mars 2026 | carnet

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mars guerrier
et comme d’emblée
le Liban

j’écris en français
avec l’arabe en moi
– pays à l’os

si tu tombes tu me fais tomber
a dit la dame à la main de la petite
l’a dit en riant

vents et odeurs
matin d’herbes coupées

la langue promet
vous prenez tout au premier degré

on voudrait hâter
nos secrets d’enfant

je perds l’équilibre
tenue aux bords
entre grâce et poing

symptômes collatéraux
d’une guerre de loin :
vue brouillée, envie de vomir
et fatigue, mots aveugles
souffle ras
dormir sauf la nuit
là-bas, le chaos fait ses dents

elle mange les chips avec les deux mains
comme on tient un volant
elle les tourne entre doigts et bouche
hochements de tête – ce rythme

parler distribue parfois
les bons points

je cherche leurs yeux
je n’ai que paupières et fronts
et doigts

par la fenêtre du train
je quitte à reculons
comme empêchée

plus d’enfants que d’adultes
besoin de leurs agitations
ce désordre sonore
parc et mercredi

elle dort l’iPhone à la main
comme un livre aux pages collées
l’écran à ses rêves fermés

et de nouveau
les escaliers sous mes pieds
détalent

comme des apparitions
reels partout
quand le réel résiste

le bruit de l’ascenseur
les battants s’élancent et butent
horizon bloqué à hauteur de genoux
une heure durant
me bercer d’histoires

c’est ici, partout
pays de langues aphones
douleur chronique
à l’heure des nouvelles

elle a plus de bagues que de doigts
ses mains animées

nuit
à quoi se raccrochent
mes dents ferrailles ?

pour toi ce n’est pas pareil
ce n’est pas le même Liban
tu ne peux pas comprendre

me dit l’amie

tout est prétexte à nous distraire de la vie
le pouce par exemple

vider les lieux disent-ils
comme on vide un poisson
arracher le seuil à la chaussure
laissez la clé sur la serrure du monde
fuyez vos murs
disent-ils
nous les rendons poussière
on appelle ça évacuer
alors que c’est la terre qu’on déloge
quittez vos corps
c’est légitime disent-ils

« te dire que je pense à toi dès que je jette un œil sur l’actualité et que je préférerais ne pas penser à toi dans ces conditions-là, vraiment pas (…) Alors, lire et écrire, au moins parce que c’est comme ça que je préfère penser à toi. » Juliette.