ici mon corps passif
je suis son absente
pour ne pas y penser
je disperse les gestes
dévie par fragments
au hasard
à mon insu
sur le canapé de chez eux
bassin tordu comme détaché
je n’entends pas ma gêne
je suis dehors, à l’écoute
entre terreur et banalité
quand l’attente sans objet
sature mes yeux de bruit
me vide de ma langue
je préciserai l’émotion
des mains qui prennent mon visage
dans le rêve raconté
le scrupule, ta faille active
entre présence et rupture
la forme cherche ses défauts
beauté qui doute
je veux fixer le quotidien
visible sur mon corps
m’assurer de toucher la fin
biais, récit
jusqu’à épuiser l’attente
doigts à l’épreuve du monde
il s’agira de silence
front ramassé, à l’écart
ailleurs des mots insistent
assourdis
de nuit je m’entends
respirer comme une horloge
saccades d’aiguilles
qu’une phrase transpire
forme froide, grave
le grain la contredira
il faut la matière, ses interstices
l’accident des surfaces
un début d’infini
nuit de vents
je m’endors dans leurs sursauts
indistincts nos souffles
une parole faite de cassures
dépaysée, étrangère
j’entends ses débris
l’aplomb d’une note
et la rumeur autour
fracas du peu
dans quel matin je vis
sous quelle peau
déplacée hors de ma nuit
la lumière, toile défaite
accroche les araignées, les vents
l’image comme distance
l’instant trouve ses plis
l’apparence d’une répétition
quand je m’arrête
survivre à quoi ?
puis respirer à nouveau
parce qu’immobile
dans un texte inachevé
le mot arrivera
évident, aléatoire
l’écoute est un sol mouvant
à l’écart, avec
comme pulse l’inaudible
doigts gelés
feu – quelques secondes suffisent
la neige serait feu et mer
pour qui a connu la mer
c’est aussitôt ça
ces longs draps blancs
en apparence figés
derrière la vitre
papillons mordus
au-dessus des lèvres
quatre moustaches me font face
traces d’ailes au visage
aucune ne ressemble
visages et voix d’enfant
un matin neige
