre 2017

    Jeddo

    Je ne suis pas allée à ton enterrement. L’exil est pourvoyeur de prétextes. Distance, travail, coût du voyage… Des excuses, prêtes à servir. À raidir les mauvaises langues, elles s’emballent vite au Liban.

    Jeddo1. Je te dois la vérité. Mort, tu te noues à ma conscience. Tu deviens vérité, présence éthérée qui nous regarde, qui voit. Qui me regarde. Je ne voulais pas pleurer ta perte, elle ne me concernait pas. Ta horde se la dispute encore. Tes descendants. Sempiternel cortège d’affliction.

    Il y a quinze ans, tu es mort ; j’ai continué à vivre. À Paris. Sans me retourner. Je ne suis pas allée à ton enterrement, jeddo. Je n’ai pas hésité. Ni regretté.

    « Äyb, Äyb ! ». La honte, un déshonneur, cette fille. Oui, si tu savais. Persévère, écoute-moi. Tout entendre, sans m’opposer ta surdité. Après la mort, seules nos vérités nous survivent.

    Depuis mon départ du Liban, je n’ai connu aucun enterrement, aucune naissance. Je n’ai pas assisté aux mariages. Maladies, drames, fêtes, problèmes… Rien vu en vingt années d’éloignement. J’en aperçois des raccourcis pendant les vacances au pays, comme si je parcourais des extraits de romans, sans avoir à en lire la totalité. La famille a continué à vivre, mais à côté, de loin. Sans m’autoriser d’autres appartenances en France. Ni d’autres deuils ni d’autres joies. Séparée, enchaînée. Je ne fais plus partie de rien jeddo, d’aucune communauté. Hiatus qui dépasse toute question identitaire, toute considération patriotique, pour parler ton langage. Les événements qui fabriquent une existence et font l’ossature des jours… ces épisodes de vie qui participent de notre humanité… j’ai tout évité.
    (lire la suite…)

  • je ne m’aime pas.

    je ne m’aime pas dit l’homme, lèvres d’enfant
    le dit vite, comme riposte l’instinct
    aimer du Je se retranche
    je n’aime pas M, personne. Rien
    maimepas, répondent les aléas des vitres
    ultimes horizons
    jenemaimepas ne parle pas d’amour
    se traîne mou comme la fatigue
    faux comme son contraire
    jenem’aimepas, babille l’homme
    je encombre, envahit de trop d’absence
    aimer se prend aux mots
    comme la paupière arrête le regard
    jenemaimepas, le rien se dit de ce tout
    ça se jette brut comme rogne
    quand rancœur manque d’audace
    jenemaimepas ne dit pas Je, ça attend
    ne dit pas l’attente, ça mendie doux
    jenemaime pas, aussitôt s’abstrait
    jenemaimepas reprennent les cœurs des hommes

    la vidéo réalisée avec ce texte est également visible ici:

    https://graciabejjani.fr/2019/05/17/jenemaimepas/
  • pays de sang sonore (vidéo).

    extrait:
    …je joue à avoir compris le réel//
    à savoir faire rouler les jours//
    crisser le temps//
    comment prendre la vie au sérieux…

    le texte de cette vidéo est également à lire ici:

    https://graciabejjani.fr/2019/05/09/pays-de-sang-sonore-2/
  • passoire de lumière.

  • pays de sang sonore.

    ça commence sur des airs
    voyage vacances
    suffit de regarder le pays
    comme paysage
    de penser météo et promenade
    de deviner le vent
    renifler les horizons, vitre fermée
    pays surgit massif
    me touche du flanc
    le familier escamote les mots
    camion (nommer)
    camion cette masse déferlante
    ça commence par des étreintes de pneus
    mon pays de sang sonore
    nommer le monde du doigt
    ne l’a-t-on pas appris en images
    sur les pages des livres
    camion bien sûr
    et fascination d’enfant
    fascination et terreur
    bête piaffe et expire
    ça commence en débris de souvenirs
    mémoire me trimbale
    l’autoroute, jungle de paradoxes
    pastiche de vie sauvage
    nos histoires, nos survies
    je me touche la cuisse
    que corps se raccroche
    je joue à avoir compris le réel
    à savoir faire rouler les jours
    crisser le temps
    comment prendre la vie au sérieux
    quand c’est courses aux tournants
    girafes et fleuve
    j’ignorais mon pays savane
    la solitude des hommes se promène
    sourde à l’empathie des sirènes
    la capitale, quittée petite
    capitale a grandi depuis,
    comme enfants et heures
    elle se protège comme humains
    barricades d’acier
    fuite en d’inaccessibles cieux
    ça commence par leurs gestes :
    qui brasse, qui pousse, qui choie
    je ferme les yeux
    entendre radoter ma capitale
    ma ville épaisse, en ma peau cloutée
    je suis sa petite, son désordre
    ça commence sur des paroles de taxi
    les politiques le pays le peuple
    ça commence sur le chant humide de sa voix
    sur ses yeux rétroviseurs
    j’acquiesce à tout
    ça commence par errances étales
    visage fixé aux entailles de l’air
    touriste chez soi, comme visiteur sur terre
    hôte de sa vie
    balloté entre éblouissement et marée de ténèbres
    ça commence en accolades de loin
    on manque les bras ouverts des montagnes

    la vidéo réalisée avec ce texte est également visible ici:

    https://graciabejjani.fr/2019/05/11/pays-de-sang-sonore/
  • j’aime, j’aime pas.

    du bout des ongles, elle attrape les hommes ; égrène le monde en j’aime, j’aime pas. Petite gravide de l’autre qui bat en elle ; polaire.

  • si je boude ? (vidéo)

    extrait:
    …je boude captive 
    me tais, torpeur 
    tes yeux et tu m’étourdis…

    le texte de cette vidéo est également à lire ici:

    https://graciabejjani.fr/2019/04/25/si-je-boude/
  • La Plume Francophone (entretien)

    « L’écriture peut être une vulnérabilité »
    Entretien avec Gracia Bejjani
    réalisé par Sandrine Meslet

    Gracia Bejjani écrit depuis de très longues années. Nous ne connaissions ni son histoire, ni ses textes. Nous l’avons rencontrée, nous avons découvert ses textes et, séduits, nous lui avons proposé de publier une nouvelle de son choix sur notre site. Nous espérons que vous partagerez notre goût pour cette fiévreuse prose poétique.

    S. M : Est-ce que tu peux me parler déjà de ton parcours, de ta vie, de ce que tu fais aujourd’hui ? Comment est-ce qu’on mêle l’écriture et la vie professionnelle ?

    G. B. : Le parcours ce serait trop long (…)

    >> Lire la suite sur La Plume Francophone.
    Un immense merci à Sandrine pour sa délicatesse et la qualité de l’entretien

  • est-ce encore ciel.

  • terre bascule.

    puis terre bascule
    comme toboggan, manque de mer
    on laisserait chuter le corps
    puissance quand s’abandonne
    enfin s’abandonne, se brise
    claquement sec de joie
    et tout rirait d’excitation
    cosmique

  • si je boude?

    si je boude?
    et t’aime dos tourné
    ma bouche est trappe
    j’ai vieilles rancunes
    ta main et tu me sursautes toute
    si je te boude?
    en corps de rances peines
    j’ai voix sans maître
    je bourdonne, nervosité d’insectes
    je boude captive
    me tais, torpeur
    tes yeux et tu m’étourdis
    si je boude
    et que je gargouille de mots sans nerfs
    tourments de petite
    gestes clos en écume de nuit
    je ne dors pas, tendue d’inertie
    je boude rond et flasque
    au seuil toujours
    j’attends

    la vidéo réalisée avec ce texte est également visible ici:

    https://graciabejjani.fr/2019/05/04/si-je-boude-2/
  • Marc Jahjah (1)

    Portraits de formes littéraires (1) la règle et l’attente

    lire la suite sur le blog de Marc Jahjah que je remercie vivement.


    Extrait : Il y aurait beaucoup à dire sur la littérature de Gracia Bejjani, la narration décentrée et expressionniste de son écriture-vidéo, son rapport divinatoire aux signes où le monde, originellement trouvé, ne cesse d’être recherché — jamais traqué — dans chacune de ses manifestations : ciel, linge, pain (…)
    ….

    >> lire également les autres articles de Marc Jahjah
    L’écriture de soi “en ligne” : une pratique automédiale.
    Formes littéraires sur le web (3) présence de l’élégie

  • à terre comme au ciel.

  • mes oreilles.

    comme parenthèses rabattues sur les ronrons des pensées qui nous ignorent, mes oreilles. comme accidents de route, écueils avant le grand saut de tous les instants. comme illusion d’équilibre par la seule parité, mes lobes. comme gouffre de microscopiques ténèbres. comme mémoire de vies, les miennes, repliées diffuses. comme bras, mains ou doigts contractés de désirs ; s’ouvrir et se retenir aussitôt. terrains d’invasion quand ça parle à côté. mes oreilles

  • brindilles de lettres (vidéo).

    extrait:
    …deux directions, la vie se réduirait à ça//
    suivre et être suivi, la vie ventre ou échine//
    petits soleils couchants, brandis à bout de phares…

    le texte de cette vidéo est également à lire ici:

    https://graciabejjani.fr/2019/04/19/brindilles-de-lettres-2/
  • brindilles de lettres.

    on ne se promène pas, on parle aux lisières
    voir si la ville se clôt, là où l’eau se referme
    confins où ville s’épuise
    se dilue tombée d’heures, terre et ciel taillés de soleil
    derrière la pierre, tracent leurs liquides horizons
    les yeux quittent la face, adhèrent au spectacle
    dans le mouvement de l’autre, on s’entrave hébétude
    on forge les mots, langue végétale
    brindilles de lettres
    ça tient la vie à distance
    on se raconte le monde
    on le regarde transpirer
    deux directions, la vie se réduirait à ça
    suivre et être suivi, la vie ventre ou échine
    petits soleils couchants, brandis à bout de phares
    mécaniques et frottis au milieu du tout silence
    on regarde la normalité
    extérieure
    suivre et être suivi, absurde appartenance
    dans la joie sans relief des couleurs unanimes
    on regarde vivre
    sommes-nous de la même carapace
    on est abstraite présence, verbe sourd
    heures lointaines et lentes fatigues
    on se rêve véhicule
    il suffirait de rouler, plus bas
    que notre temps se répande sur l’asphalte
    que l’âme se cogne au sens
    on regarde vivre, s’achever
    il faut les ténèbres de l’eau, pour voir l’éclat des villes
    le silence de l’eau pour entendre balbutier le monde

    la vidéo réalisée avec ce texte est également visible ici:

    https://graciabejjani.fr/2019/04/21/brindilles-de-lettres/
  • ça roule (4).

    molle croyance d’yeux de nuit
    demain devant, flotte comme une promesse
    cieux alentour, elle se figure
    et sourires d’âmes
    elle voit mer et horizon
    mais l’azur devant est mur, mur plein face
    et elle, devant
    insipide comme paysage
    s’abstrait devant
    elle qui manque.

  • ça roule (3).

    il a compris, la vie est mouvement; alors toujours il bouge, quand il ne roule pas aussi bouge, pour que vie ne cesse pas.

  • ça roule (2).

    elle, ce n’est pas pareil. elle se raccroche à: pas pareille. mieux, elle ne veut pas. n’être pas comme, pour se vivre être.

  • ça roule (1).

    il passerait pour faible, on le traiterait de perdant, s’il disait son désarroi, révélait ses plaies. ici on avance. alors il ramasse ses os et que ça roule.

  • 13 avril 1975 – début de la guerre au Liban.

    improviser l’équilibre.

    « Il fallait grandir vite pour biaiser le temps. Pour avoir le sentiment d’avoir vécu, au cas où ils venaient à mourir. De toute manière, ils n’avaient pas le choix, ils grandissaient vite, confrontés à la gravité du monde, à la logique ténébreuse des adultes.
    Mais la guerre les infantilisait aussi, les statufiait dans l’âge qu’ils avaient à ses débuts : 8 ans, 9 ans… 13 ans. Deuxième naissance, greffée. Les scellant à l’ombre : une autre identité façonnée par des conflits qui les dépassent. Et réprimée. Inextricable, malgré la paix, après 17 ans. Malgré le temps, depuis la paix. Eux, la génération de la guerre. Ils le seront toujours ; une filiation ne s’interrompt pas. »
    (extrait de mon manuscrit « Lignes de fuite »)

  • piédestal.

    je fulguré par tes mots. je captif de tes dents. je, alangui, ploie. je se suspend à tes yeux. roule et salive sous ta langue. je s’élève dans la houle de tes mots. je se grise; mastiqué, flatté. je évidé du réel, flotte; quitte pieds, sol et corps. je vanté, magnifié, s’éparpille en éclats de plastique. et quand tu te tairas, s’écrasera.

  • sur terre, c’est trou blanc.

    tandis que la toute première image d’un trou noir est dévoilée par des astronomes

  • ville mémoire.

    ville comme mémoire, je me perds à poursuivre ses contrastes ; quand c’est elle qui me parcourt, me piétine natale. Ville flagrance, me bouleverse ; matière à la lumière nouée. – Ashrafieh.

  • j’ai mes obsessions, linge à l’air par exemple.

    (les nuages aussi).