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  • je suis une comédie.

    je suis une comédie
    sérieuse comme la joie
    planche de clivage
    sans doute
    je suis l’affaire des passants
    vitalité des sens inversés
    j’avance rompue, j’abrège (extrait)

    #LittéraTube​​​ #VidéoEcriture​​​ #poésie​​​ #écrire​​

    micro journal 354-2023.07.23

  • autofictiographie #11, mes pieds ne me sauveront pas.

    je regarde mes mains comme de me vérifier dans un miroir
    le silence de la ville me relie à ses écorces
    j’évite de me divertir par peur de m’épuiser
    je renifle pour respirer, mes narines sont claustrophobes (extrait)

    #LittéraTube​​​ #VidéoEcriture​​​ #poésie​​​ #écrire​​

    micro journal 353-2023.07.19

  • je retiens mes mains.

    je vous regarde vivre
    je retiens mes mains
    il y a les jumelles, différentes malgré elles
    je les regarde comme de relire deux fois
    le même livre, quel même
    tout mot, entre nos doigts, s’affirme singulier,
    unique alors que répété, usé. (extrait)

    #LittéraTube​​​ #VidéoEcriture​​​ #poésie​​​ #écrire​​

    micro journal 352-2023.07.15

  • le va-et-vient des idées contraires.

    je serai lune
    j’aurai mes jours
    ma disparition
    je trébucherai lune
    à terre
    j’aurai la lenteur
    des lumières effacées
    le va-et-vient des idées contraires (extrait)

    #LittéraTube​​​ #VidéoEcriture​​​ #poésie​​​ #écrire​​

    micro journal 351-2023.07.11

  • tu m’as enveloppée de tes odeurs.

    j’ai grandi fabulée par tes insomnies
    magie serait ma vie, sésame toute porte
    tu m’as permis les détails du monde
    montré le soleil trapu à sa place
    tu m’as appris à toujours improviser
    grain d’amour radieux
    comment prendre le pouls des choses (extrait)

    Musique Omar Yagoubi : Tristesse pour piano

    #LittéraTube​​​ #VidéoEcriture​​​ #poésie​​​ #écrire​​

    micro journal 350-2023.07.08

  • Décharge, revue de poésie

    Merci immense à Claude Vercey !
    Gracia Bejjani donne à lire aujourd’hui un nouvel ensemble inédit je nous répète, qui mène, selon l’auteure, du Je qui ressasse l’étrangeté du lien amoureux au Je qui hante le Nous collectif, illustrant cet apparent paradoxe, peu indiscutable cependant (me semble) : Il n’y a de Je que pluriel.

    Extrait : « Un ensemble significatif de poèmes, extraits de je nous répète – plus exactement, et pour des raisons de cohérence, de la première partie intitulée : il n’est de nous que ressassé – sera proposé dans un prochain Décharge, le 199 selon toute vraisemblance, à l’automne. Présentement, de manière apéritive et pour calmer les impatiences, un exemple de ces longs poèmes de Gracia Bejjani. »

    lire le texte intégral:
    http://www.dechargelarevue.com/Poursuivre-avec-Gracia-Bejjani.html

  • Qu’est-ce que la littéraTube ? Maison de la Poésie.

    Soirée à la Maison de la poésie : Vendredi 30 juin à 19h30
    Rencontre avec Gracia Bejjani, Gwen Denieul, Charles Pennequin, Milène Tournier, Gilles Bonnet et Gaëlle Théval.

    À l’occasion de la parution du livre Qu’est-ce que la littéraTube ? paru aux Ateliers de Sens public, en mai 2023

    #LittéraTube​​​ #VidéoEcriture​​​ #poésie​​​ #écrire​​

  • doit-on apprendre sa vie pour la retenir.

    les mots ne viennent pas d’elle, mais du hasard
    mastiquer les phrases, avaler l’oubli
    cet avant d’où elle peine à attraper sens et images
    ses pensées tremblent et doutent, comme son corps (extrait)

    #LittéraTube​​​ #VidéoEcriture​​​ #poésie​​​ #écrire​​

    micro journal 349-2023.07.02

  • tu manques à mes mains.

    tes rires me réveillent encore
    pleurer haut serait cri
    n’en finirait pas
    dire ton prénom, tendre, m’effraie
    grande sœur lâche
    la mer a changé
    qui portait si follement ton corps
    mes mots fermentent
    d’eau arrêtée (extrait)

    #LittéraTube​​​ #VidéoEcriture​​​ #poésie​​​ #écrire​​

    micro journal 348-2023.06.28

  • La littéraTube à la maison de la poésie.

    nous serons à Maison de la Poésie avec Milène Tournier, Gwen Denieul et Charles Pennequin (à distance), ce vendredi 30 juin, joie de partager cette rencontre.
    merci immense à Erika Fülöp, Gaëlle Theval et Gilles Bonnet !

  • on vit dans la peau.

    on vit dans sa peau
    on vit cachés
    on trimballe d’autres corps
    dedans dehors confondus
    exposés d’opacité plastique
    on a la peau gercée de mots
    de réel hermétique (extrait)

    #LittéraTube​​​ #VidéoEcriture​​​ #poésie​​​ #écrire​​

    micro journal 346-2023.06.24

  • on pensait voler, ça tremble.

    on se raccroche
    comme odeurs humides
    ce peu
    on respire en dehors
    ventres mimétiques
    poigne de corps
    nos vies
    aux voix pendues
    ça fait claquer la peau (extrait)

    #LittéraTube​​​ #VidéoEcriture​​​ #poésie​​​ #écrire​​

    micro journal 345-2023.06.17

  • les âgés du métro#8.

    elle a le corps droit, autour d’elle rassemblé
    dressé de contrastes, style couleur matière
    superposition des possibles sur même silhouette impeccable (extrait)

    #LittéraTube​​​ #VidéoEcriture​​​ #poésie​​​ #écrire

    micro journal 344-2023.06.14

  • le doigt rage.

    le doigt, rage
    on ne tue pas
    on coince, on écrase
    long, plus que nécessaire
    l’insecte a déjà craqué sa vie
    crépuscule sous pouce
    moustique, poudre à présent (extrait)

    #LittéraTube​​​ #VidéoEcriture​​​ #poésie​​​ #écrire​​

    micro journal 343-2023.06.11

  • corps de vent.

    ce mot, accepter
    tu t’éloignes de moi, malgré ton visage
    t’allèges discrète comme confidence
    tout est prévisible aujourd’hui, je suis l’endormie (extrait)

    #LittéraTube​​​ #VidéoEcriture​​​ #poésie​​​ #écrire​​

    micro journal 342-2023.06.08

  • les justes lettres des origines.

    j’ai tenté d’écrire en arabe
    écrire comme à l’oral
    sans chercher la langue, ses fictions
    écrire les justes lettres des origines
    s sourd ou doux, comment déjà (extrait)

    #LittéraTube​​​ #VidéoEcriture​​​ #poésie​​​ #écrire​​

    micro journal 341-2023.06.04

  • (Radical)ame en open art au marché de la poésie.

    oui, joie de vous retrouver au Marché de la Poésie, stand 700, pour une création en live sur 10 exemplaires de (Radical)ame.

    j’y serai samedi 10 juin de 15h30 à 16h30 et de 18h30 à 19h30

    merci immense à Guylaine Monnier et Amelie Guyot d’accueillir mon texte et mes photos dans ce numéro et de porter si beau projet.

    ★━━━━Stand Ent’revues 700-704━━━━★

    Passez nous voir, la joie est contagieuse Stand 700 !

    ★━━(𝗥𝗮𝗱𝗶𝗰𝗮𝗹)ame 𝘃𝗲𝗿𝘀𝗶𝗼𝗻 𝗢𝗣𝗘𝗡 𝗔𝗥𝗧, revue RADICAL(E) : création en direct au 𝗠𝗮𝗿𝗰𝗵𝗲́ 𝗱𝗲 𝗹𝗮 𝗽𝗼𝗲́𝘀𝗶𝗲 – 𝗦𝗧𝗔𝗡𝗗 𝟳𝟬𝟬━━★

    ✨ 𝑨𝒔𝒔𝒊𝒔𝒕𝒆𝒛 𝒂𝒖𝒙 𝒊𝒏𝒕𝒆𝒓𝒗𝒆𝒏𝒕𝒊𝒐𝒏𝒔 live des autrices de (Radical)ame : Maud Thiria Vinçon, Gracia Bejjani, Claire Paulian, Gracia Bejjani, Cécile Pégaz et Solène Planchais. /+ Guylaine Monnier et Amelie Guyot ✨

    Chaque autrice dispose de dix exemplaires (matière) pour de nouvelles propositions en contrepoint (caviardage, dessin…), à la façon du livre pauvre, fait-main et unique.

    Seront 𝙚́𝙜𝙖𝙡𝙚𝙢𝙚𝙣𝙩 𝙥𝙧𝙚́𝙨𝙚𝙣𝙩𝙚𝙨 𝙚𝙣 𝙨𝙞𝙜𝙣𝙖𝙩𝙪𝙧𝙚 ou Open-Art : Marine Riguet, Claire Le Michel, Élisa Darnal, et d’autres invitées de dernières minutes.

    ✨Les versions OPEN ART seront en vente sur place, auprès des autrices, tout le temps des performances ! 10 euros, au bénéfice des poétesses.

    La revue est à 5 euros. Abonnement sur place : 29 euros (2 ans). Paiement en liquide, Paylib, Paypal, chèque //Pas de CB !

    ★━━━━Stand Ent’revues 700-704━━━━★

    Revue RADICAL(E) : www.pupilles-vagabondes.com/radicale

  • les âgés du métro#7.

    ils sont deux
    sans doute aucun et toujours à deux
    lui, l’oreille contre sa joue écoute, comme reposé (extrait)

    #LittéraTube​​​ #VidéoEcriture​​​ #poésie​​​ #écrire

    micro journal 340-2023.06.03

  • On trouve tout à Paris

    Ma mère ne voyage pas sans emporter dans ses affaires nos « spécialités libanaises ». Vingt kilos, au moins. Sa valise comme frigidaire regorge de couleurs et d’odeurs. Dans un sac en tissu, des feuilles de persil plat, lavées coupées hachées fin, prêtes à finir en taboulé. L’humilité brune du boulgour. Les petits concombres juteux, croquants. Une boîte de halwa aux pistaches. Le zaatar aussi et surtout. Noix de cajou, amandes, bézer… des sacs pressés sous vide avec les classiques des apéritifs libanais.
    Libanais ? C’est son critère (et l’argument) pour glisser de nouveaux aliments tant que les vingt-trois kilos autorisés ne sont pas dépassés. Rajouter autant que possible avec la discrétion d’une voleuse altruiste, générosité excessive. Son seul dilemme : quantité ou variété ? Pour emporter des morceaux du Liban dans sa valise, rappeler à sa fille les saveurs de ses origines, il faut bien un peu de tout. À Paris, l’huile d’olive n’a pas le même goût. Les concombres européens ne sont pas de vrais concombres. Les haricots secs plats, ne sont pas tout à fait des fassoulia. Quant aux pignons de pins, inégalables sont les pins du pays.
    Préparer son voyage en France, c’est aussi et avant tout planifier les menus, comme pour une réception. Dresser des listes. Aliments ou ingrédients à emporter, plats cuisinés et soigneusement emballés en prévision du transport… Au contrôle des frontières, ma mère n’est jamais interpellée ni fouillée. Comment fait-elle pour y échapper, sans rien faire.
    Alors qu’il a suffi à mon père d’un jour glisser un sachet de zaatar dans son sac, pour subir l’interrogatoire d’un douanier scrupuleux, conclus par une sorte de jugement insensé. Monsieur, cette épice, vous en semblez si fier mais Monsieur cette épice, c’est zéro valeur nutritive. La trimbaler avec vous en voyage, quel intérêt. Mêmes mots, même véhémence. Mon père raconte toujours la scène sur un ton offusqué : Tu imagines, dire ça de notre zaatar. Mais comment s’en passer, s’il voulait manger des mannouché au Canada ? On ne touche pas impunément à notre zaatar. Ce douanier est idiot. On est tous d’accord sur ce point. On renchérit, raillant son ignorance culinaire. Complices. Sauf papa. Sauf récemment : à l’entendre rire enfin de cette histoire si souvent ressassée, je comprends que mon père a vieilli. Comme si la vieillesse avait radouci ce qui fut jadis vécu comme offense personnelle et nationale. Ce relativisme qui permet l’humour. Zéro, tu imagines ? Il s’en amuse aujourd’hui, comme enfant d’une bêtise bénigne.
    À chaque séjour de maman je proteste, hypocrite, condescendante. Alors qu’émerveillée par cette « caverne de mama ». Comme si les aliments éparpillés parmi les vêtements étaient événement inattendu. Et nécessité. Sa valise aussi essentielle que la tendresse. Inépuisable. Ses plats comme gestes de douceur retrouvée. Mäamoul, maakroune, samboussèke-el-zouk… ses pâtisseries faites maison ; la maison, c’est elle.
    Avons-nous la même mère, puisque nous certifions tous que « personne ne cuisine aussi bien que maman ». Puisqu’elles portent toutes les mêmes bagages en rejoignant leurs exilés d’enfants. Comme pour nous sauver d’une vie affadie sans nourriture maternelle. Avec elles, nous mangeons de nouveau. Mtabbal, laban-emmo, fatayer… les listes sont longues et à leur seule évocation, on capitule en les taquinant : on trouve tout à Paris !
    Tout sauf les mains de nos mères, les yeux de nos mères. Leur odeur. Leur voix. Les mots de nos mères.

    également paru dans ici Beyrouth :

  • Lettres d’hivernage II

    Joie d’être publiée avec plusieurs textes, dans le deuxième numéro de « Lettres d’hivernage », revue éditée par La Kainfristanaise. Merci à Stève-Wilifrid Mounguengui à Sarah Combelles et à tous les poètes réunis… voix et lieux autour du monde

    Revue à retrouver sur Lettres d’hivernage numéro 2 – Croire au monde au delà des frontières

  • écrire se suffit.

    il a fallu déformer la parole,
    consentir à ses heurts
    écrire est devenu mon altération de voix
    les mots par accident (extrait)

    #LittéraTube​​​ #VidéoEcriture​​​ #poésie​​​ #écrire​​

    micro journal 339-2023.05.30

  • la mer comme mémoire commune.

    pays comme amande aux bords grignotés
    j’approche clandestine
    sur la pointe des pieds
    qu’attendre de l’évidence
    me laisser surprendre par le trop connu (extrait)

    #LittéraTube​​​ #VidéoEcriture​​​ #poésie​​​ #écrire​​

    micro journal 338-2023.05.26

  • ce mot qui coupe le souffle.

    j’ai cherché
    ne sais pas le dire autrement
    pardon de choquer (extrait)

    #LittéraTube​​​ #VidéoEcriture​​​ #poésie​​​ #écrire​​

    micro journal 337-2023.05.14

  • on est langage, ça s’entend.

    on vivrait de ça, leurs regards
    on se construirait avec des mots
    on est pressés, on manque d’ombre (extrait)

    #LittéraTube​​​ #VidéoEcriture​​​ #poésie​​​ #écrire

    micro journal 336-2023.05.13

  • on bavarde.

    on bavarde
    on disparaît sous des phrases plus hautes que corps
    le texte en grandes enjambées manque les détails
    les fronts battent de pensées involontaires
    nos prières ont vidé les combats de tous mots (extrait)

    #LittéraTube​​​ #VidéoEcriture​​​ #poésie​​​ #écrire

    micro journal 335-2023.05.12

  • les âgés du métro#6.

    il passe d’une verticale à la suivante
    serait-il à nouveau l’enfant apprenant à marcher
    équilibriste en désarroi
    une ténue musique de cordes semble soulever ses pas
    esquisse de danse improvisée (extrait)

    #LittéraTube​​​ #VidéoEcriture​​​ #poésie​​​ #écrire

    micro journal 334-2023.05.11

  • on regarde pour ne pas oublier.

    on se protège du ciel, trop grand au-dessus
    sa fin tassée nous sera proche
    ciel à terre, comme nos jours
    enfermés par en haut
    séparés de nos corps
    on regarde longuement
    le ciel intouchable, de nous encombré (extrait)

    #LittéraTube​​​ #VidéoEcriture​​​ #poésie​​​ #écrire

    micro journal 333-2023.05.08

  • les âgés du métro#5.

    je l’ai vu, je les vois depuis
    tous les matins j’attends ma femme, mon homme
    les dos, les immobilités,
    mouvement ou parole
    comment ça trouve chemin parmi les secousses (extrait)

    #LittéraTube​​​ #VidéoEcriture​​​ #poésie​​​ #écrire

    micro journal 332-2023.05.07

  • tu me nommes, geste premier.

    tu me nommes
    rouge
    ma fille rouge
    ta voix comme intimidée
    moi t’intimider ?
    ma fille rouge
    tu le dis en français
    sans ta langue maternelle
    curieuse intimité (extrait)

    #LittéraTube​​​ #VidéoEcriture​​​ #poésie​​​ #écrire​​

    micro journal 331-2023.05.01

  • naître de ce vide.

    je ne suis pas moi, depuis que sans mère
    laisse faire le temps, on dit
    naître de ce vide
    re.née sans la grâce
    née face à la mort comme raccourci
    d’autres demeures (extrait)

    #LittéraTube​​​ #VidéoEcriture​​​ #poésie​​​ #écrire

    micro journal 330-2023.04.30

  • les âgés du métro#4.

    elle a montré les places à son mari
    là, son doigt à la peau dépigmentée
    ils se sont assis face à face,
    comme aux petits-déjeuners chez eux
    ensemble parmi nous (extrait)

    #LittéraTube​​​ #VidéoEcriture​​​ #poésie​​​ #écrire

    micro journal 329-2023.04.30

  • envol et paralysie.

    elle rêve, ça ne marche pas sur terre
    ça bascule comme précipité
    les images reviennent, confidences ou défis
    elle ne sera pas aidée,
    on rêve seul, brûlé et fou
    oppression ou joie (extrait)

    #LittéraTube​​​ #VidéoEcriture​​​ #poésie​​​ #écrire #rêves​​

    micro journal 328-2023.04.30

  • les âgés du métro#3.

    elle a les cheveux gris, lisses
    les jambes parfaitement alignées
    mocassins aux pieds
    à l’approche du métro, elle ferme son portable
    en pressant scrupuleusement la touche latérale (extrait)

    #LittéraTube​​​ #VidéoEcriture​​​ #poésie​​​ #écrire

    micro journal 327-2023.04.30

  • avril | carnet (100 mots par jour et des vidéos)

    Elle rêve, ça ne marche pas sur terre, ça bascule comme précipité. Les images reviennent, confidences ou défis. Elle ne sera pas aidée, on rêve seul, brûlé et fou. Oppression ou joie. L’angoisse du sac perdu parfois. Agrippe-toi. L’impératif, même quand on dort. Des mains lui rasent la tête, ses boucles au sol. Gestes endormis inquiets ou euphoriques. Nue dehors. Sans dents. Sois vigilante. L’injonction obsède. Ou l’émerveillement de l’émotion retrouvée. Tenir cette gravité, l’attente. Mais ça n’obéit pas. Le sommeil envol et paralysie. On rêve seul, ça répète. L’impératif indéfini improvise pour se rassurer. Elle participe au rêve, avalée. /// 30 avril 2023 >> en vidéo

    Je ne décrirai pas ses mains. La peau de ses mains. Moins douce que le visage, mais je n’oserais pas approcher le visage. L’étrangeté au contact des mains. Ne dirai pas la timidité de mes doigts, la chute de ma voix déserte. Mon corps touché bat. Lumière autour comme ciment, d’intimité écrasée. Il a des paumes coquilles, j’y laisse mes ombres et ses mains comme murs cachent les rêves qui passent. Je tairai les tremblements, immédiats diffus. Le bruit de ses mains. Comme d’emporter ses odeurs effleurées, détachées. Et me souvenir déjà de la grâce. Toucher ses mains, sans but. /// 29 avril 2023 >> en vidéo

    Il a une canne aussi fine que les cuisses. Béret à carreaux. Il a une canne et un béret mais il les tient à la main comme objets accessoires. Ses doigts dansent sur ses lèvres qui avalent à vide, mouvements de langue nerveuse. Souvent. Il bouge comme par réflexe dos, jambes, tête. Bouge et regarde tout ; paupières battantes, alertes. Vigilance renforcée par ses cheveux dressés, comme microantennes sur son crâne. Coupés ras, couleur indéfinie. Des bouts de papier dépassent de sa poche, le courrier du matin ? Tracts à jeter ? On l’imaginerait poète avec ses pages volantes de textes en cours. /// 28 avril 2023

    Elle a montré les places à son mari. Là. Son doigt à la peau dépigmentée. Ils se sont assis face à face, comme aux petits-déjeuners chez eux. Ensemble parmi nous. Elle tient le smartphone des deux mains, à distance pour voir. Tape déterminée, index raidi. L’appareil tressaute comme clavier de machine à écrire aux touches rebelles. Elle vérifie après chaque frappe, sa tête tangue pour s’approuver. Lui a le regard qui glisse alentour. Cou droit comme par peur du vertige, le métro serait voiture paternelle. L’arrêt, le trajet… comme pour tout, il se remet à elle qui dit fait surveille. /// 27 avril 2023 >> en vidéo

    Des traits à la place des lettres, des ronds, des ellipses. Esquisses de visages par moments. Écrire pour le geste sur la page. Main et formes. Le sens est agi par le hasard des signes qui glissent et tracent. Comme langue étrangère, ces gribouillages spontanés. Et pendant qu’ils envahissent la feuille, ma tête libre pense sans mots, échappe à sa lourdeur. Coupable devant la langue de lui préférer les mouvements. Lignes qui s’élancent sans but, qui s’arrêtent, bavent. Des blocs à main levée, je n’ai pas de question. L’insolence puérile pour me refuser l’écriture. Images au pied de la lettre. /// 26 avril 2023

    J’ai cherché, ne sais pas le dire autrement. Pardon de choquer. Elle est morte. Tout pour ne pas l’énoncer. Devoir répondre parfois, signifier par des phrases de moitié. Les gestes dans leur fuite accrochent l’obsession. Morte. Les mots sont obscènes qui refusent d’incarner. Faux quand on aime. La mort, voyage ? L’improbable. Le réel est aveugle. Tu n’es pas partie. Tu n’as pas quitté, ni rejoint le ciel. Stupides mots pour éviter de nommer. Tu es morte, tu n’es pas ailleurs, tu ne nous quittes pas. Toujours de ce monde. Dans, autrement, intensément. Mort, ce mot coupe le souffle des vivants. /// 25 avril 2023 >> en vidéo

    Elle revient, obsession. Détourne les phrases, leur superpose d’autres mots comme pour ne pas finir. Rythme. Juxtaposer sans faire de choix, répéter son indécision à être dans l’ambiguïté des possibles. Être elle, qui. Elle néanmoins et non l’évitement. S’engager. Elle empile les textes, les pensées comme de tenter sa chance avec les choses, les gens. Elle raye, empêche sans arriver à ranger la langue. Ramasser des formes de hasard. Comme de se tenir aux bords des pages, tourner autour de la masse. Fracture. Elle revient sur ses phrases comme matière à dessécher. Commencer toujours pour se séparer du dernier mot. /// 24 avril 2023

    Elle a les cheveux gris, lisses. Les jambes parfaitement alignées. Mocassins aux pieds. À l’approche du métro, elle ferme son portable en pressant scrupuleusement la touche latérale, le range dans le sac. D’où il sonne dans la minute qui suit. Doigts précipités, répondre au plus vite. Oui Cécile, je vais bien je suis dans les transports d’accord oui (très appuyé) d’accord c’est d’accord d’accord d’accord d’accord d’accord oui d’accord d’accord d’accord d’accord d’accord donc je rentre avec lui dans l’appartement oui d’accord d’accord d’accord d’accord bien sûr oui oui très bien bien sûr d’accord quand j’arrive oui oui d’accord d’accord. /// 23 avril 2023 >> en vidéo

    Il a fallu déformer la parole, consentir à ses heurts. Écrire est devenu mon altération de voix. Les mots par accident. J’ai résisté, j’attendais de la langue quelle garantie, quel avenir. Écrire à contre-courant, respirer les syllabes. Mon défi manqué : cesser d’écrire, de coincer mon corps. Renoncer, puisqu’écrire entasse les souvenirs, violence malgré l’aphasie des textes. Je ne sais pas. L’entêtement involontaire. Écrire, transgresser l’oubli dans ce mouvement de recul. Improviser le passé dans la matière-mots. Étourdie. Je relis, pour entendre l’odeur des phrases. Écrire contestée, endormie, distraire ma boulimie de sens. Me retirer pour manger l’abandon. Écrire se suffit. /// 22 avril 2023 >> en vidéo

    Il a un bob en coton. L’air sérieux austère mais tout de divergences paré. Chaussettes noires sous le jeans foncé, chaussures marron. Des lunettes métalliques. Un tote bag H&M, j’imagine sa petite-fille : c’est pratique tu verras, léger. H&M raidi par les examens médicaux à ne pas plier. Les sourcils coiffent ses émotions, yeux crispés d’agacement douleur tristesse… Il se parle. Entre ses lèvres, il parle dedans. Baisse le regard dès qu’il peut, sa fatigue. Il se cale après avoir gigoté. Agrippé à la barre latérale, même assis même somnolent, ce besoin de barre comme main à tenir, retenir. /// 21 avril 2023 >> en vidéo

    Tu me nommes rouge. Ma fille rouge. Ta voix comme intimidée, moi t’intimider ? Ma fille rouge, tu le dis en français. Sans ta langue maternelle, curieuse intimité. Simple et trouble dans son décalage. Tu me reconnais autre, étrangère tienne. Révélée couleur, chevelure auburn. Rouge, tu fais de notre histoire un récit à poursuivre. Fil rouge de l’après, ta fille pour toujours rouge. Ou ton énigme. Ta fille lieu. Tu me rejoins dans cette langue où j’écris, où je suis. Rouge comme titre de livre, je serais ton héroïne d’Extrême-Orient, ton extrême. Tu me nommes, geste premier. Pour toujours, ta rouge. /// 20 avril 2023 >> en vidéo

    Vous rêvez aussi, ne vous étonnez pas des images qui échappent à mes nuits. Ma vie passive. Et la mort n’est pas cet effondrement, le grand départ comme vous dites. Eux prolongent mes jours de présence immédiate. Maman n’a pas cessé de me caresser les cheveux, de me nommer de ce surnom d’enfance qu’on ne me connaît pas en France. Garrousse. Eux me reviennent sans demande, élèvent l’amour qui nous relie. Vous rêvez aussi, pourquoi cette gêne à m’entendre écrire leur balancement mêlé au rythme de mes veines ? Mes rêves, tassement de vie et de mort, rien ne manque. Eux. /// 19 avril 2023

    Elle a été cette fille-là, présence fausse pour préserver le corps, sa pensée. Elle a abusé de mots sonores, sourires pièges, s’est piégée. Elle a connu l’avidité des veines, l’indifférence au réel. Elle s’est abstraite du sol, l’exil avant l’exil. Elle s’est dispersée comme fumée inattrapable. Sa mémoire lente et le refus. Elle est aujourd’hui agitée, cruelle. Sa voix devenue humide, larmes tues. Elle a des mots épais, ils désarçonnent. Être comprise comme preuve d’amour, sa rédemption. Elle respire recule, corps occupé à vivre organique. Elle traîne comme vent, sa force assouplie de silence. Elle restera cette fille, femme dressée. /// 18 avril 2023

    Elle a un jean à l’ourlet relevé. K-way plus bas que genoux. Baskets, sac de sport en nylon. Elle est vieille et gamine. Petite, agile. Gigote sur le banc du quai comme du temps lointain de l’école. Elle mastique son chewing-gum. Quand elle rit, dents et mâchoire s’avancent tandis que la lèvre inférieure est avalée en bouche. Elle parle à son amie, ne cesse, regarde tout. Quand je passe devant elle, elle me dit merci (pourquoi), yeux plissés derrière ses verres. Cheveux blancs touffus, comme rébellion trahie. Elle marche et retient des mains retournées le bas du sac à dos. /// 17 avril 2023 >> en vidéo

    Il vérifie la phrase qu’il s’entend dire, ses mots l’ont précédé. Vérifie comme de s’assurer qu’il marche droit. Qui a parlé à travers ses lèvres et doit-on se croire quand on s’écoute dire ? Il faudrait ne pas s’arrêter, scander la langue comme respiration vitale. Ou s’interdire le langage, s’obliger au silence entre deux rayons. Quand il s’interrompt, tout ressasse faux, les mots se confondent, piège des beaux textes. Il en perd le sens. Parler serait chanter, proposer sa voix dehors comme un objet. Rythme de corps. Mêmes pensées le débordent, se répètent comme refrains. Il chante faux sûrement puisqu’il s’entend. /// 16 avril 2023

    Ce que je fais sans savoir. Qui, ne sais pas. Comment me relie et l’ignore. Ce que je ne prononce pas. Manger, ce tourment des jours. L’aveu fatigué. Je m’acharne. Ça tient les bruits du corps. La langue rompt et passe, comme lame d’eau. Le cri hésite, les taiseux autour. Je m’arrête aux bords, oublie penser. Dissimuler le désarroi du muscle. Fuite lourde sans aller loin. Ce que j’ignore. L’endormi sous ma peau, l’accroché comme bulbe. Ce qui répète. Je ne décide pas mes rêves, les écris me dire. Ce qui me distrait, me détourne. Je pèse, je le sais. /// 15 avril 2023 >> en vidéo

    Il tient debout, d’équilibre lâche. Son corps comme écarté de lui oscille. La mère tend sa douceur, il ne bouge pas ou sur place pour s’éviter de tomber. Non non. Sa réponse aussi entêtée que les viens, viens, des parents. Pour lui empêcher le sol, ses genoux et mains à toute allure, ivres de vitesse. Le bruit de la peau qui claque. Le froid du carrelage sur ses paumes, comme marcher nus pieds mais à proximité de la terre. Non. Il ne s’approchera pas des clefs, ni du livre proposé. Il s’immobilise, tangue comme tronc d’arbre souple secoué de vents. /// 14 avril 2023

    On bavarde, on disparaît sous des phrases plus hautes que corps. Le texte en grandes enjambées manque les détails. Les fronts battent de pensées involontaires. Nos prières ont vidé les combats de tous mots. On renonce à l’attention des gens, leur compassion nous éloigne. On ne veut pas de leurs mains. Inquiets fragiles. On se sait. Bienheureuse fatigue au corps. On poursuit le manuscrit immobile avec nos morts. Disperser les remords d’avant. Nos cris suspendus en bouche, voix à distance. Notre calme est féroce. Quand la promesse résiste au chagrin, on s’entête à coller à la vie. Notre mensonge vrai. /// 13 avril 2023 >> en vidéo

    ça vient ensemble, tu veux choisir, écarter. ça se resserre. soudés comme l’obscurité à l’invisible. l’un est l’autre. ce n’est pas une paire, mais un corps et sa vérité. tu as aimé, tu souffriras. la matière est manifeste, alvéoles de présence. nos visages. tu as perdu, veille malgré l’absence. à la fête des Mères au Liban, j’ai retenu mon cri. souvenir et oubli, tu veux décider. ça me poursuit comme appel et voix. je ne peux pas séparer. tout est signes maintenant, profanes. tu as aimé, toujours tu aimeras. ampleur du lien comme terre de gravité. je n’y échapperai pas. /// 12 avril 2023 >> en vidéo

    Si la main comme visage disait la présence. Si les doigts, arabesques de gestes. Les pieds comme fragments pendus. L’autre comme contours de soi. On aurait l’audace de ne pas se raviser. Si le corps veillait, plus subtil que les mots. On écouterait battre la peau d’appétit, le cœur curieux. Ses voix assourdiraient le bruit des murs. Si le vent étirait nos poumons. On serait tranquilles, on s’agiterait. Même moment et son contraire. L’indifférence des inconsolés. Si le sang prenait forme, on connaîtrait cette lenteur. Son poids liquide. Si les rêves sortaient des nuits. Aussi faux et vrais que vivre. /// 11 avril 2023 >> en vidéo

    On vivrait de ça, leurs regards. On se construirait avec des mots. On est pressés, on manque d’ombre. Certains implorent pour rester en vue. D’autres parlent, jouent et leur langue se jette comme deuxième corps propulsé, leur présence double. Ceux qui s’excluent muets. Les discrets reculent, s’évitent. Certains simulent pour continuer. Puis un jour on verra nos lieux communs. On refusera. On sera mouvement. On se découvrira joyeux. On nous jugera confus, contradictoires. On en rira, on s’accrochera au paradoxe. On est langage, ça s’entend. Les mots, on ne subira pas d’autres lois. On vivra hors fatalité. De banal merveilleux. /// 10 avril 2023
    >> en vidéo

    Elle quitte par la fenêtre, transparence entre deux murs. Elle ne sort pas, elle se jette. Ne se jette pas, enjambe. Il ne s’agit pas de tomber. S’effacer visible. Dedans dehors sans transition. Les pieds dépourvus d’empreintes battent comme ailes. Elle ne disparait pas, marche sans terre où se poser. Prend la fenêtre comme elle se balançait petite, aveugle. Elle ferme les yeux pour ne pas sourire aux visages qui la voient. Elle ne quitte pas, elle se recule comme chant qui retombe. Fenêtre de ciel éteint, ses yeux vissés aux nuages récitent des hommages tardifs. Elle aurait dû avant. /// 9 avril 2023 >> en vidéo

    Elle a entendu pareil, je le vois à ses paupières. J’ai prononcé cette phrase absurde, la découvre en disant. Des mots parlent sans moi, affranchis. Ça m’arrive maintenant, ils se forment sans pensée, se passent de moi. Comme gamme pour l’enfant qui apprend à parler, qui compose et défait sans but défini. Ce n’est pas le hasard d’un mot qui advient, mais la langue qui déborde, tumulte de voix étrangères. Ce tremblement. Je repasse la phrase, l’incongrue. Le silence de l’amie, inquiétude retenue. Ça se produit maintenant, tout comme ma main qui oublie l’objet qu’elle tient, le laisse tomber. Dédale. /// 8 avril 2023 >> en vidéo

    Les billets circulent des mains du père à celles de l’oncle. Quelquefois directement vers la poche, comme furtif vol. On ne doit pas les voir, leur épargner le malaise. Tonton rend service, toujours prêt. Tonton les conduit en voiture, répare et porte. Il accompagne la mère au supermarché. Sinon, il attend. Tonton a ce naturel, s’immobilise, regarde loin, absent et attentif à eux, autour de lui. Sourire machinal, il attend. La fille pense à sa femme, ses enfants. Il passe ses journées séparé d’eux, dans sa famille à elle. Puis elle se dit que son père au travail c’est pareil. /// 7 avril 2023

    Je ne suis pas moi, depuis que sans mère. Laisse faire le temps, on dit. Naître de ce vide. Re.née sans la grâce. Née face à la mort comme raccourci. D’autres demeures. Nuits de rêves naïfs et crus. Larmes sourdes quand je dors. Parfois le corps me déplace. Vent et peau du visage. Le bonheur de ces choses. La lumière, la sensation de l’eau. J’ai perdu toute émotion visible. Parler serait trahir, nous réduire en mots, comme pilon. Me distraire de détails, de vagues arrangements. Je regarde vivre des inconnus. M’amuse de ça, la distance. M’étire comme animal. Cette indifférence-là. /// 6 avril 2023 >> en vidéo

    On écrirait ce qui ne se dit pas ; amplifier, condamner, rompre. Écrire ce que l’on pense à peine. Envoyer des lettres testaments, sans se relire pour ne pas se retenir. Écrire sans images, sans jolis mots. Écrire aussi pour exiger, s’enchaîner. On vivrait de ce décalage. Exagérer la douleur. La dire. Messagers d’absolu, on serait rudes. Au nom de l’amour, on s’exposerait, on serait purs, intransigeants. Excessifs, partout la caricature. On traquerait la faute, se châtier, couper. Nos phrases comme sabres de perfection, le soupçon entre les doigts. On se tairait. On éloignerait le monde de nos corps à redresser. /// 5 avril 2023

    Tu n’as pas appelé aujourd’hui. J’appelle maman tous samedis, les habitudes sont aussi pièges, elle attend ma voix. Retenir mon bras tous samedis, il ne sait pas. Et m’arrêter autrement sur ta présence, maman. Arroser ton balcon ne suffit pas, les plantes comme le reste vivent d’amour. Tu me l’as appris, porter tout dans ce même élan. Bonnes fêtes de Pâques. Tes mains dans la pâte, tes doigts sur les moules de bois, la joie du visage qui offre les maamouls par paquets. C’est fait pour ça, offrir. Tes mains sur mes joues, mon bras. Tes doigts dans mes cheveux. /// 4 avril 2023

    Il a la peau lisse sous le béret qui tient. Si lisse que crâne et visage se confondent. Il a des yeux avalés d’humidité. Des veines aux tempes, elles nous émeuvent. Il nous regarde comme foule. On peut le voir penser si l’on prend ce temps. Il avance résolu, puis s’arrête devant les portes qui se referment. Aussitôt perdu comme s’il s’agissait de l’unique métro de toutes destinations. Il a un cabas à la main. Il marche vite, mais par à coups, il précipite ses pieds sur place. Il semble nous traverser, tête d’aigle à l’affût, yeux pris d’horizon haut. /// 3 avril 2023 >> en vidéo

    Un mot sur la page. Un autre. Les suivants. Toujours le même, son prénom. Il fait phrase, puis phrases. De pleines pages. Les suivantes. Son prénom, l’enfant continue, s’applique. Le même sien, à la main aucune lettre ne ressemble aux précédentes. Sans arriver au mot parfaitement écrit. La forme accomplie qui lui permettrait de s’arrêter. L’enfant ne réfléchit pas, elle écrit, n’écrit pas, répète une chose comme aveugle qui cherche ses contours. Son prénom n’est pas elle, il est empreintes sur des espaces plats, vidés du monde, nettoyés des commentaires. Lignes et questions qui se poursuivent dans une course vaine. /// 2 avril 2023

    Elle ne ment pas, elle raconte. Et tout récit est comme rêve, du réel différé, froissé. Elle n’invente pas, elle s’arrête. Décale les scènes, leurs lignes discontinues. Elle ne les trompe pas, elle écrit. Elle a ce scrupule, écrire tout contre. Vrai se contrefiche de mentir. Elle ne triche pas quand elle déforme, recompose pour mieux s’approcher. Dire subjectif ne trahit pas. Elle ne ment pas, elle jette ses hypothèses, fouille le sens aléatoire des réalités. Ne ment pas, déforme pour trouver les contours, toucher l’évidence. Elle se justifie preuves à l’appui, persuadée de mentir quand elle est ambiguë, cachée. /// 1 avril 2023

  • le bruit de ses mains.

    je ne décrirai pas ses mains
    la peau de ses mains
    moins douce que le visage,
    mais je n’oserais pas approcher le visage
    l’étrangeté au contact des mains (extrait)

    #LittéraTube​​​ #VidéoEcriture​​​ #poésie​​​ #écrire

    micro journal 326-2023.04.29

  • les âgés du métro#2.

    elle a un jean à l’ourlet relevé
    k-way plus bas que genoux
    baskets, sac de sport en nylon
    elle est vieille et gamine
    petite, agile
    gigote sur le banc du quai
    comme du temps lointain de l’école. (extrait)

    #LittéraTube​​​ #VidéoEcriture​​​ #poésie​​​ #écrire #shorts

    micro journal 325-2023.04.25

  • les âgés du métro#1.

    il a la peau lisse sous le béret qui tient
    si lisse que crâne et visage se confondent
    il a des yeux avalés d’humidité
    des veines aux tempes, elles nous émeuvent (extrait)

    #LittéraTube​​​ #VidéoEcriture​​​ #poésie​​​ #écrire

    micro journal 324-2023.04.24

  • ce n’est pas le hasard d’un mot.

    des mots parlent sans moi, affranchis
    ça m’arrive maintenant,
    ils se forment sans pensées
    se passent de moi (extrait)

    #LittéraTube​​​ #VidéoEcriture​​​ #poésie​​​ #écrire

    micro journal 323-2023.04.23

  • l’indifférence des inconsolés.

    si la main comme visage disait la présence
    si les doigts, arabesques de gestes
    les pieds comme fragments pendus
    on aurait l’audace de ne pas se raviser
    l’autre comme contours de soi. (extrait)

    musique : Omar Yagoubi, sérénité – haïku 1

    #LittéraTube​​​ #VidéoEcriture​​​ #poésie​​​ #écrire

    micro journal 322-2023.04.22

  • tu as aimé, toujours tu aimeras.

    ça se resserre
    soudés comme l’obscurité à l’invisible
    l’un est l’autre
    ce n’est pas une paire,
    mais un corps et sa vérité
    tu as aimé, tu souffriras (extrait)

    #LittéraTube​​​ #VidéoEcriture​​​ #poésie​​​ #écrire

    micro journal 321-2023.04.19

  • s’effacer visible.

    elle quitte par la fenêtre,
    transparence entre deux murs
    elle ne sort pas, elle se jette
    ne se jette pas, enjambe (extrait)

    #LittéraTube​​​ #VidéoEcriture​​​ #poésie​​​ #écrire

    micro journal 320-2023.04.18

  • l’endormi sous ma peau.

    ce que je fais sans savoir
    qui, ne sais pas
    comment me relie et l’ignore
    ce que je ne prononce pas
    manger, ce tourment des jours (extrait)

    #LittéraTube​​​ #VidéoEcriture​​​ #poésie​​​ #écrire

    micro journal 319-2023.04.16

  • tu n’es pas vieille, elle dit.

    tu n’es pas vieille, elle dit
    que sait-elle du tremblement de mes os
    du souffle qui cède dans les pentes
    des genoux durs comme marches d’escalier
    vieillir ou s’user comme palimpseste (extrait)

    #LittéraTube​​​ #VidéoEcriture​​​ #poésie​​​ #écrire

    micro journal 318-2023.04.10

  • je traîne dans la langue.

    je me dis que les mots s’inventent
    comme des formes d’eau
    plagiat du réel dans l’incertitude
    je me dis que les objets n’existent pas
    que le hasard convoque les possibles (extrait)

    #LittéraTube​​​ #VidéoEcriture​​​ #poésie​​​ #écrire

    micro journal 317-2023.04.08

  • puisque ce sera sans toi.

    Il faudrait ça, recommencer
    Repasser partout à l’envers
    Pour détourner les traces,
    trancher ta vie en morceaux
    Tailler. Rayer
    Le goût des fruits
    Tes premiers mots
    La lumière (extrait)

    #LittéraTube​​​ #VidéoEcriture​​​ #poésie​​​ #écrire

    micro journal 316-2023.04.02

  • mars | carnet (100 mots par jour et des vidéos)

    Petit monde sans toi, mon nouvel exil. Je me suis installée dans l’étrange, corps harassé de chagrin. Je ne pleure plus ; qu’il est troublant de tant souffrir sans pleurer. Fantôme sans toi. Petit monde sans toi, petite je redeviens, entre sursauts et obsessions. Je nous garde dans mes nuits. Je te retiens clandestine dans l’impuissance des rêveurs, transgresserai vie et mort pour que tu dures. Transformerai tes lignes effacées en violence aimante. Immense monde de toi. Mon secret lent. Je ne pleure plus, je reste ta petite naïve. Je serai patiente, obstinée. Petit monde sans toi, je ne quitte pas. /// 31 mars 2023

    Leurs phrases tremblent sur tes joues, parlent à tes poumons, tu suffoques et poursuis. Elles savent pour toi. Sourires sévères, leurs phrases sont mimiques et visages. Elles battent dans tes paupières comme des voix. Elles parlent à tes dents ; mordre que leurs mots se taisent. Tu les entends des yeux, il te suffit de répondre. Tu t’exposes, on te reconnaît de loin. Leurs phrases t’écrivent. Tes attentes jetées par poignées. On te devine à tes humeurs, tu les poses sur ton front. Éphémère comme livre, tu passes entre les mains, te refermes. Tu te rends. Distrait, tu t’abstrais de toi. /// 30 mars 2023

    Je me dis que les mots s’inventent comme des formes d’eau. Plagiat du réel dans l’incertitude. Je me dis que les objets n’existent pas, que le hasard convoque les possibles. Décale le style. Me dis que les yeux picotent quand ils voient. Les images trompent, lumière étroite. Je me dis que les voix voltigent en nous. Que le soir condense la parole ; elle respire bas. L’injure est désordre d’adresse. Détourne le trouble. Je traîne dans la langue, l’écoute comme première fois, bizarre, absurde. Je froisse les lettres, qu’elles expriment la coupure. Sortir du doux soupçon, au risque de la farce. /// 29 mars 2023 >> en vidéo

    On est frères dans ces moments-là, complices. Les taquiner, pris par l’euphorie des surenchères. D’autres fois angoissés à l’idée. Notre mère, notre père, la maladie dont on ne prononce pas le nom. Mourir de tant fumer. Il nous arrive de cacher les paquets, de feindre ne rien savoir, où qui, ce n’est pas moi. Il nous arrive de briser les cigarettes entre nos doigts, geste éclair, excessif comme pastiche de puissance. Leur manque est plus fort. Le regard, pourquoi tu as fait ça ? et nous de fondre : s’il te plaît maman, arrête de fumer, ne meurs jamais je t’en prie. /// 28 mars 2023

    Nerveux comme Liban. La colère rapide des hommes, leurs mouvements brusques. Les insectes, énervement des nuits. Les klaxons dans les rues. Pays nerveux, terre à cran. La chaleur qui agace, corps de tensions. On est hâté sans raison, toujours cette impatience. La nervosité comme peur aussi, inédite, rentrée. Alerte de danger permanent. Sursaut à tout bruit, la mémoire est tyrannique. Secousse qui exile. La nervosité comme mauvaise conscience. Quelles fautes nous enferment ? Surveiller l’ombre, ce qui peut en surgir. La nervosité et son contraire. Cette facilité à être, laisser venir, advenir. S’arrêter pour un café malgré l’urgence. Rire en désordre. /// 27 mars 2023

    je trouve aussi, oui tout à fait… le métro comme le reste se dégrade… la modernité pourtant et on paie plus cher… mais ça fonctionnait mieux avant, jamais de problèmes… oui moi avant… tous les jours, l’exception maintenant c’est quand il n’y a pas de problèmes… tout à fait, pour ça que moi je pars plus tôt… ils en parlent à la télé… oui j’ai vu le reportage… ils l’évoquent souvent, c’est parce que c’est un vrai problème… je descends à Tolbiac, je prends un bus. Elle la prévient avant. Bonne journée Madame. Merci. Parfait savoir-vivre, pas comme ce maintenant. /// 26 mars 2023

    Comme peau qui gratte, chansons hantent bercent. La mélodie revient sans silence entre les doigts. Ça gémit, balbutie de rythmes altérés. Le passé comme ritournelle égrène ses fausses notes. Comment taire les paroles qui épaisses s’accrochent. On a grandi dans ces tempos, nos corps répètent comme caisses de résonance, sortes d’instruments poreux. Les chansons agressent, bruits au hasard d’un cerveau qui se souvient. L’air est incertain, mais nos corps répètent, aveugles au réel. Ça résiste, ça nous coince, retenu dans une boucle hagarde. Les sons arrêtés en gorge emplissent le monde de cacophonie reconnue. Même musique s’entête entre les dents. /// 25 mars 2023

    Tu n’es pas vieille, elle dit. Que sait-elle du tremblement de mes os. Du souffle qui cède dans les pentes. Des genoux durs comme marches d’escalier. Vieillir ou s’user comme palimpsestes. Je suis terre épaissie de mes vies passées. Que sait-elle des signes qui isolent, de la résistance du sens. Quand l’ordinaire hésite, menacé. Remous d’images comme pénombres de parole, la tête agile trouve les mots et les perd. Soulagement aujourd’hui précaire. Tu n’es pas vieille. Que sait-elle des gestes devenus rigides. Des yeux encombrés de tant connaître. Devoir la consoler de ma vieillesse ; la compassion m’est revenue avec l’âge. /// 24 mars 2023 >> en vidéo

    Le toucher seul pour accrocher la vie. Il nous désigne, nous contient. Sans ce lien, nous flotterions, fantômes enfermés. Signes inutiles de familiarité. On se manquerait. On serait pierres aux peaux friables. Il s’agirait de s’éprouver sans basculer, côte à côte et distants. Opaques. Éclats de chagrins et d’heureux instants. Touchés, on s’expose, matière contre matière pour prendre trame, comme silex et feu. Nos peaux comme brouillard ; entre dedans et dehors. On s’attend, singuliers et avec. Précaires entre blessure et grâce. Notre obstination au mystère. Les mots séparent et nous perdent. On se risque. Faire histoire commune, prière oubliée, tracée. /// 23 mars 2023

    Les premiers gestes grondés, on ne s’y attend pas, comment savoir avant. Mal, ce que tu viens de faire. On sera, pour d’autres actions, félicité. Nos fois d’après pour vérifier comme d’apprendre que le feu brûle les doigts imprudents, mais la douleur est tangible, et le recul immédiat. Le plaisir est bon, le corps le sait aussi, le devine. Mais comment faire pour que la morale soit instinct. Devoir recommencer ce qui se produit par hasard. Observer les yeux, les voix avant les reproches, avant les gifles quelquefois. Interroger sans mot comprendre avant le sens, pour voir avant la langue. /// 22 mars 2023

    Il faudrait ça, recommencer. Repasser partout à l’envers. Pour détourner les traces, trancher ta vie en morceaux. Tailler. Rayer. Le goût des fruits. Tes premiers mots. La lumière. Ta respiration. Les douleurs au corps. Le vent. Inverser l’élan. Défaire le mouvement des années, laine d’un pull soigneusement tricoté, aujourd’hui décousu. Troublant plaisir à tirer, voir se détacher les mailles. Qu’on ne ramasse rien de signifiant après toi, puisque ce sera sans toi. Après de longs efforts pour te déployer, rendre visibles tes volumes, tu retires l’une après l’autre les racines de ta peau. Oublie Toi, on ne s’en souviendra pas. /// 21 mars 2023 >> en vidéo

    Tu t’allonges près d’elle. Tu gênes moins à sa droite. Ta mère maintenant allongée. Si souvent allongée. Tu effleures son épaule nue. Douce. Dire, sans brusquer sa peau abimée par les prises de sang. Elle frotte rageuse, comme pour effacer une salissure de sa chair agressée. Nettoyer son avant-bras constellé de taches violacées comme carte de pays ; elle est ton monde. Tu veux l’apprendre par cœur. Ne jamais oublier. Te rendre invisible, inexistante pour la fixer dans ton corps. Inverser les places, l’ordre de la vie. La porter au ventre comme tu fus portée au chaud en elle, protégée, vivante. /// 20 mars 2023

    c’est ta voix que tu entends, trahie. tes mots en toc. les livres autour poursuivent. ils n’entendent pas grincer tes phrases qui les lisent. ta langue de mauvais fantôme. tu dis vite la suite, d’autres mots comme pour marcher sur ta voix affreuse. avancer, piétiner le toc, tes fausses rides. tu t’ordonnerais de te taire, suspendre ton fatras d’intention. les gens ne s’arrêtent pas, ne te délivrent pas. table de mots entre vous, comme de se passer les plats. vos yeux raides aplanissent la lumière. tu te baisses, campée dans ton ventre, te distrais de ta figure lourde comme objet. /// 19 mars 2023

    Je regarde l’heure, sans voir l’instant indiqué. Chaque cadran observé pointe ses aiguilles vers les années à venir. Je regarde l’heure pour interroger mes possibles fins de vie. Le temps flottant, incertain qui sépare du vacillement. Remonter le pantalon, nouer les lacets : un jour ces gestes seront longuement pensés avant leur mouvement. Comme s’il s’agissait de toucher l’idée pour retrouver l’adresse. Je regarde comme des rêveries de plafond. Me tenir à distance de l’âge. Certaines horloges battent et parlent, comme si le temps avait ses bruits. Les instants s’écroulent dans mes tympans, fracassés. Ma vie aussi un jour le sera. /// 18 mars 2023

    Il aurait fallu ne pas dire. Que ta tête soit apparence attendue. Forcer la bouche, elle sait sourire vite. Tu ne t’es pas tue. Tu as lissé tes rides pour disparaître, mais trop extérieure. Il aurait fallu s’abstraire comme miroir, se fermer comme mur. Tu as la vulnérabilité de la poussière. Tu tombes quand on t’oublie. Tu rouilles grinces quand tu parles, il aurait fallu retenir l’habitude, perdre voix. Tu as peur, tu bouges contre la peur. Tes yeux pendent aux fenêtres, qui pour te sauver quand tu dépasses de ta peau. Il aurait fallu immobiliser ton sang. Te deviner. /// 17 mars 2023

    Elle sourit à ses photos, l’une après l’autre rabattue comme cartes divinatoires entre les doigts. Et sa vie par ce mouvement s’anime des pages de passé feuilletées. Elle ne lit plus, la télévision l’ennuie. On l’a déjà vu hier lui, dira-t-elle d’un acteur de série quotidienne. Pourquoi on nous montre toujours les mêmes ? Et elle qui revient en photos, visage plat comme écran, le corps changeant. Elle a ce réflexe devant ses traits : confronter les reflets à ses représentations intimes. Se comparer sans s’être vue, comment se voir sans regard en volume. Elle se connaît par images, comme par cœur. /// 16 mars 2023

    On sera piétinés d’un sourire qui rend fou. La magie sera fausse comme leurre. On vivra semblant. On recevra de nouveaux coups. On ne saura plus comprendre. On descendra plus bas au nom des valeurs. On acquiescera avec noblesse, notre bataille les déroutera. On sera les pas de côté de l’incohérence. On s’accordera à leurs yeux complices. Aux flux ordinaires. On ne cherchera pas à avoir raison, se savoir raisonnable nous suffira. On perdra notre superbe. Notre feu surtout. Notre mélodie sera hâtive, comme échos égarés. On n’aura pas d’intention. On se retirera. Notre vie sera comme lapsus, poésie involontaire. /// 15 mars 2023 >> en vidéo

    Solitude des mains croisées séparées. Mon visage tâtonne et renonce. Je suis abandonnée par mon corps, ses partitions solitaires. Le ventre est laborieux, se contente de joies éphémères. Le cœur et ses voix battent, solitaires. Les bruits recouvrent mes pensées, m’isolent. Je pars seule dans des nuits sans moi. J’écris la distance, les fantômes des journées. Un cahier pour le désordre des mots. J’efface ma parole, me vide comme chose. Quitter toute époque, contrarier le temps. Le saut des pieds plus loin que ma gravité. Marcher pour relier le sens aux muscles forcés. J’oublie ; la fatigue repose des phrases vaines. /// 14 mars 2023

    Il a dit, on ne meurt pas avant 105 ans. Mon grand-père, à mon père. Honore tes gènes mon fils. Il a dit, chez nous, on vit longtemps, 105 ans, tu m’entends. Il le répétait comme dogme de famille. Mysticisme de vie. Pères et oncles accordés, devoir imiter les ancêtres. Honorer leurs gènes comme fatalité heureuse. Dignité. Et nous, héritiers de ce paradoxe, notre dette à la terre. Recueillement sacré qui interdit la maladie. Cette menace sans cesse, mourir avant 105, comme trahison des origines. Il était paysan, pauvre. Il était sourd, silencieux. Il a dit, tu m’entends mon fils ? /// 13 mars 2023 >> en vidéo

    Le sourire de maman, il y a. Sa peau de près. Les bras de papa. Je décolle, emportée. De peur, jubiler. Il y a le rire qui me vient. Sur la langue, la surprise des premiers citrons. Le froid du métal. Les pleurs, ces ordres adressés à l’inquiétude. M’entendre crier. Il y a les soins en douceur, plaisir de l’eau. L’odeur du savon. Le bruit des objets quand je les jette. L’excitation à jeter. La force de mes doigts qui agrippent. Les grimaces des visages pour m’amuser. Leurs mains dans mes cheveux. Il y eut ces jours de bonheur facile. /// 12 mars 2023

    En marge du matin, soleil blanc comme lune. Mes yeux, encre vieillie. J’exécute les mots, j’ai perdu toutes larmes. On me dit : c’est mieux comme ça, non ? Mes gestes normaux ballottés dans un monde ordinaire. Je travaille devant des murs lumineux, oubli ou confusion de désirs. Ma voix comme impatience d’époque. L’exil aurait changé mon nom prononcé exotique. Matin. Le métal des nuits se dépose. Rêves comme traînées laiteuses. Secouer l’oreille, que tombent les plaintes par miettes. Je ne sais plus marcher, pieds de béton. Corps immobile ressasse ses pages mornes de paresse. Je n’ai pas tout quitté, pour ça. /// 11 mars 2023

    Quand la dernière fois ? Quand as-tu été surpris ? Le nouveau d’une première fois. Le vent comme si tu découvrais ta peau nue. La maladresse des yeux qui regardent, captifs. Ton corps ralenti, le mouvement que la lenteur précise. Devoir deviner sans défi. La gêne. L’étrangeté d’une voix qu’on ne reconnaît pas. Quand ? Le mot qui échappe, si présent qu’il ne se laisse plus attraper. Tu es trop nerveux, impressionné, les mots aussi comme première fois. Rencontrer la langue. La rue et ses foules, humains nouveaux. S’étonner des épaules. Les cuisses d’à côté, trop près parfois. Voir les mains comme apparition. ///10 mars 2023

    Foule. Tout corps m’est inamical. Je suis petite, envahie. Debout, entre eux, je me crispe pour respirer. Leurs cuisses débordent. Ventres. Bras qui parfois planent au-dessus de ma tête. Je suis leur noyée. Prostrée, muette. Peur sans raison. Je porte visage, formes. L’air pris sous le poids des présences. J’étouffe, frôlée. Odeurs des peaux, jambes infranchissables comme murs. Reprendre : je ne serai pas écrasée, piétinée. Des humains alentour. Leurs vies, une par corps. Debout dans la foule, comme piège d’os. Enfermée, carrelages de lumières artificielles, sons mordus. Le monde ronge, confond, isole. Je suis petite, invisible. Debout comme par terre. ///9 mars 2023

    Si j’étais née garçon, j’aurais été un frère de plus, sans sœur. J’aurais porté les habits des frères aînés. Je n’aurais jamais été traitée de garçon manqué ; garçon. On aurait fréquenté la même école, n’aurait pas été séparés chaque matin. Je n’aurais pas eu à ranger quand les frères jouent. On aurait eu davantage d’indulgence quand je me salissais. Je n’aurais pas eu peur sans raison. Peut-être d’autres rapports aux larmes. Aurais-je pleuré devant les accouchements, les premiers cris. Je n’aurais pas quitté terre et langue pour fuir leurs vies de femmes. On ne m’aurait pas comparé à ma mère. ///8 mars 2023

    J’écris avec l’oubli. Par coups d’œil, à tâtons. Contre la mémoire, ses voix décousues. Comme l’enfant retient les bruits qui s’éloignent. J’écris comme écolière qui répète. Apprendre par cœur les bribes perdues, temps clos. Attraper pêle-mêle de modestes traces, cartes retrouvées d’anciens territoires. J’écris contre la mémoire, contre l’oubli. Combien de villes, combien d’humains. Vertige de conversations dissipées. J’écris par hasard, je ne veux pas me rappeler ni retourner aux premières fois. Je me jette dans la langue, l’aléatoire qui étonne. J’ai si peur d’oublier les visages, l’éternité des liens. Je me souviens du regard de ma grand-mère qui m’oublia. ///7 mars 2023

    Elle a ce réflexe. Voir les erreurs ; dans sa tête, les rectifier. Reformuler. Comme s’il suffisait de dire pour corriger. Racler le passé avec des mots, réparer la faute. La même, sous différentes formes. La langue est généreuse qui sauve peut-être. Elle a cette conviction, opiniâtre. Dire le monde, le dialoguer comme pousser les jours avec le corps, la tendresse du corps. Dans échanger, on voit « changer ». Elle a cette prière. Le commencement est déjà métamorphose. En verbe. Elle ne recouvre pas la réalité de phrases, la réalité est écriture ; elle en corrige les textes, comme maîtresse et devoirs bâclés. ///6 mars 2023

    On pense avec la bouche, avec les muscles et les joues. On a appris à parler avec les refrains, poèmes ou chants. La langue passe, repasse, nous entaille de signes. Au rythme de l’instant. Nos pensées touffues, on marmotte l’idée. On a appris par boucles, on a récité. Répéter pour retenir, ça se raccroche. Ça obsède. On s’écoute, sans soupçonner le sortilège du vocabulaire. Pensées parasites, on respire dans leurs pouls. On réfléchira après. On galvaude, invective parfois. Se reprendre. On s’occupe, images et bruits. De quoi se perdre. Penser en diagonale, laisser échapper des mots involontaires. On s’y remet. ///5 mars 2023

    On se parlait peu, j’attendais ses mots, lui ne me voyait pas. Ou confondue au flou du monde. Quelques images de mon grand-père. Ses oreilles, leur singularité. Immenses, parfaitement dessinées. Si inutiles : il n’entendait pas. Je vérifie les miennes. Sous la paume, elles soupirent comme grottes intérieures. Souterrains à explorer dans des replis de peau. Comme des coquillages qu’on ne perdrait plus, on y écoute le chant de nos profondeurs. Je les ménage, je couvre mes oreilles quand je dors. Les protéger du vent ou de quelques esprits malveillants ? J’ordonne mon sommeil autour de ce rite, leur éviter d’être traversées. ///4 mars 2023

    On n’écrit pas, on compte les signes. Combien de mots pour atteindre nos objectifs, hasardeux. Le texte n’est pas écrit mais la question le précède, vont-ils aimer ? Sans savoir qui ils. Ce qui n’est pas encore créé, comment sera-t-il reçu ? Quel temps ça durera, accroché à leur oubli. On n’écrit plus, on comptabilise les pages, on suppute, cœur braqué sur des regards sans face identifiée ; on hallucine leurs yeux, à venir toujours. Leurs mots posés sur les nôtres. On n’écrit pas, on hurle ses doutes. On supplie dans des postures de déni. Ce qu’on n’a pas relu, déjà exposé, éloigné. ///3 mars 2023

    Dans un monde sans toi, comment demeurer qui je suis, quand j’ai toujours été, dans ce monde avec toi. Difficile de continuer. Faire autrement, on me dit. Comme de naître d’un autre ventre, vieillie déjà dans des langues connues. Le vent sans toi. Le printemps à venir. Plantes et cuisine. Tu m’as transmis l’appétit du réel, pas besoin de souvenirs. Ton mouvement me traverse. Je ne te survis pas, je vis comme autre. Tu m’appelais « ma fille rouge », je suis une couleur depuis. Je suis ton sourire quand tu le dis : ma fille rouge. En français, tes r qui roulent. ///2 mars 2023 >> en vidéo

    Certains méditent pour se recentrer. Devant le miroir, elle se regarde, se parle. Je te laisse trouver ce que tu peux faire avec ce visage aujourd’hui. Elle se répond. Voyons, voyons. Réfléchir à deux sans se duper, vérité singulière que l’on prendrait pour folie. C’est mal la connaître. Joueuse oui. Gamine malgré l’âge. Tu es belle, vraiment. Elle se sourit. Elle a souvent ces attentions, le compliment facile comme avec ses amies dans la vie. Elle devant le miroir et elle dans le miroir, comme deux amies à vie. Leurs échanges comme entre livre et cahier. Entre bouche yeux oreille. ///1er mars 2023

  • si je suis, n’est pas.

    tu y es presque
    ça s’arrête comme piège
    toujours ce lieu où s’arrête
    alors que presque
    qui ce tu
    la manie de te parler au tu (extrait)

    #LittéraTube​​​ #VidéoEcriture​​​ #poésie​​​ #écrire

    micro journal 315-2023.03.26

  • on sera toutes comme une, femmes.

    on a la liberté des chansons populaires
    affront de dents, notre revanche est gaie
    nos refrains dansent dans nos mains
    rivales des temps aquatiques
    poitrines vastes comme paysages
    nos lèvres rient, câlines
    chalouper
    oublier, poings ouverts au hasard (extrait)

    #LittéraTube​​​ #VidéoEcriture​​​ #poésie​​​ #écrire

    micro journal 314-2023.03.24

  • notre vie comme lapsus.

    On vivra de ça, les petites satisfactions. On se contentera de peu. On en sera loués. On se conformera, on guettera les signes, comme chien regardant son maître pour une sortie. Se retenir en attendant, se contenir, serrer son corps sur ses envies. On sera souples. On sera fiers de plier sans se casser (extrait)

    Musique : Fantasia con brio – Omar Yagoubi

    #LittéraTube​​​ #VidéoEcriture​​​ #poésie​​​ #écrire

    micro journal 313-2023.03.18