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  • on est langage, ça s’entend.

    on vivrait de ça, leurs regards
    on se construirait avec des mots
    on est pressés, on manque d’ombre (extrait)

    #LittéraTube​​​ #VidéoEcriture​​​ #poésie​​​ #écrire

    micro journal 336-2023.05.13

  • on bavarde.

    on bavarde
    on disparaît sous des phrases plus hautes que corps
    le texte en grandes enjambées manque les détails
    les fronts battent de pensées involontaires
    nos prières ont vidé les combats de tous mots (extrait)

    #LittéraTube​​​ #VidéoEcriture​​​ #poésie​​​ #écrire

    micro journal 335-2023.05.12

  • les âgés du métro#6.

    il passe d’une verticale à la suivante
    serait-il à nouveau l’enfant apprenant à marcher
    équilibriste en désarroi
    une ténue musique de cordes semble soulever ses pas
    esquisse de danse improvisée (extrait)

    #LittéraTube​​​ #VidéoEcriture​​​ #poésie​​​ #écrire

    micro journal 334-2023.05.11

  • on regarde pour ne pas oublier.

    on se protège du ciel, trop grand au-dessus
    sa fin tassée nous sera proche
    ciel à terre, comme nos jours
    enfermés par en haut
    séparés de nos corps
    on regarde longuement
    le ciel intouchable, de nous encombré (extrait)

    #LittéraTube​​​ #VidéoEcriture​​​ #poésie​​​ #écrire

    micro journal 333-2023.05.08

  • les âgés du métro#5.

    je l’ai vu, je les vois depuis
    tous les matins j’attends ma femme, mon homme
    les dos, les immobilités,
    mouvement ou parole
    comment ça trouve chemin parmi les secousses (extrait)

    #LittéraTube​​​ #VidéoEcriture​​​ #poésie​​​ #écrire

    micro journal 332-2023.05.07

  • tu me nommes, geste premier.

    tu me nommes
    rouge
    ma fille rouge
    ta voix comme intimidée
    moi t’intimider ?
    ma fille rouge
    tu le dis en français
    sans ta langue maternelle
    curieuse intimité (extrait)

    #LittéraTube​​​ #VidéoEcriture​​​ #poésie​​​ #écrire​​

    micro journal 331-2023.05.01

  • naître de ce vide.

    je ne suis pas moi, depuis que sans mère
    laisse faire le temps, on dit
    naître de ce vide
    re.née sans la grâce
    née face à la mort comme raccourci
    d’autres demeures (extrait)

    #LittéraTube​​​ #VidéoEcriture​​​ #poésie​​​ #écrire

    micro journal 330-2023.04.30

  • les âgés du métro#4.

    elle a montré les places à son mari
    là, son doigt à la peau dépigmentée
    ils se sont assis face à face,
    comme aux petits-déjeuners chez eux
    ensemble parmi nous (extrait)

    #LittéraTube​​​ #VidéoEcriture​​​ #poésie​​​ #écrire

    micro journal 329-2023.04.30

  • envol et paralysie.

    elle rêve, ça ne marche pas sur terre
    ça bascule comme précipité
    les images reviennent, confidences ou défis
    elle ne sera pas aidée,
    on rêve seul, brûlé et fou
    oppression ou joie (extrait)

    #LittéraTube​​​ #VidéoEcriture​​​ #poésie​​​ #écrire #rêves​​

    micro journal 328-2023.04.30

  • les âgés du métro#3.

    elle a les cheveux gris, lisses
    les jambes parfaitement alignées
    mocassins aux pieds
    à l’approche du métro, elle ferme son portable
    en pressant scrupuleusement la touche latérale (extrait)

    #LittéraTube​​​ #VidéoEcriture​​​ #poésie​​​ #écrire

    micro journal 327-2023.04.30

  • avril | carnet (100 mots par jour et des vidéos)

    Elle rêve, ça ne marche pas sur terre, ça bascule comme précipité. Les images reviennent, confidences ou défis. Elle ne sera pas aidée, on rêve seul, brûlé et fou. Oppression ou joie. L’angoisse du sac perdu parfois. Agrippe-toi. L’impératif, même quand on dort. Des mains lui rasent la tête, ses boucles au sol. Gestes endormis inquiets ou euphoriques. Nue dehors. Sans dents. Sois vigilante. L’injonction obsède. Ou l’émerveillement de l’émotion retrouvée. Tenir cette gravité, l’attente. Mais ça n’obéit pas. Le sommeil envol et paralysie. On rêve seul, ça répète. L’impératif indéfini improvise pour se rassurer. Elle participe au rêve, avalée. /// 30 avril 2023 >> en vidéo

    Je ne décrirai pas ses mains. La peau de ses mains. Moins douce que le visage, mais je n’oserais pas approcher le visage. L’étrangeté au contact des mains. Ne dirai pas la timidité de mes doigts, la chute de ma voix déserte. Mon corps touché bat. Lumière autour comme ciment, d’intimité écrasée. Il a des paumes coquilles, j’y laisse mes ombres et ses mains comme murs cachent les rêves qui passent. Je tairai les tremblements, immédiats diffus. Le bruit de ses mains. Comme d’emporter ses odeurs effleurées, détachées. Et me souvenir déjà de la grâce. Toucher ses mains, sans but. /// 29 avril 2023 >> en vidéo

    Il a une canne aussi fine que les cuisses. Béret à carreaux. Il a une canne et un béret mais il les tient à la main comme objets accessoires. Ses doigts dansent sur ses lèvres qui avalent à vide, mouvements de langue nerveuse. Souvent. Il bouge comme par réflexe dos, jambes, tête. Bouge et regarde tout ; paupières battantes, alertes. Vigilance renforcée par ses cheveux dressés, comme microantennes sur son crâne. Coupés ras, couleur indéfinie. Des bouts de papier dépassent de sa poche, le courrier du matin ? Tracts à jeter ? On l’imaginerait poète avec ses pages volantes de textes en cours. /// 28 avril 2023

    Elle a montré les places à son mari. Là. Son doigt à la peau dépigmentée. Ils se sont assis face à face, comme aux petits-déjeuners chez eux. Ensemble parmi nous. Elle tient le smartphone des deux mains, à distance pour voir. Tape déterminée, index raidi. L’appareil tressaute comme clavier de machine à écrire aux touches rebelles. Elle vérifie après chaque frappe, sa tête tangue pour s’approuver. Lui a le regard qui glisse alentour. Cou droit comme par peur du vertige, le métro serait voiture paternelle. L’arrêt, le trajet… comme pour tout, il se remet à elle qui dit fait surveille. /// 27 avril 2023 >> en vidéo

    Des traits à la place des lettres, des ronds, des ellipses. Esquisses de visages par moments. Écrire pour le geste sur la page. Main et formes. Le sens est agi par le hasard des signes qui glissent et tracent. Comme langue étrangère, ces gribouillages spontanés. Et pendant qu’ils envahissent la feuille, ma tête libre pense sans mots, échappe à sa lourdeur. Coupable devant la langue de lui préférer les mouvements. Lignes qui s’élancent sans but, qui s’arrêtent, bavent. Des blocs à main levée, je n’ai pas de question. L’insolence puérile pour me refuser l’écriture. Images au pied de la lettre. /// 26 avril 2023

    J’ai cherché, ne sais pas le dire autrement. Pardon de choquer. Elle est morte. Tout pour ne pas l’énoncer. Devoir répondre parfois, signifier par des phrases de moitié. Les gestes dans leur fuite accrochent l’obsession. Morte. Les mots sont obscènes qui refusent d’incarner. Faux quand on aime. La mort, voyage ? L’improbable. Le réel est aveugle. Tu n’es pas partie. Tu n’as pas quitté, ni rejoint le ciel. Stupides mots pour éviter de nommer. Tu es morte, tu n’es pas ailleurs, tu ne nous quittes pas. Toujours de ce monde. Dans, autrement, intensément. Mort, ce mot coupe le souffle des vivants. /// 25 avril 2023 >> en vidéo

    Elle revient, obsession. Détourne les phrases, leur superpose d’autres mots comme pour ne pas finir. Rythme. Juxtaposer sans faire de choix, répéter son indécision à être dans l’ambiguïté des possibles. Être elle, qui. Elle néanmoins et non l’évitement. S’engager. Elle empile les textes, les pensées comme de tenter sa chance avec les choses, les gens. Elle raye, empêche sans arriver à ranger la langue. Ramasser des formes de hasard. Comme de se tenir aux bords des pages, tourner autour de la masse. Fracture. Elle revient sur ses phrases comme matière à dessécher. Commencer toujours pour se séparer du dernier mot. /// 24 avril 2023

    Elle a les cheveux gris, lisses. Les jambes parfaitement alignées. Mocassins aux pieds. À l’approche du métro, elle ferme son portable en pressant scrupuleusement la touche latérale, le range dans le sac. D’où il sonne dans la minute qui suit. Doigts précipités, répondre au plus vite. Oui Cécile, je vais bien je suis dans les transports d’accord oui (très appuyé) d’accord c’est d’accord d’accord d’accord d’accord d’accord oui d’accord d’accord d’accord d’accord d’accord donc je rentre avec lui dans l’appartement oui d’accord d’accord d’accord d’accord bien sûr oui oui très bien bien sûr d’accord quand j’arrive oui oui d’accord d’accord. /// 23 avril 2023 >> en vidéo

    Il a fallu déformer la parole, consentir à ses heurts. Écrire est devenu mon altération de voix. Les mots par accident. J’ai résisté, j’attendais de la langue quelle garantie, quel avenir. Écrire à contre-courant, respirer les syllabes. Mon défi manqué : cesser d’écrire, de coincer mon corps. Renoncer, puisqu’écrire entasse les souvenirs, violence malgré l’aphasie des textes. Je ne sais pas. L’entêtement involontaire. Écrire, transgresser l’oubli dans ce mouvement de recul. Improviser le passé dans la matière-mots. Étourdie. Je relis, pour entendre l’odeur des phrases. Écrire contestée, endormie, distraire ma boulimie de sens. Me retirer pour manger l’abandon. Écrire se suffit. /// 22 avril 2023 >> en vidéo

    Il a un bob en coton. L’air sérieux austère mais tout de divergences paré. Chaussettes noires sous le jeans foncé, chaussures marron. Des lunettes métalliques. Un tote bag H&M, j’imagine sa petite-fille : c’est pratique tu verras, léger. H&M raidi par les examens médicaux à ne pas plier. Les sourcils coiffent ses émotions, yeux crispés d’agacement douleur tristesse… Il se parle. Entre ses lèvres, il parle dedans. Baisse le regard dès qu’il peut, sa fatigue. Il se cale après avoir gigoté. Agrippé à la barre latérale, même assis même somnolent, ce besoin de barre comme main à tenir, retenir. /// 21 avril 2023 >> en vidéo

    Tu me nommes rouge. Ma fille rouge. Ta voix comme intimidée, moi t’intimider ? Ma fille rouge, tu le dis en français. Sans ta langue maternelle, curieuse intimité. Simple et trouble dans son décalage. Tu me reconnais autre, étrangère tienne. Révélée couleur, chevelure auburn. Rouge, tu fais de notre histoire un récit à poursuivre. Fil rouge de l’après, ta fille pour toujours rouge. Ou ton énigme. Ta fille lieu. Tu me rejoins dans cette langue où j’écris, où je suis. Rouge comme titre de livre, je serais ton héroïne d’Extrême-Orient, ton extrême. Tu me nommes, geste premier. Pour toujours, ta rouge. /// 20 avril 2023 >> en vidéo

    Vous rêvez aussi, ne vous étonnez pas des images qui échappent à mes nuits. Ma vie passive. Et la mort n’est pas cet effondrement, le grand départ comme vous dites. Eux prolongent mes jours de présence immédiate. Maman n’a pas cessé de me caresser les cheveux, de me nommer de ce surnom d’enfance qu’on ne me connaît pas en France. Garrousse. Eux me reviennent sans demande, élèvent l’amour qui nous relie. Vous rêvez aussi, pourquoi cette gêne à m’entendre écrire leur balancement mêlé au rythme de mes veines ? Mes rêves, tassement de vie et de mort, rien ne manque. Eux. /// 19 avril 2023

    Elle a été cette fille-là, présence fausse pour préserver le corps, sa pensée. Elle a abusé de mots sonores, sourires pièges, s’est piégée. Elle a connu l’avidité des veines, l’indifférence au réel. Elle s’est abstraite du sol, l’exil avant l’exil. Elle s’est dispersée comme fumée inattrapable. Sa mémoire lente et le refus. Elle est aujourd’hui agitée, cruelle. Sa voix devenue humide, larmes tues. Elle a des mots épais, ils désarçonnent. Être comprise comme preuve d’amour, sa rédemption. Elle respire recule, corps occupé à vivre organique. Elle traîne comme vent, sa force assouplie de silence. Elle restera cette fille, femme dressée. /// 18 avril 2023

    Elle a un jean à l’ourlet relevé. K-way plus bas que genoux. Baskets, sac de sport en nylon. Elle est vieille et gamine. Petite, agile. Gigote sur le banc du quai comme du temps lointain de l’école. Elle mastique son chewing-gum. Quand elle rit, dents et mâchoire s’avancent tandis que la lèvre inférieure est avalée en bouche. Elle parle à son amie, ne cesse, regarde tout. Quand je passe devant elle, elle me dit merci (pourquoi), yeux plissés derrière ses verres. Cheveux blancs touffus, comme rébellion trahie. Elle marche et retient des mains retournées le bas du sac à dos. /// 17 avril 2023 >> en vidéo

    Il vérifie la phrase qu’il s’entend dire, ses mots l’ont précédé. Vérifie comme de s’assurer qu’il marche droit. Qui a parlé à travers ses lèvres et doit-on se croire quand on s’écoute dire ? Il faudrait ne pas s’arrêter, scander la langue comme respiration vitale. Ou s’interdire le langage, s’obliger au silence entre deux rayons. Quand il s’interrompt, tout ressasse faux, les mots se confondent, piège des beaux textes. Il en perd le sens. Parler serait chanter, proposer sa voix dehors comme un objet. Rythme de corps. Mêmes pensées le débordent, se répètent comme refrains. Il chante faux sûrement puisqu’il s’entend. /// 16 avril 2023

    Ce que je fais sans savoir. Qui, ne sais pas. Comment me relie et l’ignore. Ce que je ne prononce pas. Manger, ce tourment des jours. L’aveu fatigué. Je m’acharne. Ça tient les bruits du corps. La langue rompt et passe, comme lame d’eau. Le cri hésite, les taiseux autour. Je m’arrête aux bords, oublie penser. Dissimuler le désarroi du muscle. Fuite lourde sans aller loin. Ce que j’ignore. L’endormi sous ma peau, l’accroché comme bulbe. Ce qui répète. Je ne décide pas mes rêves, les écris me dire. Ce qui me distrait, me détourne. Je pèse, je le sais. /// 15 avril 2023 >> en vidéo

    Il tient debout, d’équilibre lâche. Son corps comme écarté de lui oscille. La mère tend sa douceur, il ne bouge pas ou sur place pour s’éviter de tomber. Non non. Sa réponse aussi entêtée que les viens, viens, des parents. Pour lui empêcher le sol, ses genoux et mains à toute allure, ivres de vitesse. Le bruit de la peau qui claque. Le froid du carrelage sur ses paumes, comme marcher nus pieds mais à proximité de la terre. Non. Il ne s’approchera pas des clefs, ni du livre proposé. Il s’immobilise, tangue comme tronc d’arbre souple secoué de vents. /// 14 avril 2023

    On bavarde, on disparaît sous des phrases plus hautes que corps. Le texte en grandes enjambées manque les détails. Les fronts battent de pensées involontaires. Nos prières ont vidé les combats de tous mots. On renonce à l’attention des gens, leur compassion nous éloigne. On ne veut pas de leurs mains. Inquiets fragiles. On se sait. Bienheureuse fatigue au corps. On poursuit le manuscrit immobile avec nos morts. Disperser les remords d’avant. Nos cris suspendus en bouche, voix à distance. Notre calme est féroce. Quand la promesse résiste au chagrin, on s’entête à coller à la vie. Notre mensonge vrai. /// 13 avril 2023 >> en vidéo

    ça vient ensemble, tu veux choisir, écarter. ça se resserre. soudés comme l’obscurité à l’invisible. l’un est l’autre. ce n’est pas une paire, mais un corps et sa vérité. tu as aimé, tu souffriras. la matière est manifeste, alvéoles de présence. nos visages. tu as perdu, veille malgré l’absence. à la fête des Mères au Liban, j’ai retenu mon cri. souvenir et oubli, tu veux décider. ça me poursuit comme appel et voix. je ne peux pas séparer. tout est signes maintenant, profanes. tu as aimé, toujours tu aimeras. ampleur du lien comme terre de gravité. je n’y échapperai pas. /// 12 avril 2023 >> en vidéo

    Si la main comme visage disait la présence. Si les doigts, arabesques de gestes. Les pieds comme fragments pendus. L’autre comme contours de soi. On aurait l’audace de ne pas se raviser. Si le corps veillait, plus subtil que les mots. On écouterait battre la peau d’appétit, le cœur curieux. Ses voix assourdiraient le bruit des murs. Si le vent étirait nos poumons. On serait tranquilles, on s’agiterait. Même moment et son contraire. L’indifférence des inconsolés. Si le sang prenait forme, on connaîtrait cette lenteur. Son poids liquide. Si les rêves sortaient des nuits. Aussi faux et vrais que vivre. /// 11 avril 2023 >> en vidéo

    On vivrait de ça, leurs regards. On se construirait avec des mots. On est pressés, on manque d’ombre. Certains implorent pour rester en vue. D’autres parlent, jouent et leur langue se jette comme deuxième corps propulsé, leur présence double. Ceux qui s’excluent muets. Les discrets reculent, s’évitent. Certains simulent pour continuer. Puis un jour on verra nos lieux communs. On refusera. On sera mouvement. On se découvrira joyeux. On nous jugera confus, contradictoires. On en rira, on s’accrochera au paradoxe. On est langage, ça s’entend. Les mots, on ne subira pas d’autres lois. On vivra hors fatalité. De banal merveilleux. /// 10 avril 2023
    >> en vidéo

    Elle quitte par la fenêtre, transparence entre deux murs. Elle ne sort pas, elle se jette. Ne se jette pas, enjambe. Il ne s’agit pas de tomber. S’effacer visible. Dedans dehors sans transition. Les pieds dépourvus d’empreintes battent comme ailes. Elle ne disparait pas, marche sans terre où se poser. Prend la fenêtre comme elle se balançait petite, aveugle. Elle ferme les yeux pour ne pas sourire aux visages qui la voient. Elle ne quitte pas, elle se recule comme chant qui retombe. Fenêtre de ciel éteint, ses yeux vissés aux nuages récitent des hommages tardifs. Elle aurait dû avant. /// 9 avril 2023 >> en vidéo

    Elle a entendu pareil, je le vois à ses paupières. J’ai prononcé cette phrase absurde, la découvre en disant. Des mots parlent sans moi, affranchis. Ça m’arrive maintenant, ils se forment sans pensée, se passent de moi. Comme gamme pour l’enfant qui apprend à parler, qui compose et défait sans but défini. Ce n’est pas le hasard d’un mot qui advient, mais la langue qui déborde, tumulte de voix étrangères. Ce tremblement. Je repasse la phrase, l’incongrue. Le silence de l’amie, inquiétude retenue. Ça se produit maintenant, tout comme ma main qui oublie l’objet qu’elle tient, le laisse tomber. Dédale. /// 8 avril 2023 >> en vidéo

    Les billets circulent des mains du père à celles de l’oncle. Quelquefois directement vers la poche, comme furtif vol. On ne doit pas les voir, leur épargner le malaise. Tonton rend service, toujours prêt. Tonton les conduit en voiture, répare et porte. Il accompagne la mère au supermarché. Sinon, il attend. Tonton a ce naturel, s’immobilise, regarde loin, absent et attentif à eux, autour de lui. Sourire machinal, il attend. La fille pense à sa femme, ses enfants. Il passe ses journées séparé d’eux, dans sa famille à elle. Puis elle se dit que son père au travail c’est pareil. /// 7 avril 2023

    Je ne suis pas moi, depuis que sans mère. Laisse faire le temps, on dit. Naître de ce vide. Re.née sans la grâce. Née face à la mort comme raccourci. D’autres demeures. Nuits de rêves naïfs et crus. Larmes sourdes quand je dors. Parfois le corps me déplace. Vent et peau du visage. Le bonheur de ces choses. La lumière, la sensation de l’eau. J’ai perdu toute émotion visible. Parler serait trahir, nous réduire en mots, comme pilon. Me distraire de détails, de vagues arrangements. Je regarde vivre des inconnus. M’amuse de ça, la distance. M’étire comme animal. Cette indifférence-là. /// 6 avril 2023 >> en vidéo

    On écrirait ce qui ne se dit pas ; amplifier, condamner, rompre. Écrire ce que l’on pense à peine. Envoyer des lettres testaments, sans se relire pour ne pas se retenir. Écrire sans images, sans jolis mots. Écrire aussi pour exiger, s’enchaîner. On vivrait de ce décalage. Exagérer la douleur. La dire. Messagers d’absolu, on serait rudes. Au nom de l’amour, on s’exposerait, on serait purs, intransigeants. Excessifs, partout la caricature. On traquerait la faute, se châtier, couper. Nos phrases comme sabres de perfection, le soupçon entre les doigts. On se tairait. On éloignerait le monde de nos corps à redresser. /// 5 avril 2023

    Tu n’as pas appelé aujourd’hui. J’appelle maman tous samedis, les habitudes sont aussi pièges, elle attend ma voix. Retenir mon bras tous samedis, il ne sait pas. Et m’arrêter autrement sur ta présence, maman. Arroser ton balcon ne suffit pas, les plantes comme le reste vivent d’amour. Tu me l’as appris, porter tout dans ce même élan. Bonnes fêtes de Pâques. Tes mains dans la pâte, tes doigts sur les moules de bois, la joie du visage qui offre les maamouls par paquets. C’est fait pour ça, offrir. Tes mains sur mes joues, mon bras. Tes doigts dans mes cheveux. /// 4 avril 2023

    Il a la peau lisse sous le béret qui tient. Si lisse que crâne et visage se confondent. Il a des yeux avalés d’humidité. Des veines aux tempes, elles nous émeuvent. Il nous regarde comme foule. On peut le voir penser si l’on prend ce temps. Il avance résolu, puis s’arrête devant les portes qui se referment. Aussitôt perdu comme s’il s’agissait de l’unique métro de toutes destinations. Il a un cabas à la main. Il marche vite, mais par à coups, il précipite ses pieds sur place. Il semble nous traverser, tête d’aigle à l’affût, yeux pris d’horizon haut. /// 3 avril 2023 >> en vidéo

    Un mot sur la page. Un autre. Les suivants. Toujours le même, son prénom. Il fait phrase, puis phrases. De pleines pages. Les suivantes. Son prénom, l’enfant continue, s’applique. Le même sien, à la main aucune lettre ne ressemble aux précédentes. Sans arriver au mot parfaitement écrit. La forme accomplie qui lui permettrait de s’arrêter. L’enfant ne réfléchit pas, elle écrit, n’écrit pas, répète une chose comme aveugle qui cherche ses contours. Son prénom n’est pas elle, il est empreintes sur des espaces plats, vidés du monde, nettoyés des commentaires. Lignes et questions qui se poursuivent dans une course vaine. /// 2 avril 2023

    Elle ne ment pas, elle raconte. Et tout récit est comme rêve, du réel différé, froissé. Elle n’invente pas, elle s’arrête. Décale les scènes, leurs lignes discontinues. Elle ne les trompe pas, elle écrit. Elle a ce scrupule, écrire tout contre. Vrai se contrefiche de mentir. Elle ne triche pas quand elle déforme, recompose pour mieux s’approcher. Dire subjectif ne trahit pas. Elle ne ment pas, elle jette ses hypothèses, fouille le sens aléatoire des réalités. Ne ment pas, déforme pour trouver les contours, toucher l’évidence. Elle se justifie preuves à l’appui, persuadée de mentir quand elle est ambiguë, cachée. /// 1 avril 2023

  • le bruit de ses mains.

    je ne décrirai pas ses mains
    la peau de ses mains
    moins douce que le visage,
    mais je n’oserais pas approcher le visage
    l’étrangeté au contact des mains (extrait)

    #LittéraTube​​​ #VidéoEcriture​​​ #poésie​​​ #écrire

    micro journal 326-2023.04.29

  • les âgés du métro#2.

    elle a un jean à l’ourlet relevé
    k-way plus bas que genoux
    baskets, sac de sport en nylon
    elle est vieille et gamine
    petite, agile
    gigote sur le banc du quai
    comme du temps lointain de l’école. (extrait)

    #LittéraTube​​​ #VidéoEcriture​​​ #poésie​​​ #écrire #shorts

    micro journal 325-2023.04.25

  • les âgés du métro#1.

    il a la peau lisse sous le béret qui tient
    si lisse que crâne et visage se confondent
    il a des yeux avalés d’humidité
    des veines aux tempes, elles nous émeuvent (extrait)

    #LittéraTube​​​ #VidéoEcriture​​​ #poésie​​​ #écrire

    micro journal 324-2023.04.24

  • ce n’est pas le hasard d’un mot.

    des mots parlent sans moi, affranchis
    ça m’arrive maintenant,
    ils se forment sans pensées
    se passent de moi (extrait)

    #LittéraTube​​​ #VidéoEcriture​​​ #poésie​​​ #écrire

    micro journal 323-2023.04.23

  • l’indifférence des inconsolés.

    si la main comme visage disait la présence
    si les doigts, arabesques de gestes
    les pieds comme fragments pendus
    on aurait l’audace de ne pas se raviser
    l’autre comme contours de soi. (extrait)

    musique : Omar Yagoubi, sérénité – haïku 1

    #LittéraTube​​​ #VidéoEcriture​​​ #poésie​​​ #écrire

    micro journal 322-2023.04.22

  • tu as aimé, toujours tu aimeras.

    ça se resserre
    soudés comme l’obscurité à l’invisible
    l’un est l’autre
    ce n’est pas une paire,
    mais un corps et sa vérité
    tu as aimé, tu souffriras (extrait)

    #LittéraTube​​​ #VidéoEcriture​​​ #poésie​​​ #écrire

    micro journal 321-2023.04.19

  • s’effacer visible.

    elle quitte par la fenêtre,
    transparence entre deux murs
    elle ne sort pas, elle se jette
    ne se jette pas, enjambe (extrait)

    #LittéraTube​​​ #VidéoEcriture​​​ #poésie​​​ #écrire

    micro journal 320-2023.04.18

  • l’endormi sous ma peau.

    ce que je fais sans savoir
    qui, ne sais pas
    comment me relie et l’ignore
    ce que je ne prononce pas
    manger, ce tourment des jours (extrait)

    #LittéraTube​​​ #VidéoEcriture​​​ #poésie​​​ #écrire

    micro journal 319-2023.04.16

  • tu n’es pas vieille, elle dit.

    tu n’es pas vieille, elle dit
    que sait-elle du tremblement de mes os
    du souffle qui cède dans les pentes
    des genoux durs comme marches d’escalier
    vieillir ou s’user comme palimpseste (extrait)

    #LittéraTube​​​ #VidéoEcriture​​​ #poésie​​​ #écrire

    micro journal 318-2023.04.10

  • je traîne dans la langue.

    je me dis que les mots s’inventent
    comme des formes d’eau
    plagiat du réel dans l’incertitude
    je me dis que les objets n’existent pas
    que le hasard convoque les possibles (extrait)

    #LittéraTube​​​ #VidéoEcriture​​​ #poésie​​​ #écrire

    micro journal 317-2023.04.08

  • puisque ce sera sans toi.

    Il faudrait ça, recommencer
    Repasser partout à l’envers
    Pour détourner les traces,
    trancher ta vie en morceaux
    Tailler. Rayer
    Le goût des fruits
    Tes premiers mots
    La lumière (extrait)

    #LittéraTube​​​ #VidéoEcriture​​​ #poésie​​​ #écrire

    micro journal 316-2023.04.02

  • mars | carnet (100 mots par jour et des vidéos)

    Petit monde sans toi, mon nouvel exil. Je me suis installée dans l’étrange, corps harassé de chagrin. Je ne pleure plus ; qu’il est troublant de tant souffrir sans pleurer. Fantôme sans toi. Petit monde sans toi, petite je redeviens, entre sursauts et obsessions. Je nous garde dans mes nuits. Je te retiens clandestine dans l’impuissance des rêveurs, transgresserai vie et mort pour que tu dures. Transformerai tes lignes effacées en violence aimante. Immense monde de toi. Mon secret lent. Je ne pleure plus, je reste ta petite naïve. Je serai patiente, obstinée. Petit monde sans toi, je ne quitte pas. /// 31 mars 2023

    Leurs phrases tremblent sur tes joues, parlent à tes poumons, tu suffoques et poursuis. Elles savent pour toi. Sourires sévères, leurs phrases sont mimiques et visages. Elles battent dans tes paupières comme des voix. Elles parlent à tes dents ; mordre que leurs mots se taisent. Tu les entends des yeux, il te suffit de répondre. Tu t’exposes, on te reconnaît de loin. Leurs phrases t’écrivent. Tes attentes jetées par poignées. On te devine à tes humeurs, tu les poses sur ton front. Éphémère comme livre, tu passes entre les mains, te refermes. Tu te rends. Distrait, tu t’abstrais de toi. /// 30 mars 2023

    Je me dis que les mots s’inventent comme des formes d’eau. Plagiat du réel dans l’incertitude. Je me dis que les objets n’existent pas, que le hasard convoque les possibles. Décale le style. Me dis que les yeux picotent quand ils voient. Les images trompent, lumière étroite. Je me dis que les voix voltigent en nous. Que le soir condense la parole ; elle respire bas. L’injure est désordre d’adresse. Détourne le trouble. Je traîne dans la langue, l’écoute comme première fois, bizarre, absurde. Je froisse les lettres, qu’elles expriment la coupure. Sortir du doux soupçon, au risque de la farce. /// 29 mars 2023 >> en vidéo

    On est frères dans ces moments-là, complices. Les taquiner, pris par l’euphorie des surenchères. D’autres fois angoissés à l’idée. Notre mère, notre père, la maladie dont on ne prononce pas le nom. Mourir de tant fumer. Il nous arrive de cacher les paquets, de feindre ne rien savoir, où qui, ce n’est pas moi. Il nous arrive de briser les cigarettes entre nos doigts, geste éclair, excessif comme pastiche de puissance. Leur manque est plus fort. Le regard, pourquoi tu as fait ça ? et nous de fondre : s’il te plaît maman, arrête de fumer, ne meurs jamais je t’en prie. /// 28 mars 2023

    Nerveux comme Liban. La colère rapide des hommes, leurs mouvements brusques. Les insectes, énervement des nuits. Les klaxons dans les rues. Pays nerveux, terre à cran. La chaleur qui agace, corps de tensions. On est hâté sans raison, toujours cette impatience. La nervosité comme peur aussi, inédite, rentrée. Alerte de danger permanent. Sursaut à tout bruit, la mémoire est tyrannique. Secousse qui exile. La nervosité comme mauvaise conscience. Quelles fautes nous enferment ? Surveiller l’ombre, ce qui peut en surgir. La nervosité et son contraire. Cette facilité à être, laisser venir, advenir. S’arrêter pour un café malgré l’urgence. Rire en désordre. /// 27 mars 2023

    je trouve aussi, oui tout à fait… le métro comme le reste se dégrade… la modernité pourtant et on paie plus cher… mais ça fonctionnait mieux avant, jamais de problèmes… oui moi avant… tous les jours, l’exception maintenant c’est quand il n’y a pas de problèmes… tout à fait, pour ça que moi je pars plus tôt… ils en parlent à la télé… oui j’ai vu le reportage… ils l’évoquent souvent, c’est parce que c’est un vrai problème… je descends à Tolbiac, je prends un bus. Elle la prévient avant. Bonne journée Madame. Merci. Parfait savoir-vivre, pas comme ce maintenant. /// 26 mars 2023

    Comme peau qui gratte, chansons hantent bercent. La mélodie revient sans silence entre les doigts. Ça gémit, balbutie de rythmes altérés. Le passé comme ritournelle égrène ses fausses notes. Comment taire les paroles qui épaisses s’accrochent. On a grandi dans ces tempos, nos corps répètent comme caisses de résonance, sortes d’instruments poreux. Les chansons agressent, bruits au hasard d’un cerveau qui se souvient. L’air est incertain, mais nos corps répètent, aveugles au réel. Ça résiste, ça nous coince, retenu dans une boucle hagarde. Les sons arrêtés en gorge emplissent le monde de cacophonie reconnue. Même musique s’entête entre les dents. /// 25 mars 2023

    Tu n’es pas vieille, elle dit. Que sait-elle du tremblement de mes os. Du souffle qui cède dans les pentes. Des genoux durs comme marches d’escalier. Vieillir ou s’user comme palimpsestes. Je suis terre épaissie de mes vies passées. Que sait-elle des signes qui isolent, de la résistance du sens. Quand l’ordinaire hésite, menacé. Remous d’images comme pénombres de parole, la tête agile trouve les mots et les perd. Soulagement aujourd’hui précaire. Tu n’es pas vieille. Que sait-elle des gestes devenus rigides. Des yeux encombrés de tant connaître. Devoir la consoler de ma vieillesse ; la compassion m’est revenue avec l’âge. /// 24 mars 2023 >> en vidéo

    Le toucher seul pour accrocher la vie. Il nous désigne, nous contient. Sans ce lien, nous flotterions, fantômes enfermés. Signes inutiles de familiarité. On se manquerait. On serait pierres aux peaux friables. Il s’agirait de s’éprouver sans basculer, côte à côte et distants. Opaques. Éclats de chagrins et d’heureux instants. Touchés, on s’expose, matière contre matière pour prendre trame, comme silex et feu. Nos peaux comme brouillard ; entre dedans et dehors. On s’attend, singuliers et avec. Précaires entre blessure et grâce. Notre obstination au mystère. Les mots séparent et nous perdent. On se risque. Faire histoire commune, prière oubliée, tracée. /// 23 mars 2023

    Les premiers gestes grondés, on ne s’y attend pas, comment savoir avant. Mal, ce que tu viens de faire. On sera, pour d’autres actions, félicité. Nos fois d’après pour vérifier comme d’apprendre que le feu brûle les doigts imprudents, mais la douleur est tangible, et le recul immédiat. Le plaisir est bon, le corps le sait aussi, le devine. Mais comment faire pour que la morale soit instinct. Devoir recommencer ce qui se produit par hasard. Observer les yeux, les voix avant les reproches, avant les gifles quelquefois. Interroger sans mot comprendre avant le sens, pour voir avant la langue. /// 22 mars 2023

    Il faudrait ça, recommencer. Repasser partout à l’envers. Pour détourner les traces, trancher ta vie en morceaux. Tailler. Rayer. Le goût des fruits. Tes premiers mots. La lumière. Ta respiration. Les douleurs au corps. Le vent. Inverser l’élan. Défaire le mouvement des années, laine d’un pull soigneusement tricoté, aujourd’hui décousu. Troublant plaisir à tirer, voir se détacher les mailles. Qu’on ne ramasse rien de signifiant après toi, puisque ce sera sans toi. Après de longs efforts pour te déployer, rendre visibles tes volumes, tu retires l’une après l’autre les racines de ta peau. Oublie Toi, on ne s’en souviendra pas. /// 21 mars 2023 >> en vidéo

    Tu t’allonges près d’elle. Tu gênes moins à sa droite. Ta mère maintenant allongée. Si souvent allongée. Tu effleures son épaule nue. Douce. Dire, sans brusquer sa peau abimée par les prises de sang. Elle frotte rageuse, comme pour effacer une salissure de sa chair agressée. Nettoyer son avant-bras constellé de taches violacées comme carte de pays ; elle est ton monde. Tu veux l’apprendre par cœur. Ne jamais oublier. Te rendre invisible, inexistante pour la fixer dans ton corps. Inverser les places, l’ordre de la vie. La porter au ventre comme tu fus portée au chaud en elle, protégée, vivante. /// 20 mars 2023

    c’est ta voix que tu entends, trahie. tes mots en toc. les livres autour poursuivent. ils n’entendent pas grincer tes phrases qui les lisent. ta langue de mauvais fantôme. tu dis vite la suite, d’autres mots comme pour marcher sur ta voix affreuse. avancer, piétiner le toc, tes fausses rides. tu t’ordonnerais de te taire, suspendre ton fatras d’intention. les gens ne s’arrêtent pas, ne te délivrent pas. table de mots entre vous, comme de se passer les plats. vos yeux raides aplanissent la lumière. tu te baisses, campée dans ton ventre, te distrais de ta figure lourde comme objet. /// 19 mars 2023

    Je regarde l’heure, sans voir l’instant indiqué. Chaque cadran observé pointe ses aiguilles vers les années à venir. Je regarde l’heure pour interroger mes possibles fins de vie. Le temps flottant, incertain qui sépare du vacillement. Remonter le pantalon, nouer les lacets : un jour ces gestes seront longuement pensés avant leur mouvement. Comme s’il s’agissait de toucher l’idée pour retrouver l’adresse. Je regarde comme des rêveries de plafond. Me tenir à distance de l’âge. Certaines horloges battent et parlent, comme si le temps avait ses bruits. Les instants s’écroulent dans mes tympans, fracassés. Ma vie aussi un jour le sera. /// 18 mars 2023

    Il aurait fallu ne pas dire. Que ta tête soit apparence attendue. Forcer la bouche, elle sait sourire vite. Tu ne t’es pas tue. Tu as lissé tes rides pour disparaître, mais trop extérieure. Il aurait fallu s’abstraire comme miroir, se fermer comme mur. Tu as la vulnérabilité de la poussière. Tu tombes quand on t’oublie. Tu rouilles grinces quand tu parles, il aurait fallu retenir l’habitude, perdre voix. Tu as peur, tu bouges contre la peur. Tes yeux pendent aux fenêtres, qui pour te sauver quand tu dépasses de ta peau. Il aurait fallu immobiliser ton sang. Te deviner. /// 17 mars 2023

    Elle sourit à ses photos, l’une après l’autre rabattue comme cartes divinatoires entre les doigts. Et sa vie par ce mouvement s’anime des pages de passé feuilletées. Elle ne lit plus, la télévision l’ennuie. On l’a déjà vu hier lui, dira-t-elle d’un acteur de série quotidienne. Pourquoi on nous montre toujours les mêmes ? Et elle qui revient en photos, visage plat comme écran, le corps changeant. Elle a ce réflexe devant ses traits : confronter les reflets à ses représentations intimes. Se comparer sans s’être vue, comment se voir sans regard en volume. Elle se connaît par images, comme par cœur. /// 16 mars 2023

    On sera piétinés d’un sourire qui rend fou. La magie sera fausse comme leurre. On vivra semblant. On recevra de nouveaux coups. On ne saura plus comprendre. On descendra plus bas au nom des valeurs. On acquiescera avec noblesse, notre bataille les déroutera. On sera les pas de côté de l’incohérence. On s’accordera à leurs yeux complices. Aux flux ordinaires. On ne cherchera pas à avoir raison, se savoir raisonnable nous suffira. On perdra notre superbe. Notre feu surtout. Notre mélodie sera hâtive, comme échos égarés. On n’aura pas d’intention. On se retirera. Notre vie sera comme lapsus, poésie involontaire. /// 15 mars 2023 >> en vidéo

    Solitude des mains croisées séparées. Mon visage tâtonne et renonce. Je suis abandonnée par mon corps, ses partitions solitaires. Le ventre est laborieux, se contente de joies éphémères. Le cœur et ses voix battent, solitaires. Les bruits recouvrent mes pensées, m’isolent. Je pars seule dans des nuits sans moi. J’écris la distance, les fantômes des journées. Un cahier pour le désordre des mots. J’efface ma parole, me vide comme chose. Quitter toute époque, contrarier le temps. Le saut des pieds plus loin que ma gravité. Marcher pour relier le sens aux muscles forcés. J’oublie ; la fatigue repose des phrases vaines. /// 14 mars 2023

    Il a dit, on ne meurt pas avant 105 ans. Mon grand-père, à mon père. Honore tes gènes mon fils. Il a dit, chez nous, on vit longtemps, 105 ans, tu m’entends. Il le répétait comme dogme de famille. Mysticisme de vie. Pères et oncles accordés, devoir imiter les ancêtres. Honorer leurs gènes comme fatalité heureuse. Dignité. Et nous, héritiers de ce paradoxe, notre dette à la terre. Recueillement sacré qui interdit la maladie. Cette menace sans cesse, mourir avant 105, comme trahison des origines. Il était paysan, pauvre. Il était sourd, silencieux. Il a dit, tu m’entends mon fils ? /// 13 mars 2023 >> en vidéo

    Le sourire de maman, il y a. Sa peau de près. Les bras de papa. Je décolle, emportée. De peur, jubiler. Il y a le rire qui me vient. Sur la langue, la surprise des premiers citrons. Le froid du métal. Les pleurs, ces ordres adressés à l’inquiétude. M’entendre crier. Il y a les soins en douceur, plaisir de l’eau. L’odeur du savon. Le bruit des objets quand je les jette. L’excitation à jeter. La force de mes doigts qui agrippent. Les grimaces des visages pour m’amuser. Leurs mains dans mes cheveux. Il y eut ces jours de bonheur facile. /// 12 mars 2023

    En marge du matin, soleil blanc comme lune. Mes yeux, encre vieillie. J’exécute les mots, j’ai perdu toutes larmes. On me dit : c’est mieux comme ça, non ? Mes gestes normaux ballottés dans un monde ordinaire. Je travaille devant des murs lumineux, oubli ou confusion de désirs. Ma voix comme impatience d’époque. L’exil aurait changé mon nom prononcé exotique. Matin. Le métal des nuits se dépose. Rêves comme traînées laiteuses. Secouer l’oreille, que tombent les plaintes par miettes. Je ne sais plus marcher, pieds de béton. Corps immobile ressasse ses pages mornes de paresse. Je n’ai pas tout quitté, pour ça. /// 11 mars 2023

    Quand la dernière fois ? Quand as-tu été surpris ? Le nouveau d’une première fois. Le vent comme si tu découvrais ta peau nue. La maladresse des yeux qui regardent, captifs. Ton corps ralenti, le mouvement que la lenteur précise. Devoir deviner sans défi. La gêne. L’étrangeté d’une voix qu’on ne reconnaît pas. Quand ? Le mot qui échappe, si présent qu’il ne se laisse plus attraper. Tu es trop nerveux, impressionné, les mots aussi comme première fois. Rencontrer la langue. La rue et ses foules, humains nouveaux. S’étonner des épaules. Les cuisses d’à côté, trop près parfois. Voir les mains comme apparition. ///10 mars 2023

    Foule. Tout corps m’est inamical. Je suis petite, envahie. Debout, entre eux, je me crispe pour respirer. Leurs cuisses débordent. Ventres. Bras qui parfois planent au-dessus de ma tête. Je suis leur noyée. Prostrée, muette. Peur sans raison. Je porte visage, formes. L’air pris sous le poids des présences. J’étouffe, frôlée. Odeurs des peaux, jambes infranchissables comme murs. Reprendre : je ne serai pas écrasée, piétinée. Des humains alentour. Leurs vies, une par corps. Debout dans la foule, comme piège d’os. Enfermée, carrelages de lumières artificielles, sons mordus. Le monde ronge, confond, isole. Je suis petite, invisible. Debout comme par terre. ///9 mars 2023

    Si j’étais née garçon, j’aurais été un frère de plus, sans sœur. J’aurais porté les habits des frères aînés. Je n’aurais jamais été traitée de garçon manqué ; garçon. On aurait fréquenté la même école, n’aurait pas été séparés chaque matin. Je n’aurais pas eu à ranger quand les frères jouent. On aurait eu davantage d’indulgence quand je me salissais. Je n’aurais pas eu peur sans raison. Peut-être d’autres rapports aux larmes. Aurais-je pleuré devant les accouchements, les premiers cris. Je n’aurais pas quitté terre et langue pour fuir leurs vies de femmes. On ne m’aurait pas comparé à ma mère. ///8 mars 2023

    J’écris avec l’oubli. Par coups d’œil, à tâtons. Contre la mémoire, ses voix décousues. Comme l’enfant retient les bruits qui s’éloignent. J’écris comme écolière qui répète. Apprendre par cœur les bribes perdues, temps clos. Attraper pêle-mêle de modestes traces, cartes retrouvées d’anciens territoires. J’écris contre la mémoire, contre l’oubli. Combien de villes, combien d’humains. Vertige de conversations dissipées. J’écris par hasard, je ne veux pas me rappeler ni retourner aux premières fois. Je me jette dans la langue, l’aléatoire qui étonne. J’ai si peur d’oublier les visages, l’éternité des liens. Je me souviens du regard de ma grand-mère qui m’oublia. ///7 mars 2023

    Elle a ce réflexe. Voir les erreurs ; dans sa tête, les rectifier. Reformuler. Comme s’il suffisait de dire pour corriger. Racler le passé avec des mots, réparer la faute. La même, sous différentes formes. La langue est généreuse qui sauve peut-être. Elle a cette conviction, opiniâtre. Dire le monde, le dialoguer comme pousser les jours avec le corps, la tendresse du corps. Dans échanger, on voit « changer ». Elle a cette prière. Le commencement est déjà métamorphose. En verbe. Elle ne recouvre pas la réalité de phrases, la réalité est écriture ; elle en corrige les textes, comme maîtresse et devoirs bâclés. ///6 mars 2023

    On pense avec la bouche, avec les muscles et les joues. On a appris à parler avec les refrains, poèmes ou chants. La langue passe, repasse, nous entaille de signes. Au rythme de l’instant. Nos pensées touffues, on marmotte l’idée. On a appris par boucles, on a récité. Répéter pour retenir, ça se raccroche. Ça obsède. On s’écoute, sans soupçonner le sortilège du vocabulaire. Pensées parasites, on respire dans leurs pouls. On réfléchira après. On galvaude, invective parfois. Se reprendre. On s’occupe, images et bruits. De quoi se perdre. Penser en diagonale, laisser échapper des mots involontaires. On s’y remet. ///5 mars 2023

    On se parlait peu, j’attendais ses mots, lui ne me voyait pas. Ou confondue au flou du monde. Quelques images de mon grand-père. Ses oreilles, leur singularité. Immenses, parfaitement dessinées. Si inutiles : il n’entendait pas. Je vérifie les miennes. Sous la paume, elles soupirent comme grottes intérieures. Souterrains à explorer dans des replis de peau. Comme des coquillages qu’on ne perdrait plus, on y écoute le chant de nos profondeurs. Je les ménage, je couvre mes oreilles quand je dors. Les protéger du vent ou de quelques esprits malveillants ? J’ordonne mon sommeil autour de ce rite, leur éviter d’être traversées. ///4 mars 2023

    On n’écrit pas, on compte les signes. Combien de mots pour atteindre nos objectifs, hasardeux. Le texte n’est pas écrit mais la question le précède, vont-ils aimer ? Sans savoir qui ils. Ce qui n’est pas encore créé, comment sera-t-il reçu ? Quel temps ça durera, accroché à leur oubli. On n’écrit plus, on comptabilise les pages, on suppute, cœur braqué sur des regards sans face identifiée ; on hallucine leurs yeux, à venir toujours. Leurs mots posés sur les nôtres. On n’écrit pas, on hurle ses doutes. On supplie dans des postures de déni. Ce qu’on n’a pas relu, déjà exposé, éloigné. ///3 mars 2023

    Dans un monde sans toi, comment demeurer qui je suis, quand j’ai toujours été, dans ce monde avec toi. Difficile de continuer. Faire autrement, on me dit. Comme de naître d’un autre ventre, vieillie déjà dans des langues connues. Le vent sans toi. Le printemps à venir. Plantes et cuisine. Tu m’as transmis l’appétit du réel, pas besoin de souvenirs. Ton mouvement me traverse. Je ne te survis pas, je vis comme autre. Tu m’appelais « ma fille rouge », je suis une couleur depuis. Je suis ton sourire quand tu le dis : ma fille rouge. En français, tes r qui roulent. ///2 mars 2023 >> en vidéo

    Certains méditent pour se recentrer. Devant le miroir, elle se regarde, se parle. Je te laisse trouver ce que tu peux faire avec ce visage aujourd’hui. Elle se répond. Voyons, voyons. Réfléchir à deux sans se duper, vérité singulière que l’on prendrait pour folie. C’est mal la connaître. Joueuse oui. Gamine malgré l’âge. Tu es belle, vraiment. Elle se sourit. Elle a souvent ces attentions, le compliment facile comme avec ses amies dans la vie. Elle devant le miroir et elle dans le miroir, comme deux amies à vie. Leurs échanges comme entre livre et cahier. Entre bouche yeux oreille. ///1er mars 2023

  • si je suis, n’est pas.

    tu y es presque
    ça s’arrête comme piège
    toujours ce lieu où s’arrête
    alors que presque
    qui ce tu
    la manie de te parler au tu (extrait)

    #LittéraTube​​​ #VidéoEcriture​​​ #poésie​​​ #écrire

    micro journal 315-2023.03.26

  • on sera toutes comme une, femmes.

    on a la liberté des chansons populaires
    affront de dents, notre revanche est gaie
    nos refrains dansent dans nos mains
    rivales des temps aquatiques
    poitrines vastes comme paysages
    nos lèvres rient, câlines
    chalouper
    oublier, poings ouverts au hasard (extrait)

    #LittéraTube​​​ #VidéoEcriture​​​ #poésie​​​ #écrire

    micro journal 314-2023.03.24

  • notre vie comme lapsus.

    On vivra de ça, les petites satisfactions. On se contentera de peu. On en sera loués. On se conformera, on guettera les signes, comme chien regardant son maître pour une sortie. Se retenir en attendant, se contenir, serrer son corps sur ses envies. On sera souples. On sera fiers de plier sans se casser (extrait)

    Musique : Fantasia con brio – Omar Yagoubi

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    micro journal 313-2023.03.18

  • 105 ans, tu m’entends ?

    Il a dit, on ne meurt pas avant 105 ans
    Mon grand-père, à mon père
    Honore tes gènes mon fils
    Il a dit, chez nous, on vit longtemps
    105 ans, tu m’entends (extrait)

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    micro journal 312-2023.03.12

  • la folie qui sauve.

    la folie malade, la folie passagère, la folie qu’on envie créatrice marginale, folie destructrice, la folie qui exclut, la folie ordinaire (extrait)

    #LittéraTube​​​ #VidéoEcriture​​​ #poésie​​​ #écrire

    micro journal 311-2023.03.11

  • ma fille rouge.

    dans un monde sans toi,
    comment demeurer qui je suis,
    quand j’ai toujours été,
    dans ce monde avec toi (extrait)

    #LittéraTube​​​ #VidéoEcriture​​​ #poésie​​​ #écrire

    micro journal 310-2023.03.07

  • tu te trompes de geste.

    il t’a poussé comme chose,
    on ne dit rien aux choses
    on s’en sépare, on oublie
    tu t’es arrêté, désenchanté
    sourire faux de la dignité
    tu te trompes de geste (extrait)

    #LittéraTube​​​ #VidéoEcriture​​​ #poésie​​​ #écrire

    micro journal 309-2023.03.05

  • chanter comme dire.

    toute pensée de toi vers portée par un chant
    airs balbutiés par fragments
    la fin de nos vies serait comme ses débuts,
    voix sans corps visibles.… (extrait)

    #LittéraTube​​​ #VidéoEcriture​​​ #poésie​​​ #écrire

    micro journal 308-2023.03.01

  • chanter comme rire.

    entre nous, la musique
    chanter comme rire autrement ensemble
    et rire de chanter
    Fayrouz, Sabah, Warda… (extrait)

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    micro journal 307-2023.03.01

  • éprouve la finesse de l’amer.

    comme en cuisine, dose tes épices
    trop de ferveur écrase le goût
    la juste mesure, sans calcul (extrait)

    #LittéraTube​​​ #VidéoEcriture​​​ #poésie​​​ #écrire

    micro journal 306-2023.02.28

  • février | carnet (100 mots par jour et des vidéos)

    Mais vous ne vous sentirez jamais française, n’est-ce pas, pas tout à fait quoi, demande la Française qui ne se pose pas la question. Demande ou sait pour moi. Comme petite fille, je ne réponds pas, me justifie : j’ai davantage vécu en France qu’au Liban. « Pas tout à fait ». Quelques mots pour effriter toute certitude. Comment se sentir tout à fait qui que ce soit ? Elle parle, converse dans l’indécence inconsciente de qui ne connaît pas l’exil. Savoir badin posé sur le réel. J’entends réagir mon corps, manifester l’inassimilable « français » de toujours, ce froid par exemple malgré si beau soleil. ///28 février 2023

    Entre nous, la musique. Chanter comme rire autrement ensemble. Et rire de chanter. Fayrouz, Sabah, Warda… élever nos cantiques à deux voix. Fredonner d’anciens clips publicitaires, marques souvent oubliées. Tes yeux joyeux maman à m’écouter reprendre une pub d’avant-guerre. Tu me corriges, doutes ou m’accompagnes ::

    ///27 février 2023 >> en vidéo

    Il s’oublie ; les mouvements se font sans lui qui regarde, traversé. Ses mouvements pourtant. Ça se fait, ça échappe. Mains machinales ; bras, jambes, le corps comme mécanique activée. Ça enchaîne des gestes incomplets, stratégie d’absence. Ce qu’on lui a appris à répéter, les ripostes qui protègent. La vie comme scénario de l’ordinaire. Il est tenu de côté, assiste aux apparences du réel. Forme mobile déployée. Quand sa paresse est opaque, son cœur réservé, ses pieds se hâtent, comme véhicule sans volant. Il se poursuit, articulé par ses malentendus. Parfois il revient, zigzague entre deux. Il joue, grâce de l’instant retrouvé. ///26 février 2023

    Moi plus grand… Plus tard… Petit déjà on dissocie. On se coupe : la bouche énonce et le corps est projeté haut, loin. Moi plus grand je serai. Moi je, ça créé du deux, c’est déjà la séparation. Toujours en devenir, en cavale. Comme de regarder le reflet d’un visage vidé de son esprit. Moi et je, instruments inutiles. Instinct perdu, matière agie comme abstraction. Défini, arrangé, je me limite. Me perd. Moi je, toi et vous. Eux. Comme autant de héros aux récits fermés. Visiteurs de nos histoires. Ça s’entend dans la langue. Moi si seulement. Moi seule finalement. Encadrée. ///25 février 2023

    La langue entre ses lèvres dépasse. Loyale. Appliquée. Par quelle magie aide-t-elle sa main à arrondir l’angle du P sur la page ? Son avant-bras tremble pour une main contrôlée, stable. Même pas capable d’écrire ton prénom, vaurien. La voix de l’aîné revient, brusque le geste. Gommer, recommencer. Penser les lettres comme dessins, il est bon en dessin. Il « vaut » en dessin. Vaurien. Il reprend, langue à nouveau tendue, même élan que la mine du crayon si taillée qu’elle casse. P. Ovale puis trait ; à la ligne. I Maintenant. Son visage si proche de la page qu’il semble tomber de lui. ///24 février 2023

    Toute pensée vers toi portée par un chant, airs balbutiés par fragments. La fin de nos vies serait comme ses débuts, voix sans corps visibles. Tu me berçais de mots avant de naître, musique maladroite. Ta voix comme graffiti dans mon sang. Chansons pauvres, déformées, on n’a pas de scrupules. Il s’agit de dire je t’aime de mille façons, le souffler, l’aspirer. Je t’aime. Aujourd’hui je le chante à tes bras absents. Le crier. Je le murmure pour que seule toi l’entende. Je t’aime. Redonner texture à ma langue en peine. Je te rêve. Te répète comme apprend l’enfant. ///23 février 2023 >> en vidéo

    Il t’a bougé comme objet. Déplacé. Tu as senti ses ongles se resserrer, poliment exaspérés. Tu serais l’encombrant, matière manquée. Il t’a poussé comme chose, on ne dit rien aux choses. On s’en sépare, on oublie. Tu t’es arrêté, désenchanté. Sourire faux de la dignité. Tu te trompes de geste. Fais-toi objet. Toujours de côté. Un objet ne se mange pas. Prends la force du bois. Oppose tes angles, tes lignes droites. Respire dans le métal. Deviens chose, implacable surface. Rends-toi invisible, présence de corps, lointaine âme. Par moments, choisis d’être objet, tu auras ta liberté d’humain. Son mouvement paradoxal. ///22 février 2023 >> en vidéo

    Il fallait le lui rappeler, comme s’il s’agissait d’oubli. Tu n’as pas changé de flanelle, plus d’une semaine, ça sent. La voix de sa femme comme écho des remontrances maternelles. Il s’exécute devant l’intransigeance du linge. Triste d’abandonner ses odeurs, comme s’il quittait un autre soi, son dialogue quotidien. Se retrouver corps perdu sous le vêtement fleurant la lessive. Elle se retient parfois, y pensera-t-il sans son rappel ? l’espère malgré les répétitions, soixante ans de vie commune. Serait-ce l’un des ciments du lien, cette injonction à la propreté. Elle s’occupe de lui, sent sa présence densifiée. Tout contre son odeur. ///21 février 2023

    la folie malade, la folie passagère, la folie qu’on envie créatrice marginale, folie destructrice, la folie qui exclut, la folie ordinaire, la folie prétexte, folie arbitraire, la folie qui se cache, la folie qui envahit, la folie imbécile, la folie d’un instant, folie d’autrui, la folie bavarde, folie aveugle, la folie collective, la folie triste, folie nocturne, la folie meurtrière, folie romanesque, la folie du corps, le hasard fou, la gaité folle, la folie évidente comment ne pas, la folie qui sauve, folie du temps, absurde la mort, la folie des animaux, folles lèvres, folie des mots, nos colères d’enfants. ///20 février 2023 >> en vidéo

    Mes rêves me connaissent mieux que moi. Ils ont cette impolitesse franche. Me surprennent comme faits divers renversent toutes normes. Mes rêves comme aveux me désignent, me pensent. Sommeil philosophe. Hier, je ne trouvais pas la fonction vidéo de mon nouveau téléphone. Lorsqu’enfin je la repère, la scène à filmer avait disparu. Le temps sauvage des rêves qui prolonge nos gestes. Leur matière enchaînée aux corps. Nous ne quittons pas le réel, nuits troubles de sensations absurdes et précises. Hier j’ai rêvé l’impuissance, le mouvement engourdi. On s’empresse d’oublier nos rêves, leur insistance à poursuivre le dialogue. On se déserte. ///19 février 2023

    Joie ou tristesse, tu sonnes faux. Tes yeux se méfient, s’ennuient. Tu agis par audace, ta peau ne rayonne plus. Tu fais. Pour ne pas renoncer, pour l’intention. Sans le désir, tu sonnes faux. Tu te pousses, de peur d’abandonner. Tu décides, bouche fixe. Ta détermination est indifférente, il s’agit de s’acquitter de la vie. De manier les choses des humains. De confirmer sans cesse ta présence au monde. Tes gestes délibérés ne te surprennent pas, tu as perdu l’agilité, la grâce. Tu as l’intelligence, elle sonne faux, comme une politesse sans toi. Sourire facile. Tu ne t’étonnes n’étonnes pas. ///18 février 2023

    Tu t’adaptes à l’ordinaire comme lit à une chambre. Tu te moules, utile, comme draps et corps engourdi. Tes pensées sans peau, phrases recyclées. Au chevet des mots, tu ne dors pas, sotte vie de côté. Ton émotion est apnée d’estomac. Tes approximations te tiennent loin. Envahie extérieure, de nécessité contrainte. Tu explores la terre, ses joies froides, comme fêtes finies. Les visages imposent leurs sourires de joues, ça parodie les soleils, les couleurs. Tu vous inventes, liens sans contact. Tu ne te reconnais pas, tu ne rencontres pas, refusée. Ta bouche est trou dévoré. Dents, tes rocs de certitude. ///17 février 2023

    Je ne vais pas mieux sous une peau traitée et lisse, je n’y arrive pas. Je n’ai plus la rage de la foi, les jours se décident sans moi qui hésite dans cette vie nouvelle rythmée de sans. Sans. Je ne deviens pas, immobile depuis, achevée. Je ne souffre plus, chimique. Je sais que je souffre sans l’éprouver, comme de parler sous un crâne étranger. Je ne fais pas, je prétexte. Je n’attrape pas la main que l’on me tend. Je ne veux pas sans arriver à renoncer, je n’écris plus, je m’endors. Comme chose, je ne vis pas, j’existe. ///16 février 2023

    Je ne te serre pas, mes doigts manquent ta matière. Je fourmille maladroite, aide-moi aidez-moi, je pense, sans dire les mots. Tu tournes autour de mes tremblements raidis. Regarder ta solitude de côté. Je ne suis pas, si tu ne comprimes pas mes os. Je perds contours, tu me refermes comme pages lues. Me vérifies parfois, présence fantoche sans ton poids. Tu m’as rangée, je me répète. Tu ne me serres pas, tu peins ma peau, emportes sa couleur sur ta main. Je reste, arrêtée, j’attends ton geste, matière entre mes lignes. Sans la résistance du corps, le réel m’échappe. ///15 février 2023

    Mordre la nuit. Attraper ses pensées. Respirer sa langue. Mâcher les mains. Digérer la javel. Renifler son charme. Roter des pieds. Marcher. Gratter les rires. Bailler du cou. Craquer. Éternuer la peur. Tousser des couleurs. Moucher. Vomir le temps. Parler. Embrasser. Serrer la bête. Gifler de joie. Souffler. Avaler la douleur. Lécher les joues. Chatouiller. Tendre. Crisper les miroirs, voir. Écrire. Caresser les doigts. Pleurer le mal. Lire les bruits. Bouger. Crier sa vie. Reculer. Écouter la mort. Dormir. Boire les mots. Pianoter. Agiter le feu. Baiser. Enlacer la mémoire. Courir. Regarder le corps. Courber l’absence. Geindre. Agenouiller le réel. ///14 février 2023

    La ville est laide, hauteurs heurtées de bruits. Ses dents de béton dévastent les bois d’à côté. Horizons défigurés par les murs qui cachent mer et chemins, on les voyait avant. Aujourd’hui, à peine le ciel. Ville laide. Ses rues bousculées de voitures, de klaxons. Ses odeurs abîmées. Pour s’en abstraire, ma mère a fait de son balcon une exception végétale. Elle vit parmi les plantes, veille sur elles comme une bonne mère ; elle l’a toujours été. Son monde, à l’abri des saisons. Ses empreintes vertes sur nos photos maintenant. À l’abri de la vie, du temps. Son éternité végétale. ///13 février 2023

    Tu résistes à tes mains, triste de gagner à tous coups. Ton corps, l’imprévu. Tu ne risques pas ton visage, ta vie nerveuse. Tu paralyses ta peau au bruit des autres. Personne de près. Savoir où souffrir et combien : deviner et manquer la magie. Tu te déguises de légendes anciennes. Tu vois bien que tu triches ; tu ne joues pas, tu triches. Tu fais semblant, comme enfant qui attend, ses yeux fermés simulent l’absence. Qui attend le baiser de la nuit. Ce baiser, le prévu de toujours. Ta joue reste hermétique. Vider l’émotion, tu ne seras pas saisie. Vivre suffit. ///12 février 2023

    Mon noir n’est pas symbole, il m’habille. Une couleur pour toutes, je simplifie. Comme plat unique pour ne pas choisir. Décider une fois, s’y tenir. J’avance noire, comme une évidence, plus déterminée qu’un rite. Noir aux nuances fragiles par moi seule perçues. Il me signifie discrète, constante par la couleur. Mon noir, un tout ; je suis une. J’aime les teintes vives, les mélanges imprévus. Mais je m’ignore, me vêts de noir. Serais-tu en deuil, se hasarde-t-on parfois. pourquoi toujours, sinon… Mon noir n’est plus symbole, n’est plus couleur. Mon noir est transparence. Je m’habille d’oubli, de saveur sourde. Corps dispensé. ///11 février 2023

    Elle note d’une main qui tremble. Les lettres déposées comme tracé médical hésitent entre mots et dessins. Elle note tout. Elle aime les listes, ça désencombre, elle dit. Elle écrit pour mieux s’organiser, s’éviter quelques insomnies. Élaborer les menus des réceptions, les repas des semaines ordinaires. Prévoir les courses. Depuis qu’elle consigne tout, l’écriture s’embarrasse des mêmes doutes. Qui lui rendra visite, quand. Ses sorties, où. L’arrivée de sa fille, son départ. Combien de jours et le compte à rebours. Elle s’obstine, tout noter comme avide de gestes, de faits. Un jour, elle a arrêté. Depuis, elle répète ses questions. ///10 février 2023

    Sa voiture, simulacre de maison au plafond bas. Habitée comme chambre d’adolescente. Publique intime. Son désordre, présence intemporelle. Sa voiture est piège de liberté encombrée. D’odeurs prises entre mouvements et immobilité familière. Parfois elles se confondent : sa voiture comme vêtement ou carcasse d’une autre soi. Les bruits de sa mécanique élèvent sa voix. Ses mains au volant réconfortent, elle contrôle sa vie. Avec la vitesse, elle change de corps. Il ne s’agit pas de quitter mais de déplacer les mots. Conduire pour s’éloigner, poussée par des phrases écrasées en bouche. Elle vit déjà comme toujours, sans lieu fixe. Du chemin. ///9 février 2023

    Qui de la terre, du soleil, qui tourne autour de qui. Et la lune. Elle ne retient pas. Quels sens prennent les obsessions du crâne. Le sang dans le corps coule-t-il droit. L’air qu’elle respire. La vitesse du son, elle a oublié. Étoiles ou galaxies, comment imaginer l’immense. Les fourmis à ses pieds, miettes de pain. Les oiseaux, vertiges des cieux. Le bruit du monde dans ses oreilles, quel mouvement. Le désordre du vent, les aiguilles d’une montre. Comment bouge le silence. L’agitation de sa peau, colère ou amour. Elle déteste les grandes roues. Ou quand la tête parfois tourne. ///8 février 2023

    L’asphalte porterait nos pieds comme presque terre, sans humus. On dormirait à peine dans nos nuits de surface. Elle a été enceinte, presque mère. On se raconterait, illusions confondues. Ce serait presque un feu, chaleur électrique. Suis-je encore fils, orphelin depuis. Le corps comme matière nous colle à la peau. On serait presque poète avec nos textes. Presque écrivains. Ce serait presque un dialogue dans le silence des solitudes. Nos ombres, de nous débarrassées. J’ai presque tes mains, mon frère. Le chant comme longue plainte ralentie. De cette fatigue figée. Tremblements de terre, humains dévastés, une presque guerre. Presque absolu. ///7 février 2023 >> en vidéo

    Ce serait comme un geste. Un mouvement simple. Ça aurait la poigne des mains fermes. L’aveu fier, ronde voix. Fi du temps. Ce oui, prononcé comme un souffle. Oui je veux. Ça n’attendrait pas de réponse. Oui pour toujours, sans condition. Oui comme un lieu, oui comme l’accueil. Ça galberait l’oreille, remplirait les yeux. Oui, sans répétition nécessaire. À peine une esquisse de syllabe vaporeuse. Ça fixerait le visage. Le mot d’une seconde, ce oui bavarderait longtemps en elle, secret. Oui, comme prière, discrète confidence. Elle l’entendrait les jours de fatigue, apaisant, comme un pardon sans faute. Oui, aurait-il dit. ///6 février 2023

    La lune est forte, j’éteins le reste. De pieds alertes comme d’apprendre à marcher avec d’autres yeux, caresses des contours. Sol, murs, meubles… l’appartement semble flotter, comme terre extérieure, sous une clarté solaire en pleine nuit. Le temps prend densité dans la lenteur de l’obscurité. Mes mains vers les objets, plus délicates. Comme d’approcher un corps nu avec un vêtement fragile. Je suis ici toute, mais aussi à Beyrouth, en Italie, à la montagne… La lune, tellement lune que tous les lieux deviennent comme même corps en sa lumière. On lui attribue insomnie, marée, nervosité… je dirais juste son éclat. ///5 février 2023

    Elle dort mange marche parle sous le regard de Dieu. Sans imaginer Dieu, ni ses yeux, elle vit sous son regard, sa sévérité. Sans connaître sa voix. S’excuse, fautive. Le remercie aux jours heureux. Elle le supplie parfois, épargne-moi ou aide-moi. Elle lève alors son visage, paroles retenues sous peau, certaine que ses mots sont vus. Sans imaginer Dieu, ni ses oreilles. Elle se veut rien par moments, quelques minutes d’obscurité totale. Être sans corps, une disparition. Éteindre le regard de Dieu ou le faire cligner assez longtemps, sans penser ses paupières ses cils, le temps d’un répit, d’une absence. ///4 février 2023

    comment ça va ? Et ton mari, il va bien ? pourquoi tu viens si rarement, tu ne nous aimes plus ? tu as grossi non, un peu ? tu te sens bien en France ? avec qui tu parles arabe là-bas ? comment tu fais pour supporter l’exil ? tu te vois finir ta vie là-bas ? tu te sens encore libanaise ? est-ce que tu cuisines libanais ? tu n’as pas trop froid en hiver ? tu penses à nous parfois ? tu te plais là-bas ? qui s’occupe de toi quand tu es malade ? tu sais encore écrire l’arabe ? tu ne regrettes pas d’avoir quitté ? tu veux être enterrée où ? ///3 février 2023 >> en vidéo

    Il a appris à vivre à deux. Son reflet le répète, inutile de vérifier, il se parle, se répond. S’invective. Va falloir y aller… tu peux pas continuer comme ça… ben je fais tout pour… mais elle me veut quoi elle… sois pas parano, elle ne te regarde pas… je ne sais plus si j’ai éteint la lumière en partant… doucement, tu flippes pour rien… c’est long, beaucoup trop long… Il se vérifie dans les couloirs du métro, le reflet tremblote, acquiesce avant de disparaître avec la lumière du quai. Présence relayée par la pression de sa main en poche. ///2 février 2023

    Avec la langue, j’ai appris le symbole. Un sens derrière chaque signe, personnel comme rattaché à notre histoire, mais patent. Certains chiffres porteraient bonheur, chaque couleur parlerait d’une émotion. Et un mois serait versatile, inquiétant en soi. Février, la constance de ses basculements. Ses promesses déçues, ma toussaint personnelle. Je tombe en février. Espère puis tombe. Combien de coups pour toucher terre. À mes pieds des murs, le sol plus bas. Les chutes comme les saisons, certaines. Je crains février, le plus court des mois, le plus instable. Ses dates de bougies inversées. Je rentre dans ses jours avec précaution. ///1 février 2023

  • si tu vivais un peu.

    je suis sortie marcher pour ne pas écrire
    disperser les mots à chaque pas
    j’ai filmé, regardé loin
    j’ai parlé écouté, éviter d’écrire
    j’ai repris leurs phrases, vivre surtout (extrait)

    #LittéraTube​​​ #VidéoEcriture​​​ #poésie​​​ #écrire

    micro journal 305-2023.02.26

  • j’ai presque tes mains, mon frère.

    l’asphalte porterait nos pieds
    comme presque terre, sans l’humus
    on dormirait à peine dans nos nuits de surface
    elle a été enceinte, presque mère. (extrait)

    #LittéraTube​​​ #VidéoEcriture​​​ #poésie​​​ #écrire

    micro journal 3004-2023.02.24

  • des questions.

    avec qui tu parles arabe là-bas ?
    comment tu fais pour supporter l’exil ?
    tu te vois finir ta vie là-bas ?
    tu te sens encore libanaise ?
    est-ce que tu cuisines libanais ? (extrait)

    #LittéraTube​​​ #VidéoEcriture​​​ #poésie​​​ #écrire

    micro journal 303-2023.02.18

  • j’écris avec mon poids de corps.

    j’écris avec les pieds,
    jetés à petits pas
    les mots piétinent d’arrêts
    mouvements
    j’écris avec mon poids de corps dans les pieds (extrait)

    #LittéraTube​​​ #VidéoEcriture​​​ #poésie​​​ #écrire

    micro journal 302-2023.02.05

  • juste polie.

    tu vieillis de lumière basse
    tes rires ont la voix perplexe
    souffle les éclats du temps,
    comme enfant ses bougies sucrées
    l’arnaque temps (extrait)

    #LittéraTube​​​ #VidéoEcriture​​​ #poésie​​​ #écrire

    micro journal 301-2023.02.04

  • janvier | carnet (100 mots par jour et des vidéos)

    Tu vieillis de lumière basse. Tes rires ont la voix perplexe. Souffle les éclats du temps, comme enfant ses bougies sucrées. L’arnaque temps. Te dire que tu vieillis ; aimer ça. Vieillir, comme naître autrement. Te soustraire aux lendemains, porter l’ombre sur ton crâne comme couronnement obscur. Tu leur laisseras la lumière. Juste polie. Tu choisis d’éteindre ta peau, te faire blanche comme statue de craie. L’amorce d’une langue qui se rue, ne finit pas ses phrases. Friable demeure. Rabats tes paupières sur ton calme, regard fermé sur le désarroi de ton corps. Tu traînes, prends ce courage-là, ne plus t’attendre. ///31 janvier 2023 >> en vidéo

    J’ai oublié le corps. La nécessité du corps, ses réflexes qui sauvent. J’ai perdu le bon sens des gestes, la rondeur des bras, le repli du torse. Perdu les contours, les mouvements modestes de la peau. J’ai oublié l’instinct, le courage des moments confus, les risques joyeux. Je me suis assourdie de détails, d’indices sans mystère. Présence abstraite comme hypothèse humaine. J’ai la nervosité des visages détournés, n’entends plus applaudir mes os. Le regard sans lointain, sans ciel. J’ai troqué mes promesses contre des preuves à reprendre toujours. Doigts crispés sur des illusions, mes fragments de vies sur les lèvres. ///30 janvier 2023

    J’essaie un autre moi. Un moi qui rit moins fort, sourit. Il ne pleure pas. Je t’aime, vous dit ce moi-là, il sait, dit, n’éprouve pas. Un moi distant, calmé. J’essaie un moi de tension basse, présence en retrait. Un moi sans moi, sans vous. Même monde au ralenti, voix étouffées. Les mots traînent comme privés du ventre. Les gestes tardent, réponses alanguies. Je perds mes éclats, les sursauts. Peau engourdie. Ce moi parle de moi, ne me dit pas. Il fait pour moi, ne m’anime pas. Il bouge pour que vie continue. Comme d’apprendre à mourir déjà. Cette absence-là. ///29 janvier 2023
    >> en vidéo

    Aveugle matin. Mes yeux encore nus de sommeil. Le langage comme cassé hésite entre rêves et mots. Douceur du corps enfoncé, le poids. Tends tes bras pour oublier, on te soulèvera comme petite. Mon ventre bat de présence ample, je suis dedans. Courts craquements d’os comme autant de voix qui saluent. Mes matins de bouche sèche, de temps sonore. La langue claque d’absence d’eau. Approche un citron, comme tu faisais enfant, tu salivais de poser une tranche sur ta lèvre. Sans mordre, sa seule odeur désaltère. Fais-toi saliver comme enfant, bois ta salive. Ma soif d’hiver. Grotesque. Soif comme faim. ///28 janvier 2023

    J’écris avec les pieds, jetés à petits pas. Les mots piétinent d’arrêts ; mouvements. J’écris avec mon poids de corps dans les pieds. Leur légèreté matinale. J’écris avec le recul des pieds quand dehors s’approche trop. Leur réflexe de se regarder, l’un l’autre comme solidaires. Je tiens sur la pointe des pieds, verticale pliée. Mes pieds me supportent. J’écris dans l’écart entre deux. Je ne fais pas chanter la terre, je rêverais d’ailes, de nageoires. Les pieds me transportent, jamais loin, à vue d’yeux. Le soir je prends mes orteils entre mes doigts, comme consoler un enfant. Par eux, j’avance debout. ///27 janvier 2023 >> en vidéo

    Le mouvement. Elle interprète leur hasard, déduit et reprend. La magie aurait ce rythme. Compter comme parler, sa deuxième langue. Compter comme chant ou battement de sang. Aiguilles d’horloge ou marelle au sol, on s’y adosse comme repères. Ils ont ce pouvoir. Un chiffre impair lui porte toujours chance. Des pairs, elle se méfie. Sauf du zéro. Les vrais chiffres sont impairs, avec ce +1 qui crée la bascule. Elle n’aime pas les opérations, les longs chiffres à lire d’une traite. Elle les préfère dissociés comme lettres d’alphabet. Que ça parle, sans message défini, comme boucles de sens. Cette fantaisie. ///26 janvier 2023

    Je suis sortie marcher pour ne pas écrire. Disperser les mots à chaque pas. J’ai filmé, regardé loin. J’ai parlé écouté, éviter d’écrire. J’ai repris leurs phrases, vivre surtout. J’ai répété : si tu vivais un peu. J’ai beaucoup regardé parlé écouté pour ne pas écrire. J’ai marché parmi les gens. Mes mots comme chaussures sur les routes. Tourner la langue autrement. Il fallait m’empêcher d’écrire, cette calamité ; arrêter la faute. J’ai fui les pages. Me suis agitée dans le monde pour camoufler mon besoin. J’ai plongé dans ses bruits pour taire mon corps. Les phrases me venaient séparées de moi. ///25 janvier 2023 >> en vidéo

    Il y a vos visages, je les porte sur mes joues, mandibules soudées de rejet. Il y a les corps fantômes. À vous je m’abandonne. Une main de toi maman. Il y a vos histoires, elles recouvrent nos vies. Ton bras mon frère. Long temps sans bouger, ma douleur circulaire. Attente ou prière. Plus jamais répond le chant envolé, la fin serait négation, cet insupportable. Le visage de papa. Folle entêtée, je poursuis vos voix, votre présence étonnée. Il y a des nuits, longues. Leurs heures perdues en marge. Il y a des paroles, elles manquent. Je vous suis orpheline. ///24 janvier 2023

    Elle ne mélange pas sa salive. Embrasser mais pas trop, ce qu’il faut de lèvres et de peau. Retenir son haleine, elle ne se mélangera pas aux respirations ; il suffit de détourner le visage d’un balancement pudique. Leurs odeurs racontent des histoires. Cacher ses mains ; mortelles, elles lui échappent. Elle se préfère soustraite, discrète. Oubliée. Écrire par fragments, ne pas relier ses pensées. Distinguer les détails, séparer. Elle veut des pages de mots blancs. Presque lisibles. Se nourrir de plats qui n’amalgament pas. Vivre sans reflets. Elle sera simple, isolée. « Je suis », sans pluriel possible. Singulière, ne se mélange pas. ///23 janvier 2023

    De quoi, ta peur. Sois forte, forte comme l’objet. Prends la fixité des objets, cuir ou métal, ta solide matière. Immobile, tu veilles et brises. Forte forcée. Tu crispes, imbécile face aux coups. Brave les précipices yeux fermés. Sois forte comme ta mère, douces femmes des origines. Tiens-toi dans les marges. Forte à distance, en dehors. Oppose ta parole à leurs dents. Ta présence froide. Tremble de cette force délicate. Tu es forte comme la bête. Sors du monde. Forte fuis, tu t’éloignes ; confesses tes larmes, ta fragilité d’avant toi. Un jour j’ai cessé d’être forte, je me suis arrêtée. ///22 janvier 2023

    Elle a choisi le dégoût pour éviter leurs mains, bouches ouvertes. Ils sont langue, sueur acide. Dents s’excitent égarées. Ils sont bras, cuisse qui trop s’approche. Rires débordent. Elle, ventre rauque. Et dégoût comme instinct. Suspendre leurs doigts, enfermer les yeux. Quel refuge pour sa peau. Ils sont liquides, pertes qui trop collent, matières molles. Elle se tait, épaules hautes, l’alerte puérile. Tout est signes. proximité. Leur odeur contamine, rattrape. La remplace, se répète. Elle veille, fabule ; l’imaginaire s’emballe, trompe. Le dégoût disperse ses adjectifs, la distrait de l’essentiel : sa terreur blanche. De ses mots, fragmenter leur présence. S’isoler corps. ///21 janvier 2023 >> en vidéo

    Tu n’as donc pas pitié. Cruel, comment peux-tu. Ainsi parle la fille à son dieu, persuadée de vivre sous ses yeux. Passive intimité. Il se tiendrait haut, spectateur absolu de sa fiction, patient compagnon de ses dialogues. Sa religion est conversation, elle n’entend pas les réponses, est-ce par manque de foi ? À son dieu, il manquerait le langage. Son silence tombe comme énigmes, délire le réel. Elle cherche la marque de leur duel dans les tremblements ordinaires. Je t’en supplie, t’en supplie. Enfant, il lui suffisait d’insister, sa mère cédait. Merci, lui échappe parfois, parole privée entre elle et lui. ///20 janvier 2023

    Me cramponne au seuil, ce point qui sépare, ne détourne pas. Ce n’est pas simple amour des frontières, brèches. Ce n’est pas lieu de passivité. Ni l’impossible choix des gestes qui hésitent, mais lointaine décision, toujours se fragmenter, partout et ici. Empoigner, sur même visage, dedans, dehors et entre. Dans cette proximité distante, je suis avec, ailleurs et avant ; suis pas. Ce n’est pas goût du paradoxe, ses fulgurations. Je désire ce que je ne veux pas, ne peux pas ; anciennes promesses. Si j’écris avec je, sans pseudo-mots pseudo-moi, si je écrit qui je détruis ? Je ne me sauve pas. ///19 janvier 2023

    Comme en cuisine, dose tes épices. Trop de ferveur écrase le goût. La juste mesure, sans calcul. Aie la main de ta mère, elle fait à la louche comme elle dit, d’instinct. Écoute l’odeur. Sans sel, l’assiette est fade. Teste l’improbable. Le trop sucré t’écœure. Touille, déchire. Éprouve la finesse de l’amer. Comme en cuisine, tes relations au monde, ton lien à toi. Mijote au feu. Mange, vorace parfois. Déguste les saveurs froides. La vie. Jette s’il faut. Explore les miettes, ce tout effrité. Laisse le plat t’échapper, son goût jamais même. Ainsi les autres. Livre ta gourmandise, généreuse, inquiète. ///18 janvier 2023 >> en vidéo

    Une main dans ta poche. Des doigts. Le geste d’une seconde. Tu repasses l’instant que tu n’as pas vécu. Les minutes d’avant. Tu remets en scène, répètes ce moment. Ce qu’il aurait fallu. Ce que tu as mal fait. Les heures d’avant. L’année. Tes décisions fugaces. Sa main plus légère que les gens qui pressent. Tu es à la fois actrice et auteur de mouvements hallucinés. On recommence. Ce n’est pas ça. On n’a pas voulu ça. Le moment où ça descend. Où tu remontes pour supplier, rendez-moi mon téléphone. La foule des fins de journée, sa fatigue de masse. ///17 janvier 2023

    Prends le mot mal. Sa voyelle entre deux consonnes, belle musique. Ne te braque pas, laisse parler ce mot. Discrétion de syllabe unique. Aussitôt sur tes gardes, comme terrorisé de te faire avoir. On t’a éduqué à combattre le mal. Saurais-tu le distinguer du mal-être ? Malheureux. Malaise. Maladresse. Malgré soi, ce qui se fait à travers nous. Le mal et la maladie. Le mal-aimé. On évoque parfois un mal nécessaire. À l’extrême, le mal absolu. Je ne joue pas avec les mots, peut-on apprendre sans nommer ? Dissocier le bien du mal. Et quand on a mal ? Réconforté ou puni, selon. ///16 janvier 2023

    J’attends le passé. Je suis sans mémoire. M’accroche. C’est une nouvelle histoire, nommée notre vie. On l’habite à plusieurs, sans voir à qui revient tel épisode qui insiste. Notre terre est hall de gare, arrivées et départs confondus. On vit dans les brèches, on s’attend, espaces déplacés et présents. On ne sait pas parler, seules nos voix dialoguent, discrètes tenaces. On apprend leur patience, gravité flottante. J’attends l’oubli qui me concerne. On nous promet la mort comme oubli, sans rêve qui harponne. Je me fais passé. On s’y rejoindra, nouveaux exils où j’attendrai les origines. Morts, on attendra la vie. ///15 janvier 2023 >> en vidéo

    Il lui demande, dis une couleur, la première qui te vient. Transparence. Puis elle précise, non pas voir par transparence, mais voir la transparence. Elle dit, parfois la transparence est plus opaque que la plus noire des couleurs. C’est dans un bureau, on dirait qu’elle n’a pas de corps, leurs voix de groupe passent, soudain pressées comme pour éviter son visage. Elle est comme disparue. Le clochard par terre, on le contourne de justesse. Sa transparence, l’odeur qui surprend. La petite terrifiée entre leurs deux corps basculés. Leurs mots, surenchère de violence. Ils ne voient pas son visage pierre, transparent. ///14 janvier 2023

    Tu y es presque et ça s’arrête comme piège. Toujours ce lieu où s’arrête. Alors que presque. Qui ce tu. La manie de te parler au tu. Ça ne fonctionnera pas si je ne se dit pas, comment veux-tu être, si je suis, n’est pas. Prise de mouvement, comme si tout chemin était vie. Qu’importe l’objectif, tu as l’élan. Qui ce tu qui s’arrête aux lignes du presque. Tu dis je parfois, tu t’en excuserais si tu pouvais. Tu dis je comme un tu qui parle au je. Un autre toi. Qui usurpe qui ? Ça ne fonctionnera pas sans je. ///13 janvier 2023 >> en vidéo

    L’ami qui coupe le lien un jour, sans raison, ne répond plus. La jeune fille qui campe devant la porte, mais attend que d’autres doigts l’ouvrent. La psy qui donne des conseils, les mêmes, à tous patients. La collègue qui repasse pour corriger des détails, elle, c’est toujours mieux. La fille qui mange en cachette, la mère qui fait semblant de ne pas voir. L’aîné qui pince en douce le nouveau-né pour confondre sa souffrance avec la douleur du frère. La salariée qui redouble de zèle pour un sourire supérieur. L’ironie comme mépris masqué. La voisine qui pleure la nuit. ///12 janvier 2023

    Premier mercredi du mois, midi. Ici la sirène est code. J’apprends à devenir française, ne pas m’alarmer au son qui monte descend. Descendre et monter me rappellent les abris, nos précipitations. Notre guerre sans mesure d’anticipation. Les alertes n’avaient pas de code, le danger venait sans intermédiaire, direct comme l’instant ; sifflement de bombes, explosions proches, secousses du monde. Sans recours au code-symbole, on savait, se ruait comme sauvages vers les sous-sols. Pour remonter dans le silence des accalmies. Il arrivait qu’on soit blessés ou tués en chemin. Alertes aléatoires, sans la précision parfaitement rodée de la petite sirène en France. ///11 janvier 2023

    Il faut vivre Madame ! La littérature la poésie, ce n’est pas la vie. Faites-vous plaisir, voyez du monde. Lire écrire seraient mourir. À la présence en écriture, préfère le plaisir. Arrête tes doigts, pose les livres. Parler, marcher, cuisiner… la vie. Rire avec les amis. Quitte ton cri, abandonne ton mouvement, renonce. Le réel serait s’occuper, pose tes images, sois utile. Tais les symboles, perds toute vision. Oublie qu’écrire te fait. Que vivre te fait écrire. Traite les mots comme pénible démangeaison, il suffirait de ne pas gratter. Touche les murs, palpe le métal. Obstine-toi à vivre pour vivre. Rampe. ///10 janvier 2023

    « Sommes-nous libres de nos choix ? ». Elle a 17 ans. Dans la hiérarchie de ses études, la philo passe en dernier, on lui demande de réussir sa vie, non la penser. Aujourd’hui, elle s’autorisera cette liberté : écrire, ne pas censurer, se contredire. Sans savoirs ni enjeu, suivre tout mouvement qui émerge. Avoir cette patience-là. Les réponses aussitôt questions. Son plaidoyer pour une humanité libre se conclut sur un paradoxe : « Un marginal agit-il librement quand il choisit sa liberté ? N’est-il pas lui aussi assujetti à des idéaux ? ». Elle a 17 ans, elle savoure que liberté soit apologie et réfutation, en même geste. ///9 janvier 2023

    On ne l’ose pas toujours. On ne l’exprime pas, on s’interdit. On l’adresse autrement. On a le regard qui demande. On a les mains qui attendent rusées. Est-ce que tu m’aimes ? La question qui ne se pose pas bascule en prière. On mise notre âme. On donnerait tout. On s’agrippe. Interpréter douter espérer s’inquiéter souffrir manigancer… Ton sourire me rassure ; tu me parles, ça réconforte… Ni preuves ni absence, on s’obsède. Combien m’aimes-tu ? On ne veut pas de chiffre, l’absolu ne se mesure pas. Plus que ciel, disaient nos mères ; et toi. M’aimes-tu, combien. On perd : aucune réponse ne convient. ///8 janvier 2023

    Comme ça tu t’étonnes. T’étonnes qu’il cesse. Il t’aurait aimé mais maintenant. Sidérée, tu dis. Traitée ainsi, comment peut-il. Vos années, aujourd’hui ça. Tu t’étonnes qu’eux, passifs comme spectateurs, compatissants passifs, c’est pire. Comment ça, tu es surprise. Tu croyais quoi, épargnée parce que toi. Les autres, pas toi. Ce toi d’aujourd’hui est une autre toi. Toi, qui n’es plus. Tu cherches l’erreur, ton faux pas. Ça t’obsède. Réparer. Quelle faute illisible. Réel aussi absurde que ça. Tu rumines pétrifiée, ta révolte est violence assagie. Comme ça, tu t’étonnes quand monde bat d’injustice ordinaire. T’obstines, tu ne mérites pas ça. ///7 janvier 2023

    La chanson comme refrain revenait, une ancienne chanson de Sabah. Demain ma chérie grandira, ira à l’école, on dira que ma fille est bonne élève, ses notes bonnes, toi chérie de ta mère, aimée de tes frères, ta photo grandit dans mon regard, du matin jusqu’au soir, et je me dis c’est bien, elle grandira et sera ingénieure. Cette chanson avec l’accent presque étranger, ces paroles dans la langue qu’on écrit. Chantée dans la langue précieuse des livres, chantée naïve. Ma mère reprenait, exaltait son amour dans des balancements de visage. Moi de sourire, ingénieure j’ai failli, pour toi maman. ///6 janvier 2023

    L’arrogance des mains vides. Il ne les salira pas à toucher quelque autre peau. Il achète. Ce privilège pauvre de souverain sans présence. Ne renoncera pas, se refusera. Avidité de bouche pleine. Il se nettoiera les dents avec le scrupule des bouchers anesthésiés. Il se crispe de politesse, ignore le respect. Il tombe de pitié comme s’abandonner au sommeil, ne s’abaissera pas à compatir. Ne s’échappe pas de lui, son territoire, sa famille. Sa parole est discours. L’élan stratégie. La voix grince synthétique. Il achète, ça paie l’attachement. Quelle attente les maintient là ses côtés. Absurdes règles de nos temps écrasés. ///5 janvier 2023

    Se contenir. Séparer. Soi, l’autre. Passive comme deuxième peau. Ou se décaler. Il faudrait plus de distance. Elle se voit regarder de haut, très haut ; se tenir plus haut encore. Haut combien comment. Lointaine, moins voir mais mieux voir, comme ces attentions flottantes plus affûtées que tous efforts crispés. Le plus loin possible sans perdre de vue la terre. Le monde, petit. Les pays, confondus. Villes et océans, minuscules. Vagues traces de couleur, de formes. Nos maisons, que reste-t-il des maisons de haut, si loin. Où sont les humains, invisibles masses ; leurs animaux. Mais elle, surtout elle, rien. Et disparait. ///4 janvier 2023

    Battre des pieds, réveiller les pierres, que s’agace la vie dans mon sang. J’assiste aux gens, visage chuté. Privée. Ils dévorent mon cri, je suis leur absente. Os bruyants sous peau retenue, genoux comme tourbillons. Que peut-on contre la mort. Depuis sans vous, je ne connais confiance ni mots neufs. Lourde de pertes. Je bats, fruste front. Violence de bouche fermée, suspendre la parole, la fracasser de nerfs. J’écris mon corps boiteux de pensées morcelées. Fatiguer le cœur, que tombent les rancunes sans ennemi nommé. J’entends résonner ma matière jusqu’au pardon. L’étourdissement des coups rendus. Alors peut-être l’abandon sera. L’intime. ///3 janvier 2023
    >> en vidéo

    Quelle est ta couleur préférée. Comme l’amie, qui la meilleure. Comme jour de semaine, quel jour tu aimes. Comme opinion. Ou comme pays, lequel élire pour l’exil. Ton père ou ta mère. Quel prof à l’école. Fruit. Plat. Le plus beau souvenir. Si tu ne devais en sauver qu’une, qu’un. Puis du bleu, si tu retiens le bleu, lequel. Bleu céleste bleu électrique bleu outremer bleu ardoise bleu azur bleu barbeau bleu canard bleu ciel bleu de nuit bleu de Prusse bleu horizon bleu lapis bleu lavande bleu marin bleu pervenche bleu pétrole bleu poudre bleu roi. Et parmi les tonalités du bleu choisi, lequel. Décide, comme pour tout, élimine. Les nuances te perdront. ///2 janvier 2023

    Tu as rejoint le canapé du matin, l’espace du silence comme première compagnie. Lumière particulière. Toi passive alerte en traînées de sommeil. Aujourd’hui tu as pleuré de paradoxes. Te trouver là (retrouver la puissance de cet entre-deux, entre lit et dehors), juste place et seule. Vigueur des matins, c’est ton étrange foi. Tout début est adresse de différence, comme si tu n’étais d’aucune identité, d’aucune histoire. Rompue, autre à la seconde. Tu as la patience de ces surgissements. Mais la perte ? Le matin est aussi abandon des veilles. Et dans ce vertige, ton œil figé. Fragments d’avant bascule. Quelle nécessité. ///1 janvier 2023

  • moi sans moi.

    un moi distant, calmé
    j’essaie un moi de tension basse
    présence en retrait
    un moi sans moi, sans vous. (extrait)

    #LittéraTube​​​ #VidéoEcriture​​​ #poésie​​​ #écrire

    micro journal 300-2023.01.29

  • l’oubli qui nous concerne.

    j’attends le passé
    je suis sans mémoire
    m’accroche
    c’est une nouvelle histoire
    nommée notre vie
    on l’habite à plusieurs
    sans voir à qui revient tel épisode qui insiste (extrait)

    #LittéraTube​​​ #VidéoEcriture​​​ #poésie​​​ #écrire

    micro journal 299-2023.01.28

  • depuis sans vous.

    battre des pieds,
    réveiller les pierres,
    que s’agace la vie dans mon sang.
    j’assiste aux gens, visage chuté (extrait)

    #LittéraTube​​​ #VidéoEcriture​​​ #poésie​​​ #écrire

    micro journal 298-2023.01.22

  • revue Radicale. RADICAL(AME) !

    immense joie d’être publiée (poème et photos) dans le dernier numéro de la revue Radicale. RADICAL(AME) !

    Je remercie Guylaine Monnier et Amelie Guyot pour leur accueil

    💥Sortie du tract de poésie (𝗥𝗮𝗱𝗶𝗰𝗮𝗹)𝗮𝗺𝗲 – version brute N&B 💥

    ❤━━━━En vente 7,32€ (fdp inclus)━━━━ ❤

    Ce nouveau numéro de la revue 𝗥𝗔𝗗𝗜𝗖𝗔𝗟(𝗘) présente des textes de :

    ✨ Laura Vazquez, Maud Thiria, Claire Paulian, Gracia Bejjani, Cécile Pégaz et Solène Planchais

    avec des images de Gracia Bejjani

    En vente: www.pupilles-vagabondes.com/radicale / librairie EXC / librairie L’Ours Vieille Grille.

    Les infos pour la soirée de lancement à EXC Librairie, Paris: samedi 28 janvier, 19h, en présence de nombreuses autrices de la revue – événement FB: https://fb.me/e/2jxvoI2FJ (entrée libre)

  • nos mains ressuscitées.

    …les voix s’empilent derrière les vitres assourdies
    on attend
    on regarde les gens se déverser, répandre leur normalité
    sommes-nous les intrus de leurs nuits
    nous vivons enchaînés à leur fiction (extrait)

    #LittéraTube​​​ #VidéoEcriture​​​ #poésie​​​ #écrire

    micro journal 297-2023.01.16

  • le réel est malentendu nerveux

    …j’ai perdu ma foi d’origine
    ne veux plus de l’espoir, de ses prétendues valeurs
    séparés sans fin
    nous avions conclu l’absence
    vous me perdez sans le voir
    j’écoute la fatigue manquer le silence
    je ne suis d’aucune parole (extrait)

    #LittéraTube​​​ #VidéoEcriture​​​ #poésie​​​ #écrire

    micro journal 296-2023.01.08

  • elles ont toujours tremblé

    les routes battent sans tes pieds
    te bousculent, un jour sera fin
    trop rapide, diraient tes yeux assaillis
    la vie te court devant 
    sols comme pages, tes pas de mots
    tu écris avec l’oubli, contre les violences tues
    tu ne retiens pas la mémoire, sa fuite étroite (extrait)

    réalisée dans la cadre des vases communicants
    Images : Juliette Cortese – Texte et voix : Gracia Bejjani

    #LittéraTube​​​ #VidéoEcriture​​​ #poésie​​​ #écrire #vasescommunicants

    micro journal 295-2023.01.06

  • tu n’es pas souvenirs, tu vis.

    dans ta maison sans toi, je te regarde
    tu émerges du temps, ma compagne de tous lieux quittés
    ta voix tendue de chansons -oui tu chantes encore pour moi-
    tu es de tous les instants, éblouissante surgie
    exister sans mère, ce semblant, sans ta vie
    les seuils me regardent vivre, cachée,
    ni là ni autre (extrait)

    Musique : Omar Yagoubi, le lutin, étude véloce pour piano

    #LittéraTube​​​ #VidéoEcriture​​​ #poésie​​​ #écrire

    micro journal microjournal 294-2022.12.31

  • WAM! n°8 (décembre 2022)

    écrire mon épitaphe ? fait ! et c’est dans le nouveau WAL ! pour le geste, l’écriture de ce comme si…

  • la faim qui attrape.

    faim des ventres pleins
    la faim sans signe, faim qui attrape
    sa bouche mord de colère éphémère
    comme qui n’a pas les moyens de sa puissance
    elle se précipite, rien n’échappe
    douce hostile (extrait)

    #LittéraTube​​​ #VidéoEcriture​​​ #poésie​​​ #écrire

    micro journal 293-2022.12.26