janvier 2026 | carnet

ici mon corps passif
je suis son absente

pour ne pas y penser 
je disperse les gestes 
dévie par fragments

au hasard
à mon insu

sur le canapé de chez eux
bassin tordu comme détaché
je n’entends pas ma gêne
je suis dehors, à l’écoute

entre terreur et banalité 

quand l’attente sans objet 
sature mes yeux de bruit 
me vide de ma langue

je préciserai l’émotion 
des mains qui prennent mon visage 
dans le rêve raconté

le scrupule, ta faille active
entre présence et rupture

la forme cherche ses défauts
beauté qui doute

je veux fixer le quotidien 
visible sur mon corps 
m’assurer de toucher la fin

biais, récit 
jusqu’à épuiser l’attente 
doigts à l’épreuve du monde

il s’agira de silence 
front ramassé, à l’écart 
ailleurs des mots insistent 
assourdis

de nuit je m’entends
respirer comme une horloge
saccades d’aiguilles 

qu’une phrase transpire 
forme froide, grave
le grain la contredira 

il faut la matière, ses interstices
l’accident des surfaces
un début d’infini 

nuit de vents
je m’endors dans leurs sursauts
indistincts nos souffles

une parole faite de cassures
dépaysée, étrangère
j’entends ses débris

l’aplomb d’une note
et la rumeur autour
fracas du peu

dans quel matin je vis 
sous quelle peau
déplacée hors de ma nuit

la lumière, toile défaite
accroche les araignées, les vents

l’image comme distance 
l’instant trouve ses plis

l’apparence d’une répétition
quand je m’arrête 

survivre à quoi ?

puis respirer à nouveau
parce qu’immobile
dans un texte inachevé 

le mot arrivera 
évident, aléatoire

l’écoute est un sol mouvant
à l’écart, avec 
comme pulse l’inaudible

doigts gelés
feu – quelques secondes suffisent
la neige serait feu et mer

pour qui a connu la mer
c’est aussitôt ça
ces longs draps blancs 
en apparence figés

derrière la vitre
papillons mordus
au-dessus des lèvres

quatre moustaches me font face
traces d’ailes au visage
aucune ne ressemble

visages et voix d’enfant
un matin neige