Archives

  • quand la pierre redevient pierre, Beyrouth.

    La rue est bordée de murailles dentelées. Stalactites et stalagmites d’une grotte formée en peu de temps. Nature ne ferait pas plus beau que l’œuvre de ces hasards de balles et d’éclats de bombes. Une splendeur à escamoter les mots ; à glacer le sang, quand on sait. Beyrouth, spectre de pierres.

    Les façades trouées tiennent vaillamment. Par endroits, le socle d’appui est si ténu qu’il semble attendre le prochain souffle (éternuement ou rire) pour s’écrouler. Il résiste. Miracle de béton.

    Les appartements qu’elles abritaient ne sont plus qu’espaces vacants traversés de poussières et de regards fascinés. Monstres éventrés, steppes calcinées dont ne subsiste aucune odeur d’antan. Quatre à cinq étages dans chaque bâtiment. Seules quelques sculptures abstraites survivent au massacre. Combien de foyers pour cette seule rue ? Maintenant, personne.

    De part et d’autre des trottoirs, des lignées de spectres -jadis immeubles, habitations ordinaires- se regardent aujourd’hui. Béants de répliques sans réponse, de brèches sans résolution. Trous sans transparence. Rien ne se voit de ces intérieurs désertés. Lieux ouverts voilant leurs entrailles derrière des murs en forme de squelettes meurtris, de colonnes tordues. Comme autant d’os aux articulations hasardeuses. Va-t-on assister à la capitulation définitive de ces fantômes aux couleurs identiques ?

    Et la pierre redevenue pierre.

    On scrute longuement.

    On surprendra quelques traces de papiers peints aux fleurs brunies par le feu. Non par la chaleur du soleil, mais par le feu. On ne verra rien d’autre. Comme à travers ces rideaux de perles qui semblent montrer, mais ne donnent pas à voir. Le ciment martelé de ces bâtiments est devenu magma de joyaux minéraux monochromes, sombres. Sans transparence, sans musique. Le vent fait pourtant tinter les perles d’un rideau suspendu.

    Cette rue, silence de cimetière. Ses tombes ne s’enfoncent pas dans la terre. Dressées de désespoir digne. Si la densité des âmes ensevelies donne son épaisseur aux cimetières, quels esprits flottent encore ici ?

    également paru dans ici Beyrouth :

  • elle a des griffes aux doigts, les mots.

    il la gifle
    taire ses lèvres de gamine en rage
    elle riposte avec la ferveur des filles
    l’envie de tuer avec les mains
    bras de fer, défendre leur part
    ils se disputent la naissance
    même mère penchée vers leur bouche,
    le souffle soyeux de son visage
    elle écrit comme gifle rendue (extrait)

    micro journal 258-2022.03.13

  • je vous écris myope.

    je vous écris, humbles genoux
    me prends à vos sens
    ne reculez pas
    vous m’êtes interdit
    à votre œil, je me heurte
    j’écris à votre secret
    l’abstraction de votre corps
    je ne le touche pas
    vous écris, plie (extrait)

    micro journal 257-2022.03.12

  • vous n’en parlez jamais.

    vous n’en parlez jamais
    lui dire je suis restée l’enfant
    lui raconterai la guerre d’un enfant
    boue en bouche, je lui dirai
    une joue couvait le jeu, l’autre mangeait le réel
    je lui dirai, j’ai commencé à écrire avec elle, la guerre
    et le tremblement des limites
    écrire enfant sans pages ni mots
    écrire pour me fixer le vrai au corps
    comme me coudre membre fantôme
    racontez-moi la guerre,
    sa voix basse comme main
    on nous nomme, enfants de la guerre
    comme honneur et je le reste
    l’enfant de là-bas, ce passé-là
    la guerre non temps, mais lieu agrippé aux pieds
    l’enfant aujourd’hui, poignée d’anciennes syllabes
    guerre comme haut ciel ne connaît pas sa fin
    répète ses bruits
    fracas de corps par morceaux
    d’immeubles aux odeurs d’acier chaud
    je lui dirai je vois encore ses images fourbues
    comme affreux dessins, sans possible correction
    nos voix biffées, lectures à reculons
    lui raconter les années que je ne comprends pas
    la guerre comme langue morte, qu’on ne parle plus
    éclats de souvenirs pourtant oubliés
    les confessions essoufflés, comme sommeil de souffrant
    parlez-moi de la guerre, il me dit
    la guerre, ma jeunesse improvisée
    lui dire la peur partagée, nos émotions communes
    que la joie est plus simple, en temps de guerre
    le quotidien, ses miettes sacrées
    mes folles envies d’exciter les hommes, les exciter à la folie
    plus court le short, plus libre la poitrine
    promesse de seins qui battent la vie
    je lui dirai dans un effort studieux
    que je suis l’enfant dès qu’il s’agit du pays
    lui parler de ce lieu-là, l’enfance brûlée sur ma peau
    me mettre par terre, lui parler à partir de là
    écrire au sol, humus en bouche
    faire pousser les mots du béton
    les jeter aux nuages, comme nous tombaient les bombes
    lui parler de honte, du flou de la honte
    celle de ne pas savoir, ne plus discerner
    flou du bien ou hantise du mal comme pierres mangées
    le flou de l’Histoire et aujourd’hui, l’impossible récit
    je lui dirai, je n’en parle pas
    demandez aux autres, je suis un enfant.

    festival POEMA, pochette surprise :

  • .

    en marge du matin
    soleil blanc comme lune
    mes yeux, encre vieillie


  • il sera ma peau.

    il sera ma peau,
    enveloppe de chaleur grasse
    m’enroulera comme phrase
    je le retiendrai en moi,
    araignée qui fige le monde
    petite œuvre (extrait)

    micro journal 256-2022.03.06

  • écrire la douleur #17.

    écrire la douleur, y creuser yeux et dents,
    pour surprendre son langage
    elle saisit nos gestes comme l’instinct
    nous donne l’illusion de ressentir alors qu’emportés, en dehors
    écrire, nos stylos seront aiguilles
    leurs pointes, éclats
    écrire la douleur
    tourmenter les phrases
    comme peau par les ongles s’arrache (extrait)

    micro journal 255-2022.03.01

  • sommes-nous clous.

    sommes-nous clous battus
    par quelles mains obscures
    nos têtes martelées en terre d’acier
    pour quelles fautes, quel pardon
    sommes-nous possédés,
    coupables sans nuance (extrait)

    micro journal 254-2022.02.27

  • ventres despotes d’amour.

    lèvres lourdes de poésies
    grasses de soupirs
    nous chavirons comme herbes poussiéreuses
    sommes-nous condamnés à suivre les nuits
    l’absence
    à estomper la plainte
    avons-nous appris à survivre à l’amer (extrait)

    micro journal 253-2022.02.26

  • je vous écris.

    Monsieur le Président,

    Je vous écris, geste ridicule. Je vous écris, comme désespoir se sait et reste. Ma main pathétique. Je vous écris, fou comme le réel. Ce Liban. Oui, ce pays à nouveau et l’intranquillité de toujours. Drame d’aujourd’hui. Écrire « drame » et chercher aussitôt synonyme plus radical qui rejoindrait la démence de ce réel. Dire l’apocalypse aujourd’hui. L’écrire, écrasée par la grandiloquence de ce mot, moi qui aime le langage humble mais ce n’est plus lieu d’esthétique, l’asphyxie est dans la chair, dans les os. 

    Je vous écris et c’est déjà vanité. Vous connaissez mieux que moi mon pays. J’ai cessé de le comprendre dans le confort d’ici, l’ai-je jamais compris ? Je l’ai quitté à 20 ans pour éviter ses opacités, l’ai-je jamais quitté ? Je ne comprends pas mon Liban. Idiote ou étrangère. Pour la première fois depuis l’exil, on m’appelle l’expat, la diaspora et je suis aussitôt écartée. En être, sans en être et souffrir à la folie, comme aimer.

    Je vous écris, cri de foi, aussi incertain et inouï que la foi. Aussi extravagant que la langue. L’indicible, mots marteaux pour tailler ses ombres horrifiques. Certains moqueraient ma lettre, attendris ou méprisants comme devant les petits qui se raccrochent au Père Noël, les lettres qu’ils leur adresse. Oui je vous écris de cette place, de l’enfance jamais désavouée, notre part vitale. Je ne vous parlerai pas politique, ni sempiternelle complexité du Moyen-Orient. J’éviterai ces discours qui recouvrent le quotidien, somment de penser pour ne pas ressentir. Je vous écris pour donner à voir, par la puissance du verbe et son absolution. Parce qu’il s’agirait d’éprouver sans mot, poser pleines pupilles le quotidien de ces humains. Taire tout commentaire, toute analyse, pour regarder juste. S’arrêter devant ces instants vécus, les dérouler, ne pas détourner les yeux malgré la stupeur, le désarroi.

    Quand je regarde, si je vois, j’implose. Esprit, corps explosés comme Beyrouth ce 4 août. Essence pulvérisée. Alors ils retentent de m’expliquer et je redeviens l’enfant que j’ai été dans les abris en temps de guerre, à guetter le sursaut des yeux des adultes pour à nouveau toucher le sens, le salut. Me laisser traverser par la grâce. Je l’ai retrouvée quand vous vous êtes rendus au Liban après le 4 août. Le fol enthousiasme que vous avez insufflé, l’Histoire pouvait reprendre, le récit retrouvait de nouvelles voies. Je me souviens des paroles de ma mère « Tu as un président magique, ma chérie. C’est vrai que tu es partie, mais quand on a eu notre catastrophe, ton président est venu nous rendre l’espoir ». Fière que sa fille soit française, parce que vous, son Président. D’être aujourd’hui félicitée par elle qui n’a jamais accepté mon exil, parce que vous avez pris cette parole, ces actes. Mais depuis ? Le 4 août enfoui sous le silence des Nations. Et plus tard, mes mots vers vous depuis longtemps seront retombés. Ni vous ni moi dans ce futur désignant notre responsabilité collective, d’avoir assisté sans assistance à l’atroce agonie de nos humains.

    Vous connaissez mieux que moi les enjeux géopolitiques, les jeux internationaux, les stratégies imaginées ou effectives. Mais avez-vous au creux du ventre ces visions d’avant//maintenant ? Avez-vous dans la poitrine les souffles croisés de ces temporalités. Les bruits, avant//maintenant, ce que ça fait quand ça résonne dans le corps, éclate dans le sang ? Je ne comprends pas mon pays natal mais j’en garde images, odeurs, sons… et je vacille dans l’avant//maintenant. Et l’après ?  Demain ? Panique d’impuissance. Me retourner vers vous, geste naïf, sans attente précise mais comme l’appel ultime, l’espérance malgré tout parce qu’il est impossible de penser l’après qui se profile.

    Si l’humanité en 2022 n’est pas aussi monde de droits et de dignité humaine, à quoi aurait servi l’évolution ? Nos inventions prodigieuses ? Peut-on laisser mourir un peuple de faim, mourir de honte, mourir sans soins, mourir suicidé, mourir de larmes, mourir de deuil, mourir d’injustice, mourir d’impuissance, mourir d’arrachement, mourir de solitude. Mourir à compte-gouttes comme tortures banalisées, lente mort des condamnés. Mais condamnés par quelles lois ?

    Parce que j’ai appris la nécessité des lois dans le pays d’où je vous écris. Je vous écris entre deux pays, avec mon illusion de dignité, je ne subis pas leur quotidien. Mais comment rester digne si je regarde pétrifiée l’effondrement des miens. Je vous écris avec l’idiote fierté d’avoir un jour choisi d’être Française, sans cesser de me vivre aussi Libanaise, comme possession à mon insu. Comment rester fière quand mes miens sont humiliés, sans réaction possible. Je vous écris au nom de valeurs partagées que j’ai intégrées en devenant Française. Je vous écris pour avoir goûté en France à la douce ivresse de la sécurité. L’état, les institutions, les droits mais aussi les devoirs.

    J’ai pleuré le jour de ma naturalisation, les mots qui ont porté le document officiel jusqu’à moi avaient la densité des promesses qui seront tenues, ici. Droits, devoirs, civisme. Pleuré de gratitude, pleuré d’avoir des droits, des devoirs. Du contraste entre mes deux pays, de ce que nos jeunes ne connaîtront pas, pour être nés de l’autre côté de la mer. Aujourd’hui les larmes sont de pierre, d’acier. J’aurais honte de pleurer, honte de cette eau sur les joues, ce sel qui réconforte. Je n’ai pas le droit à la mélancolie. Nous sommes au-delà de la tristesse, de la colère, de toute émotion qui trouverait étiquette. Je les retiens toutes ; ne pas vaciller, serrer les dents et écouter. Aujourd’hui, je regarde sans arriver à joindre le visible à l’assimilation de ce visible.

    Demander de l’aide ne nous pose pas en victimes, mais devant la seule réalité irréfutable, notre abjecte impuissance sans le secours extérieur aujourd’hui. Demander de l’aide ne dénonce pas de coupables. Oui nous sommes aussi responsables, et surtout de nos élus comme vous aviez répondu. Tous responsables. Je vous écris, geste fou, main puérile. M’insurge contre tous discours qui désignent tel ou tel pays de notre malheur, s’il ne nous joint pas aux assises. Nous sommes responsables mais de quoi serions-nous autant coupables ? Le châtiment est féroce, je vous écris, vous implore de regarder. De revenir nous rendre l’espoir. La dignité.

    La mise en actes est aujourd’hui urgente, nous n’avons plus d’espace pour les qualificatifs, les spéculations. Mon peuple se meurt de la pire des morts, l’anéantissement ordinaire. 

    Monsieur le Président, je vous remercie de me lire.

    également paru dans ici Beyrouth :

  • l’enfant que je n’ai pas eue

    De ses mains impuissantes à exorciser le mal, elle me désigne le lieu du dos, ici, c’est ici. Douleur de ce qui se casse, l’emprise des maladies sans contagion mais je souffre de seulement la toucher comme par contamination électrique. Bruissement de mon amour, petite éternité.

    Ce n’est pas de ma faute si j’ai mal. Ma mère, comme l’enfant que je n’ai pas eue. M’implore de ses yeux sans demande, regard étiré d’inquiétude, si grande que vague. Pardon de souffrir … Ma mère s’excuse de souffrir comme l’on porte nos vies, coupables imaginaires. Avec son corps, ce vivant friable, comme proie à ses côtés. Je hais me plaindre, j’ai mal. La douleur est attente, pulsions de nerfs. Spontanée sans naturel, la sensation mordante revient, réglée, fidèle. On voudrait perdre, se tromper. Son retour comme cycle, triste diapason au rythme serré du sang. On la guette, on la verrait, l’immatérielle, tranchante comme signes sans adresse.

    Corps serré dans le visage aux joues prunes, yeux qui fixent comme pour contrôler le diable, la douleur est obsession simple, fatigue de matière rigide. Ce n’est pas de ma faute, je ne fais pas exprès. Ma mère comme l’enfant que je n’aurai pas. Sa douleur focalise ma peau, sursauts d’étincelles noires. Je suis incapable d’aide, présence essoufflée de tendresse vaine. Apprendre le désarroi, rêche sans l’ombre des mots. Le corps par morceaux, n’a de repos que somnolence sans détente. Ma mère se raccroche, majestueuse de solitude, de fragilité.

    Ici, c’est ici et elle prend ma main pour la guider, comme si de palper les os à leurs endroits précis me permettrait de comprendre sa souffrance, comme de caresser un chat pour créer le lien.

    La douleur est rage involontaire, elle plie la parole comme saison oubliée. Tranche le réel, montage factice d’humanité absurde. De terre futile. Le récit se crispe dans les bras, opaque de bouche close. Je ne dirai plus, me plains pas.

    Maman balbutie sa douleur chaude, ma présence à ses côtés, paupières de paralysie grise. Lien catapulté, comme voix de mélancolie. Il suffit de regarder ses yeux pour voir immobilisés les pleurs d’autres drames. Le dos, les os, la jambe… le mal tournoie, fuit le cœur dans des recoins épuisés.


  • Ton père a froid.

    Ton père a froid La voix de ma mère murmure, simple, familière. Se mêle aux paroles du prêtre. À la messe, je suis l’enfant perdue dans les langues sages, j’écoute pour ne pas ressentir, engourdie de flottement sonore, prétexte à rêverie sérieuse. Je t’ai touché après une vie à éviter la présence. J’ai caressé ton front, ta joue. L’amour de ma main sur ta peau. Oser ton visage endormi. Garder de toi l’image de ta peau gelée sous mes doigts inutiles, tu ne les sentiras pas. Ton père a froid, elle répète. Je n’ai pas répondu. Mon père est froid, il est glacé. (extrait)

  • ton père a froid

    Ton père a froid
    La voix de ma mère murmure, simple, familière. Se mêle aux paroles du prêtre. À la messe, je suis l’enfant perdue dans les langues sages, j’écoute pour ne pas ressentir, engourdie de flottement sonore, prétexte à rêverie sérieuse.
    Je t’ai touché après une vie à éviter la présence. J’ai caressé ton front, ta joue. L’amour de ma main sur ta peau. Oser ton visage endormi. Garder de toi l’image de ta peau gelée sous mes doigts inutiles, tu ne les sentiras pas.
    Ton père a froid, elle répète. Je n’ai pas répondu. Mon père est froid, il est glacé. Je n’ai pas corrigé. Mais les mains de ma mère se raccrochent au bois pour éviter à son corps de tomber, comme glisserait du banc un vêtement léger. Je prends sa main froide, je peux réchauffer son sang. Ses doigts entre les miens ne se résignent pas, tiède vie lui revient à nouveau. Je me colle à ses côtes de perte. Qui pour réconforter l’autre du vide ?
    Ton père a froid, par quelle fatigue ses mots agissent d’autres réels : mon père comme nu, il suffirait d’une laine. Mon père-âme dans son corps devenu forme longue, comme l’élan. Matière d’âme que sa chair nouvelle.
    Autel de fleurs blanches ; ne pas voir les lèvres du prêtre, les phrases sans lèvres comme bercements de musique. Mêmes corbeilles blanches des cérémonies obscurcies de douleurs. L’humain se répète, habille ses rites de gestes minéraux. Les mêmes, nous sommes aussi nos mêmes.


    Le froid de ton front. Peut-on se liquéfier de froid ? Je fonds à mes pieds, entière. Parce que c’est toi. Terribles mouvements que ces bouts de moi qui partent avec toi.
    Est-ce que je suis capable d’amour ? Mes bras empêchés, l’immobilité tristesse.
    Il a froid, pudique rythme que les mots de ma mère contre l’absence qui s’installe dans le corps enfermé à sa droite, témoin silencieux de sa dernière messe. Il a froid. Elle sait, 65 ans d’existence commune. Elle fixe le prêtre et le redit bouche immobile, comme indication secrète à transmettre sous des yeux ennemis.
    a, est, froid. Passage d’être, comme écriture et légende. Je connaissais ce froid sans secours, images rassemblées entre récits et savoir.
    Ton corps sera le premier à me dire la mort de face, me pétrifiant avec toi, de ce froid touché. M’éduquer à mourir, comme tu m’as donnée à la vie.
    Mon père statue, en être à jamais saisie.

    également paru dans ici Beyrouth :


  • mots.impro#09 – je tombe.

    j’improvise, mots de hasard
    je tombe

    #short​​ #impro​​ #litteratube

    mots.impro #9 – 2022.02.08

  • je serai la rime qui agace.

    je m’étourdirai de lui
    son rire inattendu
    promesse
    je tournerai autour, comme vertige d’escalier
    il sera ma fatigue sans raison
    mon calme brun
    je parlerai à son absence (extrait)

    micro journal 252-2022.02.07

  • mots.impro#08 – peau.

    j’improvise, mots de hasard

    peau

    #short​​ #impro​​ #litteratube

    mots.impro #8 – 2022.02.01

  • il sera mon idée de l’amour.

    on sera montée de longs matins
    j’inventerai sa peau à toucher
    contre moi, pourtant loin
    il sera mon trouble, corps décalé
    sang se hâte
    il sera mon idée de l’amour
    comme récit, je le dirai
    éviter vivre, il sera le détour (extrait)

    micro journal 251-2022.01.31

  • mots.impro#07 – lumière.

    j’improvise, mots de hasard
    lumière

    #short​​ #impro​​ #litteratube

    mots.impro #6 – 2022.01.30

  • mots.impro#06 – manque.

    j’improvise, mots de hasard
    manque

    #short​​ #impro​​ #litteratube

    mots.impro #6 – 2022.01.29

  • mots.impro#05 – miroir.

    j’improvise, mots de hasard
    miroir

    #short​​ #impro​​ #litteratube

    mots.impro #5 – 2022.01.28

  • mots.impro#04 – table.

    j’improvise, mots de hasard
    table

    #short​​ #impro​​ #litteratube

    mots.impro #4 – 2022.01.27

  • mots.impro#03 – bruit.

    j’improvise, mots de hasard
    bruit

    #short​​ #impro​​ #litteratube

    mots.impro #3 – 2022.01.26

  • mots.impro#02 – les dents.

    j’improvise, mots de hasard
    les dents

    #short​​ #impro​​ #litteratube

    mots.impro #2 – 2022.01.25

  • MotsImpro#01 – disparaître.

    j’improvise, mots de hasard
    disparaître

    #short​​ #impro​​ #litteratube

    MotsImpro #1 – 2022.01.24

  • j’abuse de mots goudronnés – petits fantômes #10.

    et tu reviens, te répètes
    dans toujours ma main
    ton poids de rien retient mes doigts
    battre cœur, je ne t’ai pas entendu
    la chaleur du sang dans ma main
    je ne t’ai pas retenu
    le sang est feu (extrait)

    #LittéraTube #VidéoEcriture #poésie

    micro journal 250-2022.01.21

  • il aurait fallu te faire araignée.

    il aurait fallu ne pas te chercher sur leurs visages
    ne pas te figer de regards
    il aurait fallu choyer le lien comme sommeil quotidien
    corps proches, sans trop, mais rester
    te tenir immobile, attendre
    comme poussent herbes malgré l’asphalte
    ne pas quitter
    aurait fallu
    ne pas faire l’exilée l’étrangère l’expatriée fille de diaspora
    l’enfant prodigue, de toi (extrait)

    texte et vidéo : Gracia Bejjani
    musique : Stewen Corvez

    micro journal 249-2022.01.16

  • ta voix, visage de pierres muettes.

    ta voix, ma douleur
    ta voix est visage de pierres muettes
    mon corps te répète,
    on vit à deux dans mes veines
    toi, moi, le monde
    eux dans mes cellules de colère
    veille désarticulée
    aimer serait prière brutale de larmes (extrait)

    micro journal 248-2022.01.09

  • lui dire l’oubli.

    vous n’en parlez jamais
    votre maison reculée,
    étrangère de silence
    le souffle de son ventre
    sans vous aux portes des chambres,
    d’autres mondes
    lui dire l’oubli, j’ai oublié mes formes
    perdu l’espace de mes yeux indécis (extrait)

    micro journal 247-2022.01.07

  • écrire par terre #16.

    écrire, piétiner la langue
    la mettre en pièces
    écrire par terre pour déterrer le sens
    arracher les mots à la gravité
    s’éparpiller comme pensées éclatées
    écrire serait tomber par morceaux comme en automne
    illisible parfois, nébuleux (extrait)

    LittéraTube #VidéoEcriture #poésie

    micro journal 246-2022.01.01

  • oreilles plus hautes que crânes.

    vivre à visage détourné, on le sait
    prisonniers de dénis immémoriaux
    on n’appartient plus
    sauvages fragiles de villes obsédées
    on retourne
    marcher sur nos terres passées
    leur lumière assomme nos yeux (extrait)

    micro journal 245-2021.12.31

  • quand ton histoire te précède.

    nos visages, comme murs meurtris
    sourires vitrés sur secrets inutiles
    nos corps traversés de vide
    dehors comme dedans, nous ne sommes contenus
    nos identités traînent aux seuils (extrait)

    micro journal 244-2021.12.28

  • portraits vivants • pascal perrot – écrire les murs 4/4

    « Improezigraff », je me suis rendu compte après coup que j’étais, à ma connaissance, le seul à faire ça… à la fois de l’impro, de la poésie et du graff.

    rencontre avec… pascal perrot autour de l’écriture, épisode 4/4
    LittéraTube #VidéoEcriture #portrait

    portrait

  • portraits vivants • pascal perrot – écrire les murs 3/4

    « On sous-estime parfois la résistance de la matière. Au début je paniquais quand une craie cassait, puis j’ai compris qu’il y a toujours un moment où la craie casse. Je ramasse les morceaux maintenant, je reprends et avec les bouts de craie, je continue à écrire. »

    rencontre avec… pascal perrot autour de l’écriture, épisode 3/4

    LittéraTube #VidéoEcriture #portrait

    portrait

  • portraits vivants • pascal perrot – écrire les murs 2/4

    « Ça ne se fait pas à votre âge d’écrire sur les murs »… »
    rencontre avec… pascal perrot autour de l’écriture, épisode 2/4

    LittéraTube #VidéoEcriture #portrait

    portrait

  • portraits vivants • pascal perrot – écrire les murs 1/4

    « Cinq minutes avant, j’ignore totalement ce que je vais écrire, c’est souvent le mur qui m’appelle… »
    rencontre avec… pascal perrot autour de l’écriture, épisode 1/4

    LittéraTube #VidéoEcriture #portrait

    portrait

  • me dire que je n’arrive pas nue.

    terre mer, même surgissement
    mêmes nuages comme pierres de feu
    même sentiment vague
    frappe en moi, à l’approche du sol
    mêmes torrents de lumière précèdent les yeux
    je reviens froissée d’images
    mêmes immeubles se précisent,
    debout comme troncs coupés (extrait)

    micro journal 243-2021.12.25

  • il sera mon seuil, ma fuite.

    il me sera lieu
    je me tairai dans son silence
    il écoutera ma langue familière
    sans comprendre, il sera pris
    le silence à ses côtés, comme destination immobile
    près de lui, je connaîtrai le temps
    ses secondes verticales
    le temps, dans l’ampleur de ce silence (extrait)

    micro journal 242-2021.12.23

  • 1. 2. 3. terre.

    1. 2. 3. terre
    tu veux arrêter le monde, pieds d’enfants
    poser tes os au sol, comme armes vides
    bras immobilisés, 1. 2. 3.
    comme s’il suffisait de s’arrêter pour stopper la vie
    ta peau traversée de sermons, ta peau fatigue (extrait)

    micro journal 241-2021.12.19

  • nos vies d’instants froissés.

    ni la vie ni la mort
    comme lignes d’alphabet
    la langue est étroite,
    ses mots suspendus me regardent
    syllabes pauvres
    je capitule, geste de poignet clos
    de ciel tombé à terre
    tes yeux comme chaise vide (extrait)

    micro journal 240-2021.12.18

  • Décharge n°192 & WAM n°4 (décembre 2021)

    joie d’être publiée dans
    • Décharge avec plusieurs extraits de mon recueil Fureur de Seuils
    • WAM (nouveau noir-beau), avec une sélection de poèmes
    Merci aux deux éditeurs et merci à Milène Tournier pour sa préface de mes textes dans Décharge

  • je ferai peau de ses mots.

    ses joues me seront paumes
    pour ses yeux, ma douceur liquide
    je ne le toucherai pas des mains
    l’écoute, comme attente
    intime distant
    je serai sa volte-face, sa stupeur ordinaire
    il sera mon miracle animal (extrait)

    micro journal 239-2021.12.09

  • je serai choses distraites.

    je tomberai comme neige
    comme silence
    tomber de vents soulevée
    telle la chute allège
    je m’oublierai
    morceau d’ombre sans poids
    je serai passivité d’objet
    cage de ventres ouverts
    ni sens, ni révolte
    comme d’emmurer le vide (extrait)

    #LittéraTube​​ #VidéoEcriture​​ #poésie​​

    micro journal 238-2021.12.05

  • j’aurai l’amour des tables.

    me faire objet
    comme objet, arrêter le sang
    arrêter ma main
    le mouvement des os
    nerfs sans trembler
    une table par exemple,
    je serai comme table
    grincerai, ça ne sera pas douleur (extrait)

    #LittéraTube​​ #VidéoEcriture​​ #poésie​​

    micro journal 237-2021.11.29

  • portraits vivants • marine riguet – écrire 4/4

    « parler c’est aimer aussi… »
    rencontre avec… marine riguet autour de l’écriture, épisode 4/4

    LittéraTube #VidéoEcriture #portrait

    portrait

  • portraits vivants • marine riguet – écrire 3/4

    « dans nos formes de publication, on est en permanence en contact avec une réception immédiate, directe et visible, exprimée en permanence à travers les réseaux sociaux, les commentaires… »
    rencontre avec… marine riguet autour de l’écriture, épisode 3/4

    LittéraTube #VidéoEcriture #portrait

    portrait

  • portraits vivants • marine riguet – écrire 2/4

    « c’est une mise en dialogue avec tout ce qui nous entoure… on se prend soi-même comme un élément du réel avec lequel on compose »
    rencontre avec… marine riguet autour de l’écriture, épisode 2/4

    LittéraTube #VidéoEcriture #portrait

    portrait

  • portraits vivants • marine riguet – écrire 1/4

    « ce mouvement de vie est tellement entier qu’il est dans l’interaction déjà… la création part toujours de l’interaction »
    rencontre avec… marine riguet autour de l’écriture, épisode 1/4

    LittéraTube #VidéoEcriture #portrait

    portrait

  • la peur d’un jour ne plus me souvenir.

    le téléphone recule le monde
    je vois dans cette absence-là
    je filme comme aimer à distance,
    obsession floue
    le téléphone répète,
    superpose des pans de réels incertains
    il écarte les corps, gestes en relief
    je filme, un jour je me tairai (extrait)

    #LittéraTube​​ #VidéoEcriture​​ #poésie​​

    micro journal 236-2021.11.20

  • j’ai filmé de mes trois yeux aveugles.

    j’ai voulu filmer le brouillard,
    attraper le rire de ma mère
    coffrer ses yeux dans mon corps,
    comprendre ce que taisent les visages
    filmer, retenir par cœur ses paupières,
    friables, saisies par la peau
    leur sel, nappe de secrets
    j’ai filmé de mes trois yeux aveugles (extrait)

    #LittéraTube​​ #VidéoEcriture​​ #poésie​​

    micro journal 235-2021.11.14

  • j’ai voulu filmer le brouillard de nuit.

    j’ai voulu filmer le brouillard de nuit
    son pouls apnée
    mon appareil m’a fait face
    le brouillard comme silence avale ses flots
    égare mes doigts
    filmer sa fuite inversée
    ses fumées jetées sur moi (extrait)

    #LittéraTube​​ #VidéoEcriture​​ #poésie​​

    micro journal 234-2021.11.11