-
l’empreinte. (vidéo)
petite fantôme. (5)
extrait:
…Tu es ma prétendue chair. N’es pas//
Ta vie te précède//
Ton existence devance ma raison//
et la triste épreuve du réel…le texte de cette vidéo est également à lire ici:
https://graciabejjani.fr/2019/06/04/lempreinte/ -
jenemaimepas (vidéo).
extrait:
…jenemaimepas ne parle pas d’amour//
se traîne mou comme la fatigue//
faux comme son contraire…le texte de cette vidéo est également à lire ici:
https://graciabejjani.fr/2019/05/13/je-ne-maime-pas/ -
La Plume Francophone (publication)
posté par La Plume Francophone ⋅ 1 septembre 2017
Jeddo
Je ne suis pas allée à ton enterrement. L’exil est pourvoyeur de prétextes. Distance, travail, coût du voyage… Des excuses, prêtes à servir. À raidir les mauvaises langues, elles s’emballent vite au Liban.
Jeddo1. Je te dois la vérité. Mort, tu te noues à ma conscience. Tu deviens vérité, présence éthérée qui nous regarde, qui voit. Qui me regarde. Je ne voulais pas pleurer ta perte, elle ne me concernait pas. Ta horde se la dispute encore. Tes descendants. Sempiternel cortège d’affliction.
Il y a quinze ans, tu es mort ; j’ai continué à vivre. À Paris. Sans me retourner. Je ne suis pas allée à ton enterrement, jeddo. Je n’ai pas hésité. Ni regretté.
« Äyb, Äyb ! ». La honte, un déshonneur, cette fille. Oui, si tu savais. Persévère, écoute-moi. Tout entendre, sans m’opposer ta surdité. Après la mort, seules nos vérités nous survivent.
Depuis mon départ du Liban, je n’ai connu aucun enterrement, aucune naissance. Je n’ai pas assisté aux mariages. Maladies, drames, fêtes, problèmes… Rien vu en vingt années d’éloignement. J’en aperçois des raccourcis pendant les vacances au pays, comme si je parcourais des extraits de romans, sans avoir à en lire la totalité. La famille a continué à vivre, mais à côté, de loin. Sans m’autoriser d’autres appartenances en France. Ni d’autres deuils ni d’autres joies. Séparée, enchaînée. Je ne fais plus partie de rien jeddo, d’aucune communauté. Hiatus qui dépasse toute question identitaire, toute considération patriotique, pour parler ton langage. Les événements qui fabriquent une existence et font l’ossature des jours… ces épisodes de vie qui participent de notre humanité… j’ai tout évité.
(lire la suite…) -
je ne m’aime pas.
je ne m’aime pas dit l’homme, lèvres d’enfant
le dit vite, comme riposte l’instinct
aimer du Je se retranche
je n’aime pas M, personne. Rien
maimepas, répondent les aléas des vitres
ultimes horizons
jenemaimepas ne parle pas d’amour
se traîne mou comme la fatigue
faux comme son contraire
jenem’aimepas, babille l’homme
je encombre, envahit de trop d’absence
aimer se prend aux mots
comme la paupière arrête le regard
jenemaimepas, le rien se dit de ce tout
ça se jette brut comme rogne
quand rancœur manque d’audace
jenemaimepas ne dit pas Je, ça attend
ne dit pas l’attente, ça mendie doux
jenemaime pas, aussitôt s’abstrait
jenemaimepas reprennent les cœurs des hommesla vidéo réalisée avec ce texte est également visible ici:
https://graciabejjani.fr/2019/05/17/jenemaimepas/ -
pays de sang sonore (vidéo).
extrait:
…je joue à avoir compris le réel//
à savoir faire rouler les jours//
crisser le temps//
comment prendre la vie au sérieux…le texte de cette vidéo est également à lire ici:
https://graciabejjani.fr/2019/05/09/pays-de-sang-sonore-2/ -
pays de sang sonore.
ça commence sur des airs
voyage vacances
suffit de regarder le pays
comme paysage
de penser météo et promenade
de deviner le vent
renifler les horizons, vitre fermée
pays surgit massif
me touche du flanc
le familier escamote les mots
camion (nommer)
camion cette masse déferlante
ça commence par des étreintes de pneus
mon pays de sang sonore
nommer le monde du doigt
ne l’a-t-on pas appris en images
sur les pages des livres
camion bien sûr
et fascination d’enfant
fascination et terreur
bête piaffe et expire
ça commence en débris de souvenirs
mémoire me trimbale
l’autoroute, jungle de paradoxes
pastiche de vie sauvage
nos histoires, nos survies
je me touche la cuisse
que corps se raccroche
je joue à avoir compris le réel
à savoir faire rouler les jours
crisser le temps
comment prendre la vie au sérieux
quand c’est courses aux tournants
girafes et fleuve
j’ignorais mon pays savane
la solitude des hommes se promène
sourde à l’empathie des sirènes
la capitale, quittée petite
capitale a grandi depuis,
comme enfants et heures
elle se protège comme humains
barricades d’acier
fuite en d’inaccessibles cieux
ça commence par leurs gestes :
qui brasse, qui pousse, qui choie
je ferme les yeux
entendre radoter ma capitale
ma ville épaisse, en ma peau cloutée
je suis sa petite, son désordre
ça commence sur des paroles de taxi
les politiques le pays le peuple
ça commence sur le chant humide de sa voix
sur ses yeux rétroviseurs
j’acquiesce à tout
ça commence par errances étales
visage fixé aux entailles de l’air
touriste chez soi, comme visiteur sur terre
hôte de sa vie
balloté entre éblouissement et marée de ténèbres
ça commence en accolades de loin
on manque les bras ouverts des montagnesla vidéo réalisée avec ce texte est également visible ici:
https://graciabejjani.fr/2019/05/11/pays-de-sang-sonore/ -
j’aime, j’aime pas.
du bout des ongles, elle attrape les hommes ; égrène le monde en j’aime, j’aime pas. Petite gravide de l’autre qui bat en elle ; polaire.
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si je boude ? (vidéo)
extrait:
…je boude captive
me tais, torpeur
tes yeux et tu m’étourdis…le texte de cette vidéo est également à lire ici:
https://graciabejjani.fr/2019/04/25/si-je-boude/ -
La Plume Francophone (entretien)
« L’écriture peut être une vulnérabilité »
Entretien avec Gracia Bejjani
réalisé par Sandrine MesletGracia Bejjani écrit depuis de très longues années. Nous ne connaissions ni son histoire, ni ses textes. Nous l’avons rencontrée, nous avons découvert ses textes et, séduits, nous lui avons proposé de publier une nouvelle de son choix sur notre site. Nous espérons que vous partagerez notre goût pour cette fiévreuse prose poétique.
S. M : Est-ce que tu peux me parler déjà de ton parcours, de ta vie, de ce que tu fais aujourd’hui ? Comment est-ce qu’on mêle l’écriture et la vie professionnelle ?
G. B. : Le parcours ce serait trop long (…)
>> Lire la suite sur La Plume Francophone.
Un immense merci à Sandrine pour sa délicatesse et la qualité de l’entretien -
terre bascule.
puis terre bascule
comme toboggan, manque de mer
on laisserait chuter le corps
puissance quand s’abandonne
enfin s’abandonne, se brise
claquement sec de joie
et tout rirait d’excitation
cosmique -
si je boude?
si je boude?
et t’aime dos tourné
ma bouche est trappe
j’ai vieilles rancunes
ta main et tu me sursautes toute
si je te boude?
en corps de rances peines
j’ai voix sans maître
je bourdonne, nervosité d’insectes
je boude captive
me tais, torpeur
tes yeux et tu m’étourdis
si je boude
et que je gargouille de mots sans nerfs
tourments de petite
gestes clos en écume de nuit
je ne dors pas, tendue d’inertie
je boude rond et flasque
au seuil toujours
j’attendsla vidéo réalisée avec ce texte est également visible ici:
https://graciabejjani.fr/2019/05/04/si-je-boude-2/ -
Marc Jahjah (1)
Portraits de formes littéraires (1) la règle et l’attente
lire la suite sur le blog de Marc Jahjah que je remercie vivement.
Extrait : Il y aurait beaucoup à dire sur la littérature de Gracia Bejjani, la narration décentrée et expressionniste de son écriture-vidéo, son rapport divinatoire aux signes où le monde, originellement trouvé, ne cesse d’être recherché — jamais traqué — dans chacune de ses manifestations : ciel, linge, pain (…)
….>> lire également les autres articles de Marc Jahjah
L’écriture de soi “en ligne” : une pratique automédiale.
Formes littéraires sur le web (3) présence de l’élégie -
mes oreilles.
comme parenthèses rabattues sur les ronrons des pensées qui nous ignorent, mes oreilles. comme accidents de route, écueils avant le grand saut de tous les instants. comme illusion d’équilibre par la seule parité, mes lobes. comme gouffre de microscopiques ténèbres. comme mémoire de vies, les miennes, repliées diffuses. comme bras, mains ou doigts contractés de désirs ; s’ouvrir et se retenir aussitôt. terrains d’invasion quand ça parle à côté. mes oreilles
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brindilles de lettres (vidéo).
extrait:
…deux directions, la vie se réduirait à ça//
suivre et être suivi, la vie ventre ou échine//
petits soleils couchants, brandis à bout de phares…le texte de cette vidéo est également à lire ici:
https://graciabejjani.fr/2019/04/19/brindilles-de-lettres-2/ -
brindilles de lettres.
on ne se promène pas, on parle aux lisières
voir si la ville se clôt, là où l’eau se referme
confins où ville s’épuise
se dilue tombée d’heures, terre et ciel taillés de soleil
derrière la pierre, tracent leurs liquides horizons
les yeux quittent la face, adhèrent au spectacle
dans le mouvement de l’autre, on s’entrave hébétude
on forge les mots, langue végétale
brindilles de lettres
ça tient la vie à distance
on se raconte le monde
on le regarde transpirer
deux directions, la vie se réduirait à ça
suivre et être suivi, la vie ventre ou échine
petits soleils couchants, brandis à bout de phares
mécaniques et frottis au milieu du tout silence
on regarde la normalité
extérieure
suivre et être suivi, absurde appartenance
dans la joie sans relief des couleurs unanimes
on regarde vivre
sommes-nous de la même carapace
on est abstraite présence, verbe sourd
heures lointaines et lentes fatigues
on se rêve véhicule
il suffirait de rouler, plus bas
que notre temps se répande sur l’asphalte
que l’âme se cogne au sens
on regarde vivre, s’achever
il faut les ténèbres de l’eau, pour voir l’éclat des villes
le silence de l’eau pour entendre balbutier le mondela vidéo réalisée avec ce texte est également visible ici:
https://graciabejjani.fr/2019/04/21/brindilles-de-lettres/ -
ça roule (4).
molle croyance d’yeux de nuit
demain devant, flotte comme une promesse
cieux alentour, elle se figure
et sourires d’âmes
elle voit mer et horizon
mais l’azur devant est mur, mur plein face
et elle, devant
insipide comme paysage
s’abstrait devant
elle qui manque. -
ça roule (3).
il a compris, la vie est mouvement; alors toujours il bouge, quand il ne roule pas aussi bouge, pour que vie ne cesse pas.
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ça roule (2).
elle, ce n’est pas pareil. elle se raccroche à: pas pareille. mieux, elle ne veut pas. n’être pas comme, pour se vivre être.
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ça roule (1).
il passerait pour faible, on le traiterait de perdant, s’il disait son désarroi, révélait ses plaies. ici on avance. alors il ramasse ses os et que ça roule.
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13 avril 1975 – début de la guerre au Liban.
improviser l’équilibre.
« Il fallait grandir vite pour biaiser le temps. Pour avoir le sentiment d’avoir vécu, au cas où ils venaient à mourir. De toute manière, ils n’avaient pas le choix, ils grandissaient vite, confrontés à la gravité du monde, à la logique ténébreuse des adultes.
Mais la guerre les infantilisait aussi, les statufiait dans l’âge qu’ils avaient à ses débuts : 8 ans, 9 ans… 13 ans. Deuxième naissance, greffée. Les scellant à l’ombre : une autre identité façonnée par des conflits qui les dépassent. Et réprimée. Inextricable, malgré la paix, après 17 ans. Malgré le temps, depuis la paix. Eux, la génération de la guerre. Ils le seront toujours ; une filiation ne s’interrompt pas. »
(extrait de mon manuscrit « Lignes de fuite ») -
piédestal.
je fulguré par tes mots. je captif de tes dents. je, alangui, ploie. je se suspend à tes yeux. roule et salive sous ta langue. je s’élève dans la houle de tes mots. je se grise; mastiqué, flatté. je évidé du réel, flotte; quitte pieds, sol et corps. je vanté, magnifié, s’éparpille en éclats de plastique. et quand tu te tairas, s’écrasera.
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sur terre, c’est trou blanc.
tandis que la toute première image d’un trou noir est dévoilée par des astronomes
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ville mémoire.
ville comme mémoire, je me perds à poursuivre ses contrastes ; quand c’est elle qui me parcourt, me piétine natale. Ville flagrance, me bouleverse ; matière à la lumière nouée. – Ashrafieh.
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j’ai mes obsessions, linge à l’air par exemple.
(les nuages aussi).
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rester à sa terre connecté.
à Byblos – Jbail بيبلوس/جبيل.
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pour toujours habitée de mer.
à Byblos – Jbail بيبلوس/جبيل.
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n’a pas été prévenu.
(pendant ce temps, on change d’heure)
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tu te jettes vivant (vidéo).
extrait:
…bercer n’apaise pas//
tu brouillonnes//
tête cousue récits d’humains…le texte de cette vidéo est également à lire ici:
https://graciabejjani.fr/2019/03/26/tu-te-jettes/ -
tu te jettes vivant.
tu te jettes vivant
quels seins pour te rattraper
comme petit et virevoltes d’airs
désormais enclos en un corps-batailles
tu le cognes aux ombres
tu mâches, basse-bile
bercer n’apaise pas
tu brouillonnes
tête cousue récits d’humains
puis l’instant où tu prends rythme
rythme, l’ultime grâce
en tes entrailles, vagues
poulsla vidéo réalisée avec ce texte est aussi à regarder ici:
https://graciabejjani.fr/2019/03/30/tu-te-jettes-vivant/ -
terre déroute (vidéo).
extrait:
…le réel se réfracte//
se délite dans l’immense, dimension d’humain//
s’éprouver descendre//
c’est terre…le texte de cette vidéo est également à lire ici:
https://graciabejjani.fr/2019/03/10/terre-deroute-2/ -
terre déroute.
puis c’est terre
terre comme peau
terre comme déroute
et mer par repli
on répète le retour, de nouveaux départs
filmer, pays à bout de bras
on virevolte en interstices de pays
moelle captive dans l’entre-deux
on serait tension de mouvement
toujours on revient
on sait qu’on n’y est pas, mais on n’en est jamais parti
on répète le retour comme le reste
l’amour aussi, outrance
la vie est pour après, on s’y prépare
elle mijote dans nos os
rengaines, torpeur du relatif
on espère trébucher sur la foi
l’approche de la terre, c’est distance
le réel se réfracte
se délite dans l’immense, dimension d’humain
s’éprouver descendre
c’est terre
plus loin si seulement
quitter, revenir c’est écarteler l’espace,
tendre des mers devant soi
leurs tréfonds, les nageoires de leurs animaux
mais le temps ne délie pas
la mémoire est pouls
son rythme, gravité horizontale
on regarde, sourdine
on bat à l’aplomb du lien
à distance si seulement
déployée sous soi, la substance pays
agitations d’humains, sillons et récits
c’est terre comme derme harassé
on prend mélancolie, gaité au cœur
on peut la mélancolie si on est joie et ça se fiche de preuves
terre sienne, on la hume
on la mangerait pour s’y confondre, terre
le temps, son espace béance
on n’est pas assez loin
pays voltige dans le corps
ses hôpitaux, les décharges de ses poubelles
les écoles, les cieux et leurs nuages
on n’est pas assez loin
les ailes, babillages affolés
les stations d’essence, fumées s’attardent
combien d’herbes diaphanes
d’escargots qui transfigurent le temps
combien de corps, de langues, d’histoires
de grues qui suçotent les azurs
combien de prisons, de chiens qui tournent en rond
de nouveau-nés extasiés de vie
de rideaux qui fuient par les fenêtres.la vidéo réalisée avec ce texte est également visible ici:
https://graciabejjani.fr/2019/03/16/terre-deroute/