Comment réduire plus de cinq heures de rencontres à moins de cinq minutes de vidéo quand ces heures ont la démesure du réel ? Quelques images, quelques mots-cailloux pour retenir la vitalité de chaque moment et dire surtout ma reconnaissance.
De retour au Liban après une longue absence, avec Sobhiyé – Corps de femmes (Accro Éditions) pour Beyrouth Livres.
Un samedi à 11 h, dans une sobhiyé littéraire, Beyrouth Livres accueillait une rencontre autour du roman, modérée par Ghada Karaki, suivie d’une dédicace organisée avec la Librairie Antoine. Qui viendrait un samedi matin ? La question a très vite perdu son sens, tant l’écoute était merveilleuse. Ce fut une vraie sobhiyé : une parole qui circule, sans posture. Ghada y fut pour beaucoup. Elle avait lu le livre de près, l’avait investi de ses questions, me donnant à entendre des échos que je n’avais pas perçus, comme ce « tu n’as rien vu » en résonance complexe avec l’anaphore « on voit » d’un chapitre plus loin. Je suis venue présenter un livre, j’ai rencontré une très belle personne, d’une grande sensibilité poétique.
Parmi les visages, cette jeune femme qui m’a confié avoir entendu Juliette Arnaud parler de Sobhiyé dans sa chronique sur Radio Nova. Une voix à la radio, un livre qui voyage et une future lectrice qui se retrouve en face de moi à Beyrouth. Que j’aime la grâce des croisements improbables. Merci Juliette !
Dimanche soir, Open Mic à la Cafébrairie 33, l’un de ces lieux alternatifs et vivants de Beyrouth. Au micro, j’entends de nouvelles voix, celles d’une jeunesse qui écrit au Liban. Je dis mes poèmes, ça parle de fille rouge, de mains, d’épitaphe, d’un moi-araignée… J’écoute Rima Abdel Malak, Fred Nevché… J’entends « Zajal », un très beau poème de Rima écrit en français, qu’un poète lui fait la surprise de traduire en arabe et de nous lire ce soir-là.
Et puis L’Orient la nuit. 17 épisodes jamais manqués de ce podcast de L’Orient-Le Jour… et soudain les voix qu’on connaît prennent vie auprès de la nôtre : le 18e, avec Manal Salamé, Stéphanie Khouri, Antony Samrani et Fred Nevché, enregistré le lundi en public et de manière improvisée, à la Fondation Charles Corm. Un épisode autour d’une question qui traverse Sobhiyé – Corps de femmes : « À qui appartient le corps des femmes ? » Converser en intimité « publique », s’entendre réfléchir en commun. Merci à Rima, Antony et Stéphanie.
Mardi midi, direction Tripoli, à la Beirut Arab University. Les étudiantes et les étudiants, très nombreux, se sont approprié mon roman avec une inventivité et une audace qui m’ont émue. Ils m’ont par exemple demandé : « Si vous deviez partager une sobhiyé avec l’un des personnages de votre livre, lequel choisiriez-vous et pourquoi ? » J’ai choisi tante Aline. Une femme queer à une époque où le mot n’existait pas : la singularité qu’il faut je crois, pour exister en toute humanité. Et ils m’ont lu une biographie écrite à leur manière à partir de mes propres textes glanés sur internet. J’ai eu la sensation étrange et belle d’entendre ma vie à travers ce que j’ai écrit. Merci à eux et à la docteure Maha El-Fadel pour ces deux heures hors du temps. Merci à la professeure Nadia Iskandarani, à la docteure Iman Alaywan et à toute l’équipe de l’université présente ce jour-là. Merci également aux représentants de l’Institut français du Liban qui ont assisté à cette rencontre, Claire Akiki, Gwendoline Abou Jaoude et Antoine Hoayek
Rien de tout cela n’aurait existé sans l’invitation de Sarra Ghorbal et de l’Institut français du Liban. Sarra, merci pour ta façon de faire de chaque rendez-vous une rencontre plutôt qu’un programme, et pour la créativité et la générosité que j’ai ressenties à chaque pas.
Merci à toute l’équipe de l’Institut pour son accueil et son engagement tout au long de ces journées, à celles et ceux avec qui j’ai eu la chance d’échanger, Marie-Nour Héchaimé, Sarah Hobeika, comme à ceux que je n’ai pas pu remercier en personne.
Merci aussi à Beyrouth Livres et à son équipe.
À mes proches qui m’ont accompagnée d’un rendez-vous à l’autre.
Et à toutes celles et ceux qui sont venus poser une question, partager une impression. Un livre ne nous appartient plus dès qu’il rencontre ses lectrices et lecteurs. Il prend d’autres voix, engage des conversations qu’on ne soupçonnait pas.