Ton père a froid.

Ton père a froid La voix de ma mère murmure, simple, familière. Se mêle aux paroles du prêtre. À la messe, je suis l’enfant perdue dans les langues sages, j’écoute pour ne pas ressentir, engourdie de flottement sonore, prétexte à rêverie sérieuse. Je t’ai touché après une vie à éviter la présence. J’ai caressé ton front, ta joue. L’amour de ma main sur ta peau. Oser ton visage endormi. Garder de toi l’image de ta peau gelée sous mes doigts inutiles, tu ne les sentiras pas. Ton père a froid, elle répète. Je n’ai pas répondu. Mon père est froid, il est glacé. (extrait)