quand la pierre redevient pierre, Beyrouth.

La rue est bordée de murailles dentelées. Stalactites et stalagmites d’une grotte formée en peu de temps. Nature ne ferait pas plus beau que l’œuvre de ces hasards de balles et d’éclats de bombes. Une splendeur à escamoter les mots; à glacer le sang, quand on sait. Beyrouth, spectre de pierres.
Les façades trouées tiennent vaillamment. Par endroits, le socle d’appui est si ténu qu’il semble attendre le prochain souffle (éternuement ou rire) pour s’écrouler. Il résiste. Miracle de béton.
Les appartements qu’elles abritaient ne sont plus qu’espaces vacants traversés de poussières et de regards fascinés.(extrait)