février, mois-rature
je te hais
que ça passe ne suffit pas
sœur et frère
mêmes lèvres tombantes
des enfants pourtant
l’ennui, héritage familial
sous la paupière droite, l’intrusion
un grain prend toute la place
s’arracher l’œil –
taire cette cacophonie
le poids du rouge sur mes lèvres
ma bouche n’a pas appris
à porter d’autres couleurs
quand il pleut, le chemin se délave
je perds ses contours
le corps s’entête, pris de vitesse
aveugle au sol
j’attends la coïncidence
l’absolu :
illusion de jeunesse
(rêve)
un éditeur corrige le recueil
de sa poète morte
face à face : l’original et sa version rectifiée
édition bilingue posthume
des visages me font face
six lèvres muettes bougent
en prières continues
le rythme se voit dans l’œil fixe
remplacer les mots par des couleurs
dans cette langue insensée, trembler
traits maladroits des débuts
(rêve)
la grand-mère morte vit
minuscule, herbeuse à nos pieds
une agitation d’insecte
si petite, confondue avec la terre :
on l’écrase par mégarde, on ne l’a pas vue
plus rien au sol
puis ça bouge – elle se relève, s’ébroue
au-dessus de sa tête, une auréole
et ses bras tendus vers le ciel
éviter mon reflet avant de parler
dents crispées
l’attente peut-être
mâchoire-porte
l’intime empêché
une bête au bord du cri
la colère cherche sa proie
ses messages, douceur écrite
puis elle appelle et sa voix, tout autre :
certains n’ont pas la langue de leurs mots
tenir contre l’usure
durer – ce malheur désormais
le corps n’est pas peau, os, sang
le corps chantier, charnier
l’image dévie :
je suis un pamplemousse qu’on épluche
qu’on découpe
et la morsure – spectatrice
de cette matière que je suis
il y a maintenant un livre
entre le monde et mon corps
– protégée et exposée
par l’écriture expirée
j’entends sa voix longtemps après
personne ne parle
un prénom répété qui empêche de dormir
ce n’est pas le mien, il appelle sa femme
le prénom revient, revient : injonction sans objet
nuit, bruits, animaux furètent
mais c’est son irruption que je crains
improbable, hallucinée
puis le prénom revient scander la langue
l’empreinte est là
comme une main qui pèse après s’être retirée
je ne serai pas agressée, je suis envahie
au plus près des choses
et décollée
j’écris myope
accepter l’idée de ce carnet ouvert
mais l’appréhension, toujours –
entendu dans le métro :
« on doit arrêter d’avoir
autant d’appréhensions sur les autres. »
j’ai pensé : elle se trompe de mot
elle veut dire a priori
je me dis aujourd’hui
que son expression se tient
des moments de peinture
divagations sans objectif
mes mains-objets
font
