avril 2026 | carnet

pour toi ce n’est pas pareil
ce n’est pas le même Liban
tu ne peux pas comprendre

quand tes pensées
prennent ce poids de rien

de la salle d’attente, j’entends
tout de leur séance
il en sera de même à mon tour
malgré les portes, l’intrusion
on m’entendra
tue

ce qui un peu console
la lumière
une phrase qui se pose

quand je ne suis que sourires
une figure

au marché
« on s’en fout, le gras c’est la vie
ça isole »
sa voix retombe
consciente de rater
lapsus ou glissement

la même chanson tourne
tête occupée
j’écris autour, n’écris plus

« c’est des gratte-papier »
elle le dit bouche coincée
lèvres confondues de rides
des gratte-papier
et ça sonne comme l’ultime insulte

ce pigeon va partout où l’autre se pose
le chasse, prend sa place
abandonne pour de nouveaux rapts

parler moins
encore moins
me faire forme

ce besoin de dispersion
les murs sinon
ma claustrophobie

(entendu)
« il a du ressenti
il en veut à la terre entière »

le silence du matin
l’écoute

elle a un serre-tête avec des oreilles de lapin
roses et blanches
on devine une texture veloutée
on est loin, on ne vérifiera pas
elle marche très lentement
entre les enfants qui se bousculent
rythmes alternés
elle marche derrière eux
l’un après l’autre comme ramasser des champignons
puis sa voix, des instructions en anglais
les enfants se rassemblent :
une queue parfaite encadrée d’oreilles aux aguets

il y a ce bruit et les formes hasardeuses
personne en adresse
il y a ma manière de regarder après
vérifier sans règles
je n’ai pas les règles

questions frontales
et les mots manquent
mêmes simples, manquent

le métro pose ses voix
à la surface
comme des pièces usées

parfois mordre suffit
les dents dans quelque chose
du caoutchouc

failli traverser par feu rouge
le bruit de la vitesse
m’a stoppée

chagrin d’enfant
la bouche qui s’ouvre
rien

parfois l’écriture
par son excès me terrifie

entendu :
« elle fait partie de ces nanas
qui envoient des messages »

plusieurs pages à la fois
comme s’il s’agissait de fuir toujours

écrire au plus près
en écartant mon visage
mes tics

elle m’a dit
« je ne connais personne mort du covid
c’est pipeau »
je ne réponds pas
ta mort ne sera pas preuve