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sourire ou se taire du visage.
sourire des dents
comme on saigne du nez
sans prévenir
pour ne pas parleron précipite les lèvres
sourires invasifs
bouches qui débordent
comme flaque (extrait)#littéraTube #VidéoEcriture #poésie
micro journal 456-2025.10.05
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oublier pour apprendre.
le bruit d’une main sur la peau
les couleurs du matin
le mouvement d’un visage
le goût humide du pain
l’odeur de fatigue dans le corps
…
faut-il se souvenir pour être sûre d’avoir vécu ? (extrait)• conception, texte, montage : gracia bejjani
• sélection d’images provenant
de ressources libres de droits#littéraTube #VidéoEcriture #poésie
micro journal 455-2025.09.28
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aux endroits du corps qui ne rêvent pas.
soleils emmurés
dehors comme dedans
je vis dans leurs bruits
ça bourdonne, s’immisce
ça bavarde, zigzague, exige
ça s’oppose, ça inquiète, isole, ça fascine
ça bredouille, refuse, implore
ça freine, pousse, ça autorise parfois (extrait)#littéraTube #VidéoEcriture #poésie
micro journal 454-2025.09.21
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comme dans un voyage.
Dans l’ascenseur, mesurer les phrases accordées au nombre d’étages.
En dire moins parfois, jamais plus. Le tempo, comme en poésie.
Dans l’ascenseur, on joue à deviner l’étage.
Polis, précéder leur geste vers le bouton. (extrait)#littéraTube #VidéoEcriture #poésie
micro journal 453-2025.09.13
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et le béton semble respirer.
on entend la lenteur des mots
le vide entre les lettres
respire, à peine
l’attente
des mots si lents qu’à l’arrêt
s’inventent alors d’autres langages (extrait)Installation filmée :
“The Healing Machine” de Emery Blagdon
Exposition : L’Art Brut – Grand Palais, Paris#littéraTube #VidéoEcriture #poésie
micro journal 452-2025.09.06
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le piège des mots qu’on aime.
il s’agira d’être rapide
prendre ce temps
aller vif
comme un battement affolé
retour obstiné au même
autre sous la peau (extrait)#littéraTube #VidéoEcriture #poésie
micro journal 451-2025.08.29
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𝐯𝐨𝐢𝐫 𝐝𝐨𝐮𝐛𝐥𝐞.
expérimenter
deux visions
d’un même texte#littéraTube #VidéoEcriture #poésie
micro journal 450-2025.08.23
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sans mot.
Depuis quelque temps, la peinture.
Le silence de la peinture. Corps, formes, couleurs.
Je viens de terminer un nouvel essai : dessiner et colorier des fragments, que je colle ensuite, au fur et à mesure, sans intention préalable. -
mais du silence.
…le miroir devrait se retourner
rendre les visages prêtés par la mère
ses mimiques quand elle lui parlait
nous l’avons vue parler au miroir et rire
nous aurions dû retenir ses paupières d’alors
ce fracas de vie (extrait)#littéraTube #VidéoEcriture #poésie
micro journal 449-2025.08.14
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un jour le port de Beyrouth.
(…) Un jour, le port de Beyrouth a explosé. J’ai écrit, publié des textes pour éprouver le réel, comme on touche une plaie. L’obsession des traces. Depuis, seul ce qui est écrit semble vivre. Lire, écouter, voir pour reconnaître. Éloignée, attachée. Je me suis répétée, sûrement. Comme pour retenir de nouveaux mots, ici de nouvelles réalités. J’ai mis du temps. Je mets du temps. Cette minute. Je me souviens. Et puis, l’abandon.
Le réel ne s’excuse pas (extrait)#littératube #VidéoEcriture #poésie #liban #beyrouth
micro journal 448-2025.08.09
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leur langue comme vent.
…ils ont cette audace
rien ne s’évite
ils occupent chambres, ventres
et temps
claquent de lumière (extrait)#littéraTube #VidéoEcriture #poésie
micro journal 447-2025.08.03
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d’un même ventre terrestre.
attendre
au plus près du sol
— l’attente est lieu
.
les phrases
s’écrivent, offrandes de corps couchés
pensées se souviennent (extrait)#littéraTube #VidéoEcriture #poésie
micro journal 446-2025.07.28
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le possible des mots.
l’enfant
flaques aux pieds
corps et nuages à l’envers
dévorés
.
la peur
.
tout fait semblant (extrait)#littéraTube #VidéoEcriture #poésie
micro journal 445-2025.07.19
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mon corps cherche la mer.
à ce stade de la nuit
mon lit — terre aquatique
les draps se soulèvent
comme vagues tièdes
ça s’installe dans les creux
le bas du ventre
la peau molle (extrait)#littéraTube #VidéoEcriture #poésie
micro journal 444-2025.07.14
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comme un courant d’air entre les omoplates.
on était tenus — entiers
peut-être
forme close intacte
puis on s’est blessé un jour
d’un souffle d’un rien
un fil cassé dans la couture du réel
et la trame se défait (extrait)littéraTube #VidéoEcriture #poésie
micro journal 443-2025.07.05
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juin 2025 | carnet
Torrents d’eau dans les escaliers du métro parisien pendant que je regarde un film sur la fin du monde.
Les mots de Trump. Comment faire encore confiance aux langues ?
Partout, nos têtes baissées. Plus d’empreintes que de doigts – emprise d’écran. Visions courtes, rétrécies Oreilles pleines, tous azimuts.
Nos irritations à la moindre contrariété. S’agacer par réflexe ou par fatigue ?
Des lèvres remuent, voix de peu.
Des phrases me reviennent. Elles se répètent, m’empêchent de penser.
Les couloirs du métro caricaturent le mouvement. Illusion de traverser ensemble.
Devant les amis, devant les inconnus, je suis touchée, concernée mais autre. L’isolement. Même.
Pour quelques minutes d’attente, on le sort. Moi je prends mon bic, ma riposte. Même obsession, même geste – seul l’objet se déplace.
Écrire ne tait pas le silence, il l’évide, le retourne. L’autre silence afflue. Semblable à cet indéfini qui circule entre rêve et sommeil.
Bic, carnet et couleurs. Mon écriture à la main, peut-être elle, unique. À l’écran, des lettres identiques, tapées par nos différences.
Aucune certitude de singularité, il ne suffit pas d’une graphie personnelle pour créer une voix.
Appel à sosies, mais pour l’écriture (forme et fond – deux appels).
Se relire ressasser : retrouver l’humilité.
On fixe les numéros affichés, persuadés de les aider à se précipiter jusqu’au chiffre attendu. Désintérêt aussitôt après.
Des papillons sur la couverture du carnet ? Des étoiles sur mon autre. Je me souhaite peut-être, envol et éclat.
Nouvelles tendances en communication : décaler l’attention. Sur une pub pour les lunettes, la femme affiche une énorme glace contre ses lèvres, un cornet. Plus loin, un mannequin aux dents si blanches, si bien plantées, que la belle semble se tromper de message en vantant une crème solaire.
La danse, le rire… le corps a cette liberté totale. Au malaise, on jugerait ridicule cet être joyeux et sans contrainte.
Groupes d’enfants dans le métro. Les bras des animateurs ne contiennent pas le désordre. Quai comme cours de récré transposée.
Certains cheveux donnent envie de caresser les têtes. Il suffirait de peu. Je m’en empêche évidemment. Si proche, je pourrais.
Elle répète : Villejuif, Villejuif… Se le répète. Déçue ou contente ? Je retiens la question.
Une dame et son petit-fils grandi. Ce n’est plus l’enfant, une nouvelle langue se cherche entre eux.
Ma première parole du jour, non désolée. Désolée de quoi ? Ma réponse précède les voix.
Devant moi dans la rue, un homme, une canne. De sa main gauche, il touche sa fesse pour soutenir la marche.
Au comptoir d’une salle d’attente comme seule en scène : Je n’aime pas les chats. C’est comme ça. Je déteste les animaux. Oui, tous. Moi, c’est les humains que j’aime. Ses collègues rient. Languette à la main, nous attendons d’être appelés.
Au réveil, paupière supérieure meurtrie. Petite rougeur mais le corps entier abattu. Comme si le rien de la lésion entraînait à terre toute vitalité. Et ce corps grand-maître achève l’élan. Apathie en diapason.
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grammaire de l’absence.
chtaktellak
اشتقتلك
je suis en manque de toi
ta voix le sait
je l’écoute encore (extrait)littéraTube #VidéoEcriture #poésie
micro journal 442-2025.06.28
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comme cousus au sol.
je ne suis pas en danger
j’ai un drap
jusqu’au visage
ce n’est pas le tonnerre
ce n’est pas l’orage
mêmes déflagrations s’abattent
nous avons appris à distinguer :
ciel ou guerre, d’autres foudres (extrait)littéraTube #VidéoEcriture #poésie
micro journal 441-2025.06.21
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ton corps et ses mots bas.
…ni pensée ni silence
des voix sans seuil
ça s’entend de nuit,
quand les mères se taisent
les voix passent sur toi, en toi
on ne te veut pas de mal
on ne te parle pas
tu entends les odeurs de leurs étreintes
sueurs frottées
l’odeur comme bruit s’accroche (extrait)#littéraTube #VidéoEcriture #poésie
micro journal 440-2025.06.15
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Lettres d’hivernage IV
Joie d’être publiée avec plusieurs textes et photos, dans le quatrième numéro de « Lettres d’hivernage », revue éditée par La Kainfristanaise. Merci à Stève-Wilifrid Mounguengui à Sarah Combelles et à tous les poètes réunis…
Revue à retrouver sur Lettres d’hivernage numéro 4 – Poésies des opprimés
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mémoire froide.
elle pose des post-its partout
pour ne pas oublier la vie
quand elle — tellement oubliée
sur le miroir :
réalité en cours de rechargement
dans le frigo : mémoire froide, à surveiller (extrait)littéraTube #VidéoEcriture #poésie
micro journal 439-2025.06.06
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écrire debout.
« écrire debout », ma contribution à une proposition de Remue Net .
Texte inspiré par une photo de Patrick Chatelier.
À lire sur remue.net
https://remue.net/gracia-bejjani-ecrire-debout -
derrière les choses de ce monde.
le temps ne répare pas
je renonce à sa fatigue
pour un souffle
cet instant où l’amour apaise
l’enfin certitude d’aimer
de tenir la douleur (extrait)littéraTube #VidéoEcriture #poésie
micro journal 438-2025.05.25
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terre carnivore.
Nous, je voyais. Je nous voyais plus d’une. Nous. Et je pouvais ainsi traverser les sols invisibles. Poser nos pieds sans crainte d’être mangées par en dessous. Mâchées, recrachées plus loin. Terre carnivore sous son habit de feuilles. Quelque chose de mou sous les semelles. Il fallait se méfier de la douceur. (extrait)
littéraTube #VidéoEcriture #poésie
micro journal 437-2025.05.19
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ne pas voir vieillir nos mains.
quand les rochers
comme végétaux sans saison
leurs instants arrêtés
si fixes que mobiles — autrement
doux monstres
comme au ciel, les nuages (extrait)littéraTube #VidéoEcriture #poésie
micro journal 436-2025.05.11
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notre attente orpheline.
ils nous écoutent
j’écoute, ils disent
n’entendent que leurs pensées
crânes pierreux aux grimaces fossiles
on ne saura rien d’eux
ils ne sauront rien de nos rythmes (extrait)littéraTube #VidéoEcriture #poésie
micro journal 435-2025.05.03
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puisqu’il le faut.
#littéraTube #VidéoEcriture #poésie
micro journal 434-2025.04.28
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n’entends qu’à voix basse.
je n’entends
qu’à voix basse
avec les yeux — entends
revenir sous ma main
mes disparus
mon geste les retient
je le sais
bascule qui arrête et réveille
d’autres cadences
quand les morts disent
l’inachevé (extrait)littéraTube #VidéoEcriture #poésie
micro journal 433-2025.04.21
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« Dire le Liban ».
joie d’avoir contribué à « Dire le Liban », ouvrage collectif dont le lancement aura lieu le 26 avril, entre 17h et 20h, au Souk el Kotob (Liban)
(ventes reversées à une organisation non gouvernementale internationale dont le nom sera dévoilé lors du lancement)
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quand trop dire bégaie d’aplomb.
𝒄𝒂𝒓𝒏𝒆𝒕 𝒅𝒆 𝒎𝒆́𝒕𝒓𝒐
qui qui qui
dis-moi qui qui
sa voix de père sur le quai
il marche vite
yeux invisibles, penchés sur elle
sa petite à côté
ne répond pas
par le silence échappe
mitraille de qui dans la peau (extrait)littéraTube #VidéoEcriture #poésie
micro journal 432-2025.04.12
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zankha.
J’ai toujours vu ma mère porter verres, assiettes, poêles près de son nez et vérifier. Les humer attentivement à plusieurs endroits. J’entends encore ce bruit saccadé de petit vent reniflé. Vu le haut de son crâne se pencher, ses cheveux bouclés comme animés par ses mots : j’ai l’impression que ça sent encore. Me tendre ensuite tasses, plats, couverts… attendant que je la rassure : ça va, ça ne sent plus l’œuf. Ma mère et ma grand-mère. Et les tantes, les voisines. Je les ai toujours vu vérifier les odeurs après la vaisselle. J’ai appris. Commencer par un rinçage à l’eau froide (l’eau chaude, j’ai appris, fixe les odeurs), ne pas frotter trop fort, puis bien savonner. Caresser la surface lavée lissée de l’assiette, comme pour réconforter sa peau. Ou la remercier du service rendu. Puis à nouveau renifler pour être certaine. Relaver à deux reprises pour ôter le moindre doute. L’eau de Javel parfois, comme recours ultime, assurance radicale de propreté. Aérer, toujours.
Comme maman, sa mère, les tantes, les voisines… je me suis longtemps défiée de l’odeur des œufs. Elle a sa désignation, Zankha. C’est également l’odeur du poulet cru, du bœuf avant la cuisson, l’âcreté du poisson… Et le même rituel à chaque lavage. Des odeurs animales fortes, celle des œufs est plus insidieuse. Mais tout aussi tenace, désagréable. Au Liban et depuis mon enfance. J’ai regardé et intégré cette méfiance, envers l’œuf surtout.
Un jour, je suis arrivée en France. Surprise par l’indifférence des amis face à la zankha. Il me semble que l’assiette garde une odeur d’œuf non ? Prendre sans le vouloir la voix maternelle, l’inquiétude familière de ma mère. L’étonnement des autres devant ma question. Et les réponses unanimes ici : la viande, le poisson, je veux bien, mais les œufs ? Un œuf, ça ne sent rien, à moins qu’il ne soit pourri. J’ai fini par abandonner le réflexe de confirmer auprès d’eux, j’ai conservé le sentiment d’une obsession qui résiste. Singulière. Comme coupée de leur réel.
Un jour, j’ai cessé de sentir l’œuf sur la vaisselle. J’ouvrais désormais le frigo sans rien remarquer. Aucune alerte, aucun geste de vérification. Comme de ne plus percevoir une couleur. Affronter un silence olfactif qui aurait terrifié maman. J’ai compris avoir assimilé la France. C’est comme l’âge qui nous vient sans progression, un jour on se sait vieilli sans l’avoir vu arriver. J’ignore comment j’ai perdu cette perception. Je ne me suis pas vue renoncer à ces actions de contrôle. Les viandes animales ont gardé leur marque olfactive, les œufs sont devenus comme inoffensifs, neutres. Et cette perte de vigilance, c’est comme d’avoir égaré un pan de langue maternelle qui me reliait à nous. Je vérifie autrement, teste auprès d’amies restées au Liban, restées fidèles à ce sens particulier : l’œuf cru pue, même frais. Ça tombe, l’écho catégorique du passé qui perdure sur place.
Aujourd’hui cette odeur s’agrippe à un mot. Une texture. Zankha. Un mot sans besoin d’adjectif. Sa sonorité musculaire, ses syllabes accrochent les souvenirs. Pour ne pas perdre cette odeur, pour ne pas me perdre dans son absence, il me faut la fixer autrement. Et comme tous mots, sa présence est saveur en bouche. Je ne la sens pas, mais elle est incorporée. Dans ma salive peut-être, sous ma peau, dans la rime du geste de ma mère. Zankha, il me suffit de désigner et la parole déroulera la suite. Ce mot manquant à d’autres langues, ce mot sans équivalent, est le réel qu’il me permet de toucher. Je ne me souviens pas de l’odeur, mais des corps autour. Et de l’importance des odeurs dans les cuisines libanaises. J’ai ainsi appris ; lire la date de péremption avec le nez. Un pot de labneh ouvert : renifle et tu sauras s’il a tourné ou si tu peux en manger.
Je revois ma mère, doigts aux ongles vernis, ses doigts délicats et travailleurs pinçant ses narines. L’odeur s’est incrustée, c’est terrible. Sa voix aujourd’hui encore, le froncement de ses sourcils. La puissance d’une odeur. Aujourd’hui cette odeur s’est changée en mémoire. En tristesse. À travers ce manque, ma mère aussi. -
langue dupe et ta grimace.
arrêt
le mot se tient comme un miroir
surface polie, avare
un mot debout
juste et précis, on s’en félicite
mais il ne dit pas
ta voix, un son — quand tu dis
on arrête (extrait)littéraTube #VidéoEcriture #poésie
micro journal 431-2025.04.06
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d’autres voix entre les mains.
visites fantômes parfois
traits de travers ou courbes
la pointe s’emporte — on suit
rondes de visage inattendus
la joie des débuts
des maladresses (extrait)littéraTube #VidéoEcriture #poésie
micro journal 430-2025.03.24
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sculpter le vide.
En sélection officielle au festival de la Cinémathèque de Nouvelle-Aquitaine, dans le cadre du défi Reboot organisé par la CNDA (projection le 15 mars 2025)
littéraTube #VidéoEcriture #poésie #archives
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mains comme ciseaux.
ici on se prive d’écriture
langue durcie comme écorce
on divague la possibilité des phrases
on se méfie des hypothèses
les mains comme ciseaux
leur acharnement
et l’instant où ça renonce (extrait)littéraTube #VidéoEcriture #poésie
micro journal 429-2025.03.06
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la voix — plus intime que corps.
laisse-moi t’approcher
t’approcher maintenant
maintenant que sans corps
te traverser de mots
ma voix par morceaux
j’ai perdu peau et ombre
bras, pieds tombés (extrait)littéraTube #VidéoEcriture #poésie
micro journal 428-2025.02.23
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parfois la terre se tait.
𝑡𝑒𝑟𝑟𝑒
𝑞𝑢𝑒𝑙𝑞𝑢𝑒 𝑐ℎ𝑜𝑠𝑒 𝑑𝑒 𝑝𝑙𝑢𝑠 𝑎𝑛𝑐𝑖𝑒𝑛 𝑞𝑢𝑒 𝑙𝑎 𝑚𝑎𝑟𝑐ℎ𝑒
plus petite ; je goûtais la terre
j’apprenais à cracher, séparer
dévorer et sourire
je pouvais alors oui je pouvais pieds nus
sentir s’enfoncer peau os muscles
perdre souliers
mes pieds comme semelles molles
𝑙𝑎 𝑡𝑒𝑟𝑟𝑒 — 𝑐𝑒𝑐𝑖 𝑞𝑢𝑖 𝑒́𝑐ℎ𝑎𝑝𝑝𝑒 𝑎̀ 𝑙’ℎ𝑜𝑟𝑖𝑧𝑜𝑛 (extrait)
————-
𝐈𝐦𝐚𝐠𝐞𝐬 𝐟𝐢𝐥𝐦𝐞́𝐞𝐬 𝐢𝐥 𝐲 𝐚 𝐪𝐮𝐞𝐥𝐪𝐮𝐞𝐬 𝐚𝐧𝐧𝐞́𝐞𝐬 𝐚𝐮 𝐋𝐢𝐛𝐚𝐧littéraTube #VidéoEcriture #poésie
micro journal 427-2025.02.16
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sa paume comme terre.
contre elle
elle le tient
le tient aussi par la nuque
sa paume comme terre, douce et ferme
déterminée — il grandira
dira sa langue, aimera
l’autre main, dans son dos d’enfant
éventail de tendresse
son chant suspendu
lui, joues endormies (extrait)littéraTube #VidéoEcriture #poésie
micro journal 426-2025.02.09
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même patience de bras ouverts.
son journal — après elle
elle l’aurait écrit en arabe
quelques mots de français
là où sa langue manquait
elle se serait appliquée
pour la beauté du rythme
main et feuille (extrait)
𝐼𝑚𝑎𝑔𝑒𝑠 𝑓𝑖𝑙𝑚𝑒́𝑒𝑠 𝑖𝑙 𝑦 𝑎 𝑞𝑢𝑒𝑙𝑞𝑢𝑒𝑠 𝑎𝑛𝑛𝑒́𝑒𝑠 𝑎𝑢 𝐿𝑖𝑏𝑎𝑛.littéraTube #VidéoEcriture #poésie
micro journal 425-2025.02.02
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j’ai vu mon corps rocheux.
𝐼𝑚𝑎𝑔𝑒𝑠 𝑓𝑖𝑙𝑚𝑒́𝑒𝑠 𝑖𝑙 𝑦 𝑎 𝑞𝑢𝑒𝑙𝑞𝑢𝑒𝑠 𝑎𝑛𝑛𝑒́𝑒𝑠 𝑎𝑢 𝐿𝑖𝑏𝑎𝑛 : 𝑚𝑜𝑛 𝑎𝑚𝑖𝑒 𝐶𝑎𝑟𝑙𝑎 𝑎𝑖𝑑𝑒 𝑙𝑒𝑠 𝑐ℎ𝑎𝑡𝑡𝑒𝑠 𝑒𝑟𝑟𝑎𝑛𝑡𝑒𝑠 𝑎̀ 𝑎𝑐𝑐𝑜𝑢𝑐ℎ𝑒𝑟 (𝑐ℎ𝑒𝑧 𝑒𝑙𝑙𝑒) 𝑒𝑡 𝑎̀ 𝑝𝑟𝑒́𝑝𝑎𝑟𝑒𝑟 𝑙𝑒𝑢𝑟𝑠 𝑝𝑒𝑡𝑖𝑡𝑠 𝑎̀ 𝑝𝑎𝑟𝑡𝑖𝑟 𝑢𝑛 𝑗𝑜𝑢𝑟.
j’ai entendu rire mon corps
de mes efforts à le dresser
ni debout ni devant
bouger lui suffit
et moi m’agite
oublie mes orteils
je l’ai entendu vivre d’instinct
aux dépens de mes mots
chanter ma voix — l’inhumaine (extrait)littéraTube #VidéoEcriture #poésie
micro journal 424-2025.01.24
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peut-être juste assis.
corps atrophié
tout est lenteur, défi
— tasse, bras, fourchette…
on porte des gestes
comme syntaxe décomposée
rien n’est à sa place
corps dérouté
comme avoir été longtemps secoué
puis posé à terre sans l’ordre d’avant (extraits)littéraTube #VidéoEcriture #poésie
micro journal 423-2025.01.17
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autofictiographie #13, je cherche tes doigts.
quand je pense écriture
haut-le-cœur
—
vivre ce chagrin pour comprendre
tristesse ne s’oppose à la joie (extraits)littéraTube #VidéoEcriture #poésie
micro journal 422-2025.01.09
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de leurs mots, fais-toi silence.
peau monde s’éveille
j’ai oublié la joie
vent et visage
…
ni l’avant
ni l’après
ce présent suspendu (extraits)texte, vidéo et voix :
gracia bejjani
création musicale :
sophia alexandrou
https://fr.sofiaalexandrou.com/littéraTube #VidéoEcriture #poésie #musique
micro journal 421-2025.01.01
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que dit le corps.
J’ai tendance à déformer les expressions, en français comme en libanais parlé. Comme si je ne pouvais les entendre figées, mais toujours en prise avec leur sens littéral. À l’origine de cette série, l’envie de faire vivre ces hiatus.
Il s’agira de prendre les expressions au pied de la lettre, de saisir la voix du quotidien dans sa forme la plus brute. Sorte de poésie collective, transmise et assimilée comme un héritage. Écouter la langue maternelle, redécouvrir ses images, comme un enfant les premières fois. L’entendre, la voir, la traduire, la transposer.
Ici la parole passe par le corps. Suivront ensuite les expressions liées à la nourriture, au langage des gestes, puis les expressions inclassables, pour le plaisir de mélanger les registres.littéraTube #VidéoEcriture #langue
micro journal 420-2024.12.29
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elle la presque danseuse.
quand une main — surgie brusque
comme étau à l’avant-bras
main d’une autre douce (extrait)littéraTube #VidéoEcriture #poésie
micro journal 419-2024.12.21